4 septembre 2017

Le choix de Denis Mukwege

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A chacun de ses voyages à l’étranger, de plus en plus fréquents, le Docteur Denis Mukwege se retrouve au bord d’un lac imaginaire, celui du pouvoir. Cet homme de terrain connaît mieux que personne les désillusions suscitées par une croissance sans développement, la souffrance des femmes, l’horizon bouché proposé aux jeunes. Sans relâche, le médecin pose ses diagnostics, analyse le mal qui ronge son pays et tente de mobiliser ses interlocuteurs étrangers et les Congolais de la diaspora qui le vénèrent.
A chaque retour, le docteur redécouvre les eaux du pouvoir. Il les connaît depuis longtemps : elles sont glauques, infestées de crocodiles, s’y jeter n’est pas sans risques. Que faire dès lors ? La politique ne se fait pas par incantations, si brillantes soient elles et elle ne se joue pas sur des scènes étrangères. Dans le contexte actuel, où le continent africain veut tenir sur la scène internationale le rôle qui lui revient et se montre sourcilleux face aux ingérences extérieures, si nombreuses, si impudentes par le passé, ce n’est ni en France, ni en Belgique, que se jouera l’avenir des pays des Grands Lacs et du Congo en particulier. Même si le docteur prêche à l’étranger devant des assistances aussi émues qu’enthousiastes ses discours n’auront que peu d’impact tant que ses compatriotes n’en prendront pas connaissance. Et là, le pouvoir veille au grain : pas plus que Moïse Katumbi, contraint à l’exil le docteur n’a accès aux médias publics congolais… Quelle voie choisir ? Préparer l’avenir, mettre sur pied un équipage solide prêt à affronter toutes les tempêtes ? Créer un parti, organiser sa base, tisser les mailles de la mobilisation populaire ? Ou attendre, le verbe éloquent et les pieds au bord des flots, la poussée qui obligera à se jeter à l’eau, à nager enfin ? Ou alors maintenir le cap : celui de rester un médecin, des corps et des âmes, une voix prophétique, un exemple pour les jeunes générations, une conscience…A Paris, le docteur qui ne veut pas être un homme politique a cependant évoqué les responsabilités d’un homme d’Etat…