15 août 2017

Deux experts de l’ONU assassinés au Kasaï ” avec préméditation”

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Michaël Sharp, coordonnateur du groupe des experts de l’ONU et spécialiste des groupes armés, ainsi que sa collègue Zaida Catalan, spécialiste des questions humanitaires, ont été assassinés de façon préméditée le 12 mars 2017 dans la province du Kasaï Central. » Le groupe des experts de l’ONU qui, chaque année, remet un rapport au Conseil de Sécurité sur la situation en République démocratique du Congo s’est particulièrement intéressé à l’assassinat de deux de ses propres experts, un crime qui, outre une violation grave du droit humanitaire, représente une attaque contre le Conseil de sécurité lui-même. Rappelons que Michaël Sharp et Zaida Catalan s’étaient rendus au Kasaï Central en janvier 2017. Ils avaient commencé à enquêter sur l’escalade de la violence qui ravageait la région depuis qu’en août 2016 les forces armées gouvernementales aient abattu Jean-Pierre Mpandi, chef traditionnel Kamwina Nsapu, et dirigeant d’une rébellion du même nom visant tous les symboles et les agents de l’Etat. La répression menée par les forces gouvernementales s’était traduite par « un usage disproportionné de la violence » et des dizaines de fosses communes avaient été recensées. Ce conflit, circonscrit à une communauté précise au départ, avait pris de l’ampleur, jusqu’à enflammer de vastes zones du Kasaï, du Kasaï central, du Kasaï Oriental et du Haut Lomami.
Retournant à Kananga pour y clore les enquêtes en cours, les deux chercheurs de l’ONU avaient prévu une visite sur le terrain le 12 mars et la veille ils s’étaient entretenus avec des représentants du mouvement Kamwina Nsapu, afin de mieux comprendre sa structure, ses réseaux de soutien et l’éventuel recrutement d’enfants. Après avoir quitté Kananga le matin du 12mars, les deux enquêteurs furent assassinés dans la localité de Bukonde « par un groupe hétéroclite d’individus » et leurs corps furent retrouvés décapités. Sans pouvoir déterminer les responsables du meurtre, le groupe d’experts affirme cependant, avec prudence, qu’ « on ne saurait exclure l’implication de différents acteurs (favorables ou non au gouvernement), les factions Kamwina Nsapu, d’autres groupes armés et les membres des services de la sécurité de l’Etat. » Le groupe relève aussi qu’en dépit des éléments de preuve disponibles, certains autres suspects clés n’avaient pas encore été arrêtés.
Autrement dit, l’affaire est loin d’être close et la justice congolaise, la police suédoise et le fédéral Bureau of investigation des Etats Unis poursuivent les enquêtes pénales sur un meurtre qui pourrait se transformer en affaire d’Etat.
L’or fuit toujours le Congo
Le groupe des experts s’est également penché sur les circuits de la contrebande de l’or. Il se confirme que le dispositif de traçabilité de l’or artisanal, fruit de l’activité des creuseurs, n’a pas encore beaucoup avancé, que la contrebande se poursuit, en direction de l’Ouganda et des Emirats arabes unis, et que des éléments des FARDC (forces armées congolaises) sont impliqués dans l’exploitation et le commerce de l’or sur toute l’étendue du territoire.
Le groupe a recueilli de éléments de preuve démontrant l’implication du général de division Gabriel Amisi Kumba (alias Tango Four), commandant de la première zone de défense du pays, dans le secteur de l’or, alors que le Code minier interdit aux officiers des FARDC d’exploiter ou de commercialiser les ressources naturelles.
Selon un témoignage recueilli par les experts, des conducteurs de dragues opérant sur la rivière Tshopo dans le territoire de Bafwasende, avaient refusé de payer des taxes à l’Etat avançant qu’elles appartenaient à une entreprise locale, « la Conquête » propriété du général Amisi. Selon les experts, les dirigeants de l’entreprise « la Conquête » ont bénéficié à plusieurs reprises de la protection des FARDC.
Enquêtant sur les circuits de la contrebande de l’or, les experts ont mis en lumière les activités d’une Congolaise, Mme Elysée Chibalonza : en octobre 2016 les agents de douanes de Dubaï ont découvert 150 kilogrammes d’or non déclarés dans ses bagages et, selon les déductions des experts, la contrebandière, exploitant les failles dans le contrôle des bagages, pourrait avoir exporté illégalement jusqu’à 3,6 tonnes d’or au cours des dernières années.
Se penchant sur le rôle des pays étrangers, le groupe des experts relève aussi que le redémarrage des exportations ougandaises officielles coïncide avec, en 2016, l’ouverture de la première raffinerie d’or, African Gold Refinery, (AGR) propriété du Belge Alain Goetz, originaire d ’Anvers et qui était autrefois actif au Burundi. S’entretenant avec les experts, AGR s’est dite «incapable jusqu’à présent de savoir quel chemin emprunte le moindre gramme d’or » et n’a pas communiqué la liste de ses fournisseurs…