21 novembre 2017

Le baobab du Zimbabwe est désouché

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Le désouchage du vieux baobab aura pris du temps. Trop sans doute mais au moins l’irréparable ne s’est-il pas produit : maîtrisant leur impatience, leur aspiration au changement, les Zimbabwéens ont permis aux pressions politiques d’opérer leurs effets et tout a été mis en œuvre pour que ne soit pas humilié un homme qui, malgré les errements de son grand âge, appartient à l’histoire de son pays et de l’Afrique.
En Europe, on a surtout retenu contre Mugabe l’ire des Britanniques solidaires des colons dépossédés de leurs terres, oubliant que la réforme agraire ne fut mise en œuvre qu’après plus de dix années de patience et sans pouvoir compter sur les fonds d’indemnisation que Londres et Washington avaient promis de verser…On se souviendra de Mugabe comme un ami de la première heure des Chinois, des Nord Coréens, on se rappellera l’implacable répression exercée contre l’ethnie des Ndebele qui soutenaient son adversaire Josuah Nkomo (soutenu par Moscou), on soulignera la tentative pitoyable de propulser à la présidence une épouse dépensière et peu aimée.. Certes, Robert Gabriel Mugabe n’est pas Nelson Mandela. Il n’a jamais eu ni son charisme, ni sa bienveillance, et n’a jamais été courtisé par les Occidentaux. Ces derniers se sont toujours méfiés de cet homme austère, peu loquace, même si lui aussi a connu la prison et le combat militaire puis politique, même si lui aussi avait eu le courage, au lendemain de l’indépendance, de se réconcilier avec Ian Smith, le Premier Ministre de la Rhodésie sécessionniste qui l’avait combattu sans pitié…
Si Mugabe n’a pas eu bonne presse en Occident, ce n’était pas uniquement à cause de son intransigeance, de sa lucidité politique, de ses redoutables facultés intellectuelles (il avait mis à profit ses années de prison pour collectionner les diplômes..) C’est aussi parce que l’homme était un militant panafricaniste convaincu, qui mit plusieurs fois en échec les manœuvres ou les duplicités occidentales.
En Afrique, même si pour les jeunes il appartient déjà aux livres d’histoire, on a de lui une vision bien différente : chacun sait que si, finalement, le peuple sud africain fut libéré de l’apartheid, si la Namibie accéda à l’indépendance, c’est à son engagement qu’il le doit, lorsque le Zimbabwe, durant les années 80, ouvrit son territoire aux bases et aux camps de réfugiés de l’ANC et en paya le prix fort, les attaques au sol, les bombardements menés par l’armée sud africaine…
En Afrique centrale, chacun sait aussi que c’est Mugabe qui fit échouer les projets de balkanisation du Congo, lorsqu’il engagea ses troupes aux côtés de Kinshasa afin de stopper l’avancée des rebelles venus de l’Est. Et sur le plan intérieur, même si les terres arrachées aux colons blancs furent moins distribuées aux cultivateurs noirs qu’aux amis politiques du régime et aux militaires, la réforme agraire menée au Zimbabwe fut suivie par tous les pays d’Afrique australe, de l’Afrique du Sud jusqu’au Kénya, où des propriétaires blancs occupent aujourd’hui encore de vastes domaines voués à l’agriculture ou au tourisme tandis que les populations africaines manquent de terres cultivables.
Avec la disparition de Mugabe, une page se tourne en Afrique, celle des guerres de libération, des luttes idéologiques. On voudrait pouvoir dire aussi que sa mise à l’écart sans violence est un signal envoyé à tous les chefs d’Etat, quel que soit leur âge, qui s’accrochent au pouvoir en dépit de la volonté de leur peuple et sans présenter les mêmes lettres de créance…

