23 septembre 2017

Kabila à l’ONU: le maître des surprises

Catégorie Non classé

Look de vieux sage et barbe grise : Joseph Kabila, que l’on connaissait le crâne rasé, le verbe rare et l’allure insaisissable, a surpris une fois de plus. Après avoir présidé une conférence consacrée à la paix dans le Kasaï, il est subitement apparu à l’Assemblée générale de l’ONU et, à la tribune comme dans les coulisses, a mené une contre offensive éclair contre l’opposition qui jusque là tenait le haut du pavé.
S’il a rencontré Charles Michel, le Premier Ministre belge, c’est à l’habileté diplomatique de son ministre des Affaires étrangères She Okitundu qu’il le doit. Ce dernier en effet a réussi à écarter de l’entretien le Ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, comme si ce dernier faisait désormais partie du problème plus que de la solution. Kinshasa en effet reproche à Reynders de trop aligner ses positions sur celles d’une opposition multiforme, éclatée, qui réclame d’un même souffle le départ de Kabila et l’organisation, cette année encore, des élections qui auraient du avoir lieu avant le 31 décembre 2016. Lorsqu’il se rendra dans la capitale congolaise pour inaugurer la nouvelle ambassade du Royaume, Didier Reynders devra regagner du terrain pour apparaître à nouveau comme un interlocuteur accepté par tous les protagonistes. Il pourra mesurer aussi les progrès enregistrés par la CENI, qui a déjà enrôlé 42 millions d’électeurs mais n’est pas au but de ses peines.
Que cela plaise ou non, la « bilatérale » entre le chef du gouvernement belge et le président Kabila, hors mandat depuis neuf mois, représente une victoire diplomatique pour ce dernier : souvent présenté comme un paria, comme un homme s’accrochant au pouvoir en dépit du bon sens et des vœux de ses compatriotes, Kabila est apparu comme un homme encore « en charge » détenant les clés du pouvoir et celles de son éventuelle succession.
Comme il l’avait fait devant le Premier ministre belge, le chef de l’Etat, devant une Assemblée représentant la planète entière, a réitéré sa promesse d’organiser des élections « libres, transparentes, irréversibles ». Mais il ne s’est pas soucié de fournir des précisions de date, ce qui sera évidemment interprété comme une nouvelle manœuvre visant à grignoter encore un peu de temps. Si nul n’est dupe, la «communauté internationale » a-t-elle d’autre choix que le prendre au mot, l’obliger à honorer ses engagements ? En effet, le chef de l’Etat congolais tient encore en mains les réseaux de pouvoir au sein de son armée : partout dans le pays, il peut compter sur des officiers et des hommes de troupe des Tutsis congolais entre autres, qui sont prêts à se battre pour lui. Et cela même si, parmi d’autres officiers et parmi les hommes de rang, mal payés et démoralisés, la grogne est bien réelle. Si surprise il y a un jour, elle viendra du côté militaire, mais il n’est pas sûr que ceux qui renverseront (peut-être…) Kabila réjouiront l’opposition et les défenseurs des droits de l’homme : habilement, le président sortant tente encore d’apparaître comme un moindre mal. D’autres points de son discours devant l’Assemblée générale vont dans le même sens : alors même que des chercheurs ont démontré que des officiers proches de Kabila, comme le général Akili Mundos, avaient entretenu des contacts avec les groupes armés et avec des islamistes, à Beni entre autres et que dans le Kasaï la répression massive exercée par des généraux venus du Kivu est largement dénoncée, Kabila, jouant sur les peurs de son auditoire, a dénoncé le péril islamiste dans l’Est et les menées terroristes dans le centre du pays. Attisant les craintes, il s’est présenté comme le garant de la sécurité ! Adoptant une posture souverainiste, il a aussi égratigné la Monusco, demandant son « redimensionnement » et la « réorientation » de ses moyens.
Qu’il ait ou non convaincu ses interlocuteurs, Kabila s’est ainsi imposé comme une autorité de fait, avec laquelle il faudra encore compter et qui pourra encore surprendre, fût ce par son départ…Autrement dit, il serait imprudent de vendre trop vite la peau de l’ours blessé…