31 octobre 2017

Un ancien colonel, aujourd’hui médecin, affiche ses ambitions et ses projets pour le Congo

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Cheveux gris, allure calme, manières policées, gestes mesurés de médecin.. Daniel Lusadusu, cardiologue à l’hôpital Saint Pierre à Bruxelles, né en 1954 à Léopoldville, surprend au premier abord. On nous avait annoncé un ancien officier de la Brigade spéciale présidentielle, qui deviendra sous le nom de DSP le dernier rempart du régime Mobutu, on nous avait expliqué qu’ayant atteint le grade de colonel, décoré de l’Ordre du Léopard, cet officier « zaïrois » avait regagné la Belgique en 1994 pour y poursuivre une formation en médecine interne . Nous savions aussi que depuis lors il avait gravi tous les échelons de sa deuxième carrière, se spécialisant en médecine d’urgence, en soins intensifs puis terminant une formation en cardiologie…Ce double parcours nourrit un CV mais ne crée pas pour autant une personnalité politique, n’autorise pas nécessairement à changer l’histoire.
Telle est cependant l’ambition du colonel Lusadusu : « la situation de mon pays m’inquiète au plus haut point car elle se dégrade très rapidement et je crois qu’il est temps de passer à l’action… » A KInshasa, nous avons rencontré peu d’interlocuteurs connaissant le colonel Lusadusu et à fortiori ses ambitions politiques et à Bruxelles, il est surtout connu et réputé comme médecin. Cependant, au fil d’un long entretien, le colonel Lusadusu surprend par sa connaissance du microcosme congolais, à la fois politique et militaire : durant des années, il a entretenu de bonnes relations avec Etienne Tshisekedi et noué des relations étroites avec son fils Felix, qu’il rencontre régulièrement et lui permet de bien connaître les figures de proue de la plate forme du Rassemblement de l’opposition.
Mais avant tout, Daniel Lusadusu, même s’il vit en Belgique, connaît parfaitement les réalités : il a gardé des liens avec sa famille dans le Bandundu, avec ses anciens collègues militaires, avec de nombreux compatriotes passés par Bruxelles et… par les services de l’hôpital Saint Pierre.
Le diagnostic qu’il pose sur la situation actuelle du Congo est sans surprise : « la RDC se trouve dans une situation pré-insurrectionnelle et révolutionnaire où la contestation populaire est grandissante. On risque de voir l’armée et même les services de sécurité clochardisés se soulever contre les autorités actuelles…La crise pourrait enflammer toute la sous région… » Jusque là, rien dans ce constat ne surprend, le discours est celui de l’opposition et d’une grande partie des Congolais qui estiment que le président actuel, hors mandat depuis décembre 2016 a fait son temps.
L’élément neuf, c’est que le colonel intègre la donne militaire : il estime que l’armée et les services de sécurité représentent des acteurs incontournables et il souligne que les hommes en armes et les services de sécurité doivent être associés dans toute démarche de changement.
« Lors de la transition qui s’amorcera, il faudra, nécessairement, une main de fer. Si la transition politique est conduite par des acteurs qui n’ont aucun contrôle sur les hommes en armes, on risque de voir éclater une grande crise sécuritaire en RDC, un dérapage qui mettra en danger tout le travail de stabilisation entrepris dans le pays… »
Même s’il vit en Belgique, l’officier congolais assure qu’il dispose dans son pays d’un important réseau au sein des forces armées, « des hommes qui me font confiance, qui savent que je pourrais stabiliser la RDC sur le plan sécuritaire et jeter les bases de la bonne gouvernance. » Si, comme beaucoup d’acteurs politiques ou de la société civile, le colonel Lusadusu soutient l’idée d’une « transition sans Kabila » (mais ne dit rien sur la manière de l’obtenir…) il considère qu’ « une transition dirigée par un homme ayant un profil militaire serait mieux assuré qu’une transition menée par un homme politique ne maîtrisant pas suffisamment les enjeux sécuritaires. »
Ballon d’essai ? Dépôt de candidature ? Ambitions d’intellectuel en exil ? A 62 ans, le colonel assure qu’il n’a pas de projet politique personnel à long terme, que son seul désir est d’aider son pays à sortir de la crise actuelle, à le remettre sur pied et à finaliser un processus électoral crédible et transparent.
Quelles sont les chances, et surtout quels sont les appuis dont dispose le cardiologue estimé par ses collègues belges, l’officier supérieur qui, au Congo, a laissé le souvenir d’un homme compétent, guitariste durant ses années d’études et surtout, ayant gagné ses galons aussi loin du système patrimonial de Mobutu que de la nébuleuse prédatrice de Kabila ? Sans surprise, elles sont difficiles à évaluer puisqu’en ces matières la discrétion est de règle. Nous apprendrons seulement que le colonel, épaulé par des amis israéliens, a voyagé aux Etats Unis où il a noué d’ « intéressantes » relations parmi les Républicains en quête d’un succès en matière de politique étrangère et qu’en Israël il a été reçu par le patron du Mossad.
Une petite phrase prend soudain une autre résonnance : « si on n’y prend pas garde, si ce vaste territoire devient hors contrôle, il risque de devenir une base arrière pour la menace terroriste… » A la tribune de l’Onu, le président Kabila n’avait pas dit autre chose mais le colonel Lusadusu martèle « si on n’agit pas maintenant, demain il sera top tard… »