C

17 novembre 2017

Robert Mugabe, vétéran du panafricanisme et parrain du régime Kabila

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C’est avec passion que les Congolais, toutes générations confondues, suivent les évènements du Zimbabwe. Pour les plus jeunes, qui n’étaient pas nés au moment des luttes de libération en Afrique australe et même pour ceux qui n’ont pas vécu les deux guerres du Congo à la fin du siècle dernier (1996-1997 et 1998-2002) la tentative de déposition d’un chef d’Etat âgé de 93 ans qui s’accroche au pouvoir en dépit du bon sens est un évènement qui « colle » à l’actualité de leur propre pays, où le président Kabila, quoique beaucoup plus jeune que le vétéran ne semble pas désireux, lui non plus, de céder le terrain… Chacun à sa manière tire les enseignements de ce qui se passe à Harare : le rôle de l’armée, l’échec de la tentative de placer aux commandes Grace Mugabe, l’épouse du président, l’absence de troubles publics et de répression, l’attention portée par tous les pays d ’Afrique australe au déracinement de ce baobab qu’ était Mugabe.
Dans les cercles du pouvoir aussi, l’effacement probable de Mugabe de la scène politique est suivi de très près, non seulement parce qu’il représente un précédent, mais aussi parce que le maître du Zimbabwe était l’un des « parrains » du régime Kabila. Pour le comprendre, il faut remonter quelques décennies en arrière. Il faut se rappeler que, lorsque le Zimbabwe accède à l’indépendance en 1980 après une longue guerre contre le régime de Ian Smith qui dirigeait une Rhodésie qui s’était débarrassée de la tutelle coloniale britannique, Robert Mugabe, « Comrade Bob », aux côtés de son allié puis rival puis adversaire Josuah Nkomo, était le symbole de la lutte de libération dans une Afrique australe encore dominée par le régime sud africain d’apartheid, l’icône du panafricanisme incarné par le président tanzanien Julius Nyerere. Dans cette mouvance, on retrouvait le MPLA angolais avec le Dr Agostinho Neto et Eduardo dos Santos, la Swapo de Namibie et son leader Sam Nujoma, le Frelimo du Mozambique et son leader charismatique Joachim Chissano. Alors que tous étaient, en cette période de guerre froide, soutenus par l’Union soviétique, Robert Mugabe quant à lui affichait clairement ses sympathies pro chinoises et nord coréennes. Ces personnages qui allaient tour à tour remporter les guerres de libération et devenir les premiers présidents de leur pays indépendants connaissaient l’un des protégés et amis de Nyerere : Laurent Désiré Kabila, qui avait également voyagé en Chine. Ce dernier, appuyé par la Tanzanie, entretenait un petit maquis du côté de Fizi Baraka sur le lac Tanganyika d’où il défiait le président Mobutu. Un homme considéré comme un allié de l’Occident et qui brisait volontiers l’embargo international frappant le régime d’apartheid.
Lors de ses aller retour à Dar es Salaam, pour des raisons politiques ou commerciales, le Congolais Kabila, qui se réclamait de patrice Lumumba, retrouvait dans la capitale tanzanienne les héros des luttes d’indépendance, mais aussi un certain Yoweri Museveni, l’Ougandais qui rêvait de détrôner Idi Amin Dada puis Obote ainsi que ses compagnons d’armes et amis, eux aussi officiers dans la NRA (National resistance army) Fred Rwigema et Paul Kagame, des réfugiés rwandais servant l’Ouganda mais rêvant de retourner un jour dans leur pays, de gré ou de force.
Lorsque, un quart de siècle plus tard, Laurent Désiré Kabila, sur le conseil de Julius Nyerere, fut placé à la tête de l’AFDL, (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) un mouvement armé composite créé par le Rwanda et le Rwanda et recrutant parmi les opposants congolais, c’est tout naturellement qu’il put compter sur la solidarité de ses anciens amis d’Afrique australe : l’Angola lui prêta des troupes et des avions, le Zimbabwe lui apporta un soutien logistique. Cette union sacrée, nouée détruire les camps de réfugiés rwandais massés sur la frontière et chasser Mobutu, n’allait pas durer : un an après son entrée triomphale dans Kinshasa, le 17 mai 1997, Kabila