7 septembre 2017

Mobutu, vingt ans après… Souvenirs et comparaison…

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Grandeur et solitude… Voici vingt ans exactement, le maréchal Mobutu, qui avait dirigé son pays d’une main de fer pendant 32 ans, était victime du cancer de la prostate et s’éteignait à l’hôpital militaire de Rabat. Depuis lors, sa dépouille est demeurée au Maroc et seuls ses proches s’y rendent régulièrement. Malgré les promesses, son corps n’a pas été rapatrié au pays du Fleuve, pas plus d’ailleurs que celui de son adversaire de toujours Etienne Tshisekedi, décédé en février 2017 et qui repose dans un funérarium d’Ixelles. C’est le 18 mai 1997, quelques mois avant son exil au Togo puis au Maroc que Joseph Désiré Mobutu s’était envolé de Gbadolite après avoir du fuir Kinshasa livrée aux rebelles de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) dont le porte parole était Laurent Désiré Kabila, père de l’actuel président de la RDC. Même dans son fief de l’Equateur où il avait fait construire une réplique de la Cité interdite et une piste d’atterrissage qui accueillait le Concorde, le maréchal naguère tout puissant n’avait pu être protégé : sa garde rapprochée, qui n’avait pas été payée, exigea une rançon pour le laisser parti et en guise d’adieu, les soldats de la Division spéciale présidentielle tirèrent quelques rafales sur l’avion au décollage.
Deux décennies plus tard, ses compatriotes n’ont cependant pas oublié Mobutu Sese Seko waza Banga (le guerrier qui va de victoire en victoire) : dans certains taxis de Kinshasa, il n’est pas rare d’entendre la voix de l’ancien président, car des extraits de ses discours (1) sont utilisés comme sonnerie de portables ! Les commentaires rappellent alors la grandeur de l’ex Zaïre, l’humour et la verve de son chef, la manière dont en Afrique et dans le monde il se faisait respecter. Et lorsqu’il s’agît de la fortune de celui que Bernard Kouchner qualifiait de «coffre en banque coiffé d’une toque de léopard » les comparaisons avec Joseph Kabila tournent souvent au désavantage de ce dernier, désormais considéré comme, à la fois, plus riche et plus chiche que son prédécesseur.
Rien, à priori, ne devrait permettre la comparaison entre Joseph Désiré Mobutu et Joseph Kabila. L’un était un orateur capable d’envoûter les foules, de les faire chanter et danser, autant qu’il charmait les visiteurs étrangers. L’autre est introverti, sa parole est comptée, il évite le culte de la personnalité et encaisse les critiques les plus acerbes, voire les humiliations, sans réagir du premier coup. Mais il est aussi le maître du temps et celui de la vengeance calme : dans la prison de Makala, les détenus politiques, se qualifiant eux-mêmes de « prisonniers personnels de Kabila » ont refusé de s’échapper lors des grandes évasions de cette année, préférant encore la sécurité de leur cellule !
Lorsqu’il prit le pouvoir le 24 novembre 1965, après des années chaotiques marquées par les tentatives de sécession du Katanga et du Kasaï et par la rébellion muléliste, Joseph Désiré Mobutu incarnait les espoirs de son jeune pays et beaucoup étaient prêts à oublier qu’il avait fait arrêter et exécuter Patrice Lumumba. Qui s’émut à l’époque de la mise en congé de la classe politique au profit du parti unique le Mouvement populaire de la révolution ?Qui, en 1969, défendit les « Pendus de la Pentecôte » des hommes politiques sacrifiés en public, pour l’exemple ? Qui osa se gausser de l’ « authenticité » qui mena à débaptiser le Congo devenu Zaïre, à interdire les prénoms chrétiens ? Durant longtemps, à la tête de son pays immensément riche, se présentant comme l’allié de l’Occident au temps de la guerre froide, Mobutu bénéficia de toutes les indulgences, même lorsqu’en 1971 il décida de « zaïrianiser », c’est-à-dire de nationaliser l’économie et de confisquer les biens des étrangers pour les remettre à des proches, des amis politiques qui allaient s’empresser de dilapider l’héritage.
Avec les Belges, Mobutu joua sur tous les registres : les manifestations d’amitié, à l’égard du Roi Baudouin entre autres et les interminables disputes qui tournaient généralement autour d’enjeux économiques (« j’attendais des amis, j’ai trouvé des comptables… » dira-t-il à Tindemans en 1989) ou de pressions en faveur de la démocratisation, du respect des droits de l’homme. Ces dernières allaient s’intensifier dès le début des années 90 : la guerre froide était alors terminée, l’allié stratégique s’avérait moins indispensable, l’économie était en miettes et, cédant à l’air du temps, Mobutu, la larme à l’œil, avait décrété en 1990 la fin du parti unique.
Le multipartisme, aussi qualifié de « multimobutisme » allait se traduire par une crise durable, marquée par la conférence nationale souveraine et l’émergence de la société civile, par d’interminables et dispendieuses manœuvres politiques. Quant à l’économie, elle était minée par les sanctions occidentales (dont la suspension des coopérations économiques et militaires) s’ajoutant à la kleptocratie du régime et à deux vagues de pillages. Seul subsistait l’ « article quinze » la légendaire débrouillardise des Congolais…
Ce n’est cependant pas une révolte populaire, mais une guerre venue d’ailleurs qui, en sept mois, eut raison d’un Mobutu affaibli par la maladie : composées d’anciens opposants congolais et soutenu par les armées du Rwanda et de l’Ouganda, les rebelles de l’AFDL, partis du Kivu après avoir démantelé les camps de réfugiés hutus, entrèrent dans Kinshasa en mai 1997.
Quatre ans plus tard, Laurent Désiré Kabila, brouillé avec les alliés qui l’avaient porté au pouvoir, ayant perdu la confiance de l’Occident, était assassiné en janvier 2001 et son fils Joseph entrait en scène. Qui aurait oser parier sur la longévité politique de ce jeune officier de 28 ans, (presque le même âge que Mobutu lorsqu’il prit le pouvoir…) taiseux, aux origines controversées, qui promettait de restaurer l’état de droit, de rétablir l’unité du pays divisé par les rébellions ?
En 2006 cependant Joseph Kabila sortait victorieux du premier scrutin démocratique, était réélu en 2011 au terme d’élections controversées et marquées par la violence et il aurait du voir son deuxième et dernier mandat se terminer en décembre 2016. Mais comme Mobutu quelques décennies avant lui, le jeune officier devenu général major a pris goût au pouvoir et les courtisans lui ont répété qu’il était indispensable. A nouveau, l’économie est minée par la corruption et les contrats léonins, le pouvoir recycle les méthodes de Mobutu, celle du pompier pyromane, (allumer des feux pour se présenter comme le seul capable de les éteindre), celle des interminables dialogues avec une classe politique vénale… L’histoire semble tourner en boucle et le petit peuple, qui vit au jour le jour, ne peut que répéter : « jusqu’à quand ? »…