31 octobre 2017

Nikki Haley a soufflé le chaud et le froid

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Kinshasa

Attendue à Kinshasa comme un arbitre qui allait siffler la fin de la récréation, Nikki Haley, l’ambassadrice américaine aux Nations unies, étoile montante de l’administration Trump, a soufflé le chaud et le froid. Elle a donné au régime un nouveau « bonus » d’un an en même temps qu’elle a torpillé les espoirs d’une prolongation du mandat présidentiel ou d’une révision de la Constitution allant dans ce sens.
Dans l’immédiat, tous ceux qui rêvaient qu’au 31 décembre prochain, à l’expiration du délai accordé par l’accord de la Saint Sylvestre, s’ouvrirait une « transition sans Kabila » ne cachent pas leur déception : Mme Haley, à l’issue d’une rencontre avec la Commission électorale indépendante, a déclaré que les élections devaient être organisées en 2018, et que toutes les parties devaient s’y impliquer. Autrement dit, elle semble avaliser les arguments techniques présentés par Corneille Nangaa, le président de la CENI, qui avance que, malgré les progrès dans l’enrôlement des électeurs, il sera impossible, cette année encore, d’organiser le scrutin dans des conditions acceptables. De la même manière, Mme Haley ne semble pas souscrire à l’idée d’un effacement du chef de l’Etat en janvier prochain, d’autant plus que la Constitution prescrit que le président peut rester en fonctions jusqu’à l‘entrée en fonction de son successeur élu. Cette prudence ne devrait pas étonner : avant de revenir à Kinshasa, Mme Haley, visitant les camps de déplacés au Nord Kivu, avait mesuré les effets de la guerre. En outre, sinon surtout, représentant une administration pour laquelle l’Afrique n’est pas prioritaire et qui souhaiterait réduire les effectifs et le budget de la Monusco, elle ne semble pas avoir souscrit à l’hypothèse de la mise à l’écart de Kabila le 31 décembre prochain. On peut gager que ce dernier s’est efforcé de démontrer qu’il demeurait aux commandes de l’Etat et en particulier de l’armée et de la police et qu’il a tenté de convaincre l’Américaine du fait que son éviction par une opération « magique » ou violente représenterait un saut dans l’inconnu.
Ce petit ballon d’oxygène accordé au régime est-il pour autant un gage de pérennité ? En réalité, rien n’est moins sûr : on ignore ce que l’envoyée spéciale du président Trump a réellement déclaré dans le secret des entretiens privés et pas plus qu’on ne connaît les conclusions tirées de l’état de délabrement du pays et de la montée de la violence…
Mais surtout, une inconnue de taille échappe à l’analyse : loin des salons où se rencontrent les diplomates, loin des tractations entre politiques de tous bords, qu’ils appartiennent au pouvoir ou à l’opposition, d’autres forces apparaissent et se montrent étrangement confiantes. C’est le cas du mouvement citoyen « Telema Ekoki » (cela suffit). Dans la discrétion la plus totale, nous avons rencontré deux de ses cadres, un médecin et un économiste, âgés d’une trentaine d’années, qui ont bombardé Mme Haley de documents explicitant leur antienne : « nous voulons un nouveau président maintenant ».
Affirmant disposer d’un vaste réseau de partisans, fonctionnant en cellules cloisonnées, les porte parole de Telema Ekoki assurent miser sur la « conscientisation « du peuple et ils reprennent le mot d’ordre adressé par l’Eglise à ses fidèles « prenez vous en charge ». Leur analyse est la même que celle des mouvements Lucha et Filimbi : le pouvoir de Kabila est discrédité, il est la cause des blocages et la classe politique dans son ensemble doit être renouvelée. La veille de notre entretien, Pierre Lumbi, président du Rassemblement de l’opposition, songeant à la Marche des chrétiens de 1992 nous avait assuré que deux millions de manifestants pourraient, le jour venu, paralyser Kinshasa. Telema Ekoki confirme : « c’est faisable. Mais nous ne connaissons ni le jour ni l’heure. »