décida de congédier les alliés rwandais et ougandais qui entendaient gouverner (et exploiter) le Congo à sa place. Désireux d’occuper pleinement les fonctions présidentielles au lieu d’être un simple porte parole et exécutant, Laurent Désiré Kabila fit alors face à la deuxième guerre du Congo qui allait faire exploser le front africain qui l’avait mené au pouvoir. En effet, alors que Kigali et Kampala soutenaient activement des mouvements rebelles congolais créés pour la circonstance, le RCD Goma et le MLC de Jean-Pierre Bemba, l’Angola et surtout le Zimbabwe apportèrent un soutien décisif au président Kabila et, plus largement, aux autorités de Kinshasa et à la préservation de l’unité d’un Congo menacé de balkanisation. Ce sont les troupes angolaises qui, soutenues par la résistance des quartiers populaires, barrèrent la route de Kinshasa à un corps expéditionnaire rwandais débarqué à Kitona, ce sont les troupes du Zimbabwe qui bloquèrent la progression des rebelles vers le Kasaï et qui prirent position dans l’Equateur.
Le Congo devint alors l’enjeu de ce que l’on appela la « première guerre mondiale africaine » où des armées de plusieurs pays du continent se battaient sur son sol et se payaient « sur la bête », finançant l’effort de guerre en exploitant les ressources locales. Si la prédation du Rwanda et de l’Ouganda fut amplement documentée, celle de l’Angola et du Zimbabwe exista aussi : Luanda exigea l’accès aux ressources pétrolières du plateau continental et Harare obtint l’exploitation de mines de diamant dans le Kasaï…C’est alors que le nom d’Emerson Mnangagwa, qui veut aujourd’hui succéder au président Mugabe, fut cité dans plusieurs rapports de l’ONU.
Cette internationalisation de la guerre provoqua aussi son enlisement et il fallut qu’en 2001 Laurent Désiré Kabila soit assassiné, à l’issue d’un complot encore mal éclairci, pour que la situation se débloque. Mais lorsque, le 17 janvier 2001, son garde du corps Rachidi Kasereka tira sur lui à bout portant avant d’être abattu lui-même par Edy Kapend, c’est Robert Mugabe qui, depuis Harare, prit les choses en mains : le corps, mortellement blessé, -ou peut-être déjà le cadavre-, de Laurent Désiré Kabila fut emmené dans un hôpital du Zimbabwe, tandis que, depuis Harare et Luanda, des troupes d’élite étaient dépêchées à Kinshasa pour maintenir l’ordre dans la capitale et maîtriser la fureur populaire qui tenait les Occidentaux pour responsables du complot.
Lorsque la « famille politique » de Laurent Désiré Kabila, en l’occurrence son cousin Gaëtan Kakudji, son fidèle ami Kazadi, le général Lwecha, entre autres, décidèrent de la succession du défunt, le Zimbabwe fut étroitement associé aux délibérations dont finalement émergea le nom de celui qui allait remplacer le Mzee, son fils Joseph Kabila. Ce dernier, qui se trouvait à Lubumbashi au moment de l’assassinat de son père, fut mis en contact avec le président Mugabe et peut-être se rendit-il à Harare réceptionner le corps du défunt. Lorsqu’il revint à Kinshasa, la population découvrit un jeune officier de 28 ans, taiseux et secret et, à l’époque, nul n’aurait parié sur sa longévité politique.
Par la suite, Joseph Kabila garda contact avec ses mentors du Zimbabwe et de Tanzanie autant qu’avec l’Angola. Autant lors des négociations de paix de Sun City qui, en 2002, menèrent au départ de toutes les troupes étrangères que lors des premières élections démocratiques en 2006, le président congolais put toujours compter sur le soutien politique, logistique, militaire, de ses alliés d’Afrique australe qui finirent par décider de créer un bataillon africain de 3000 hommes (Malawi, Afrique du Sud, Tanzanie), intégré dans l’inefficace Monusco, afin de venir à bout de la rébellion du M23 soutenue par le Rwanda.
Lorsqu’en 2010, en présence du roi Albert II, le Congo réunifié et relativement pacifié célébra le 50 e anniversaire de son indépendance, l’immense ovation qui accueillit le vieux Robert Mugabe lorsqu’il apparut à la tribune officielle ne surprit que ceux qui avaient oublié qu’en Afrique aussi, les peuples ont de la mémoire…

16 novembre 2017

La nouvelle ambassade de Belgique à Kinshasa sera une “maison passive”

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L’inauguration de la nouvelle ambassade à Kinshasa a failli devenir une « histoire belge », qui aurait vu le déménagement de l’ancienne chancellerie se faire en catimini, mais finalement tout rentre dans l’ordre des choses diplomatiques : le 27 novembre prochain, le Ministre des Affaires étrangères Didier Reynders inaugurera officiellement le vaste bâtiment situé au mitan du Boulevard du 30 juin et qui aura coûté 10,5 millions d’euros. Terminé depuis plusieurs mois, cet immeuble de 4000 mètres carrés est à la fois classique dans sa facture et remarquable dans sa conception, car l’entrepreneur Willemen et ses architectes, jouant sur la ventilation, ont voulu en faire l’équivalent tropical des « maisons passives », sauf qu’ici on a tenté de se passer autant que possible non pas du chauffage mais de la climatisation…
Depuis plusieurs mois, le climat politique entre Kinshasa et Bruxelles n’a pas besoin de climatisation pour être glacial et des proches conseillers du président Kabila nous assuraient encore, voici peu, que si le ministre voulait inaugurer « son » ambassade, il serait libre de le faire, mais que « ce sera sans nous », donc sans aucun représentant de l’Etat congolais. L’aller retour à Kinshasa, en moins d’une journée, laissera de toutes manières peu de place pour d’éventuels contacts officiels, pour lesquels le ministre Reynders n’a d’ailleurs pas reçu mandat du « kern » qui a décidé son déplacement.
La brouille remonte à l’époque où la Belgique et son ministre des Affaires étrangères se sont vus reprocher les critiques émises à propos de la nomination de Bruno Tshibala au poste de Premier Ministre. L’ascension de ce transfuge de l’UDPS, longtemps proche conseiller d’Etienne Tshisekedi, avait été jugée en contradiction avec l’esprit des accords de la Saint Sylvestre qui prévoyaient que le futur chef de gouvernement serait issu de l’opposition et devrait avoir obtenu son aval. Plus largement, la majorité présidentielle reprochait à la diplomatie belge de soutenir trop ouvertement l’ancien gouverneur du Katanga Moïse Katumbi ainsi que Felix Tshisekedi et surtout, soupçonnait l’ancienne puissance coloniale d’avoir manœuvré en coulisses pour soutenir sinon inspirer les sanctions ciblées décidées par l’Union européenne et visant quelques dignitaires du régime. Depuis lors, même si rien n’a changé sur le fond, des émissaires de Kinshasa, dont l’ancien gouverneur du Sud Kivu Cishambo sont passés par Bruxelles, le ministre de l’Information et porte parole du gouvernement Lambert Mende a obtenu un visa « humanitaire » pour la Belgique et surtout, la « communauté internationale », Etats Unis en tête, prenant au mot l’engagement de la Commission électorale, a accepté la date des élections, fixée du 28 décembre 2018, en dépit du scepticisme de l’opinion congolaise.
L’inauguration du nouveau bâtiment se déroulera dans un climat bien différent de celui de la pose de la première pierre en 2014. A l’époque, le ministre Reynders qualifiait d’ « excellentes » les relations bilatérales entre les deux pays et la taille de la future chancellerie, sa situation stratégique, démontraient que dans un Congo en voie de redressement, l’ancienne métropole entendait reprendre son rang.
Bâti sur des terrains rachetés à la curatelle de la défunte compagnie Sabena, l’imposant bâtiment accueillera aussi, sur un étage, l’ambassade des Pays Bas, qui représentera les intérêts du Luxembourg, ce qui pourrait augurer d’une future politique commune au niveau du Benelux. Autour de l’ambassade, l’Etat belge a également racheté à la curatelle de la Sabena des terrains arborés, sur lesquels ont été construits des logements destinés à une quinzaine de diplomates.
Cet ensemble sera situé dans la partie la plus « cossue » de la Gombe, le quartier de Kinshasa consacré aux affaires et à la politique et parfois appelé la « République de la Gombe » tant il est coupé du reste de la ville. Le modernisme de la nouvelle chancellerie devrait faire rapidement oublier la vétusté de l’ancien immeuble, situé sur la place du 27 octobre, anciennement place Braconnier, entouré de grilles plus hautes d’année en année mais qui ne dissimulaient guère la dégradation des lieux.
A noter que, sur le plan sécuritaire, la nouvelle ambassade, un immeuble de verre et de béton apparaît beaucoup plus vulnérable, en cas de troubles, que le « camp retranché » rébarbatif qui abrita nos diplomates durant des décennies…

16 novembre 2017

La publication du calendrier électoral a désarçonné l’opposition congolaise

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En publiant le calendrier électoral, qui prévoit que les élections auront lieu à plusieurs niveaux (législatif, provincial et présidentiel) le 23 décembre 2018, la Commission électorale indépendante a tenté de calmer les tensions internes, essayé de gagner du temps en accordant un nouveau délai alors que le mandat du président Kabila est caduc depuis décembre 2016. Mais surtout, elle a voulu faire baisser la pression internationale et désamorcer les sanctions déjà exercées par l’Union européenne et les Etats Unis.
1. Face au nouveau calendrier proposé, quelle est la réponse de l’Europe et des Etats Unis ?
Prenant au mot les engagements de la CENI et passant au dessus des difficultés d’exécution, Washington et l’Union européenne saluent l’engagement pris et le qualifient de « pas significatif » en vue d’une transition pacifique. Le département d’Etat relève que le président Kabila s’est engagé à respecter la Constitution et l’accord de la Saint Sylvestre et a promis de ne pas briguer de troisième mandat. Mais derrière les encouragements perce aussi l’inquiétude : Kinshasa se voit prié, entre autres, de libérer les prisonniers politiques, de garantir la liberté de réunion et d’association. Tous les Occidentaux, y compris l’Union européenne et la Belgique, insistent aussi sur le fait que la date désormais proclamée sera la dernière à être acceptée. Bruxelles met également l’accent sur la nécessité d’atteindre un consensus entre le pouvoir et l’opposition.
2. Quelle est la position de l’Union africaine ?
Dans une déclaration commune, l’Union africaine et le représentant des Nations unies à Kinshasa, de même que les organisations régionales africaines, saluent également la publication du calendrier électoral. Le feu vert n’est cependant pas inconditionnel : les autorités congolaises sont priées de prendre toutes les mesures, y compris logistiques, financières, sécuritaires pour permettre l’organisation des élections sur tout le territoire. Appel est également lancé en faveur des « mesures de décrispation », comme la libération des prisonniers politiques.
3. Pourquoi la » communauté internationale » accepte-t-elle que Kinshasa prolonge ainsi les délais en dépit des engagements pris ?
La première raison est l’impuissance : en dépit des sanctions financières, des mesures ciblant des individus proches du pouvoir, Kinshasa a les moyens de déjouer les pressions, comptant sur d’autres partenaires plus conciliants, la Chine, la Russie, l’Afrique du Sud, entre autres. Une autre raison est la cohérence : est- t- il bien raisonnable de durcir le ton à l’égard d’un seul pays alors que tant d’autres chefs d’Etat africains sont au pouvoir depuis bien plus longtemps que M. Kabila ? En plus d’un certain « souverainisme » africain, habilement ranimé par le Ministre des Affaires étrangères She Okintundu, joue aussi la peur du désordre : les neuf voisins du Congo (qui tirent profit de la situation actuelle en exploitant, chacun à sa manière, la faiblesse de Kinshasa) redoutent aussi les effets d’une guerre civile qui provoquerait des exodes de réfugiés.
4. L’opposition est-elle en difficulté ?
Oui et non. Alors que la principale revendication des opposants, toutes tendances confondues, est d’exiger le départ de l’actuel chef de l’Etat d’ici la fin 2018, chacun sait que les partis d’opposition n’ont pas les moyens de mener campagne dans un aussi bref délai et ne se sont pas réellement mis d’accord sur la formule d’une « transition sans Kabila ». Si cette solution, qui vient d’être torpillée par la communauté internationale, devait être adoptée, il n’y a guère de consensus ni sur la direction de cette opposition, ni sur sa durée. Même s’ils ne l’avoueront jamais publiquement, les partis d’opposition sont peut-être secrètement soulagés de voir apparaître un nouveau « glissement » propice à toutes les manœuvres, sinon à l’émergence d’un nouveau leadership qui bousculerait les têtes de liste aujourd’hui assez discréditées. En effet, Jean Pierre Bemba est toujours en prison, Vital Kamerhe a perdu de sa crédibilité en participant au premier dialogue, Félix Tshisekedi est loin d’avoir l’aura de son père et se limite à inciter ses partisans à venir l’accueillir lorsqu’il revient de province ou de l’étranger. Quant aux Opérations Ville Morte, où chacun est invité à ne pas sortir de chez soi pour se rendre au travail, elles ont montré leurs limites dans ce pays où l’on vit au jour le jour.
5. D’où vient la contestation ?
Si la société civile traditionnelle demeure prudente les mouvements citoyens ont le vent en poupe : Lucha, Filimbi, Telema Ekoki, d’innombrables groupes de jeunes, d’étudiants sont prêts à descendre dans la rue. Ils appellent à une première journée de protestation le 15 novembre avec un mot d’ordre unique : Kabila doit partir. Mais la répression s’annonce implacable, menée par la police, l’armée et aussi des unités spéciales, difficilement identifiables. Une question cruelle et cynique s’impose : combien de morts la répression devra-t-elle faire pour que les pays voisins, les Occidentaux et l’opinion internationale s’émeuvent vraiment de la descente aux enfers du Congo et la jugent inacceptable ? Le fait que les guerres du Kivu, avec leur cortège de pillages, de viols, de massacres, aient été tolérés pendant d’aussi longues années incite au pessimisme : face à l’insoutenable, le seul de tolérance, au Congo, est plus élevé qu’ailleurs.
Reste l’imprévu : au Congo, provoquée plus par les injustices sociales et les exactions économiques que par les exigences constitutionnelles, l’exaspération populaire est telle que la moindre étincelle pourrait provoquer l’ explosion. Mais comme en tant d’autres occasions, lorsque la patience aura vraiment atteint ses limites, personne n’aura rien vu venir.

12 novembre 2017

Louis Michel annonce qu’il va quitter la politique

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Créant la surprise, Louis Michel, ancien Ministre des Affaires étrangères, parlementaire européen après avoir été Commissaire au développement et poids lourd du parti réformateur (libéral) a annoncé qu’il ne se représenterait pas aux prochaines élections. Autrement dit, dans un délai assez court, il quittera cette carrière politique à laquelle il a consacré sa vie.
En Belgique, les éloges, les souvenirs ne manqueront pas. Mais au Congo aussi on se souviendra de lui. En effet, lorsque Louis Michel, en 1999, reçoit le portefeuille des Affaires étrangères, il y a presque dix ans que la Belgique, sous la pression des socialistes flamands, découragés par les frasques du régime Mobutu, ont suspendu la coopération avec l’ancienne colonie et réduit au strict minimum les relations diplomatiques. L’histoire dira qui fut réellement frappé par ces mesures : le richissime dictateur ou la population qui vit se détériorer l’organisation des soins de santé, l’encadrement de l’enseignement… L’histoire dira aussi combien la fin de la coopération militaire eut pour effet d’affaiblir une armée déjà divisée, désorganisée, minée par le favoritisme et la corruption… Mais les témoins de l’époque peuvent déjà assurer que ce relatif abandon fut aussi synonyme d’indifférence lorsque le Zaïre devenu la République démocratique du Congo fut, en 1998, attaqué par ses voisins, ceux là même qui avaient contribué à la chute de Mobutu : la Belgique, puissance tutélaire, traumatisée par le génocide des Tutsis au Rwanda , ne sonna pas le tocsin…
Lorsque Louis Michel, fraîchement nommé, débarqua au Congo pour la première fois, et se rendit à Kinshasa et aussi à Kisangani, il fut frappé par l’état d’abandon du pays, par son démembrement de fait, les rebelles contrôlant de larges parties du territoire, tandis que Laurent Désiré Kabila, l’ancien révolutionnaire arrivé dans le sillage des armées étrangères dénonçait en vain l’invasion, la tentative de balkanisation, le pillage des ressources. Louis Michel, guidé par le cœur et la raison, s’employa à remettre le Congo à l’agenda de la communauté internationale. Ce qui le motiva ? La raison d’abord, sinon le calcul : à l’époque, déconsidérée par la crise du poulet à la dioxine (ancêtres des œufs au fribronyl…) la Belgique était la cible sinon la risée de l’Europe, sa diplomatie, après l’échec tragique du Rwanda, n’était plus guère audible. Où était l’expertise d’antan ? Louis Michel s’employa à la restaurer et mit la crise congolaise en tête de son agenda diplomatique, imposant le sujet aux alliés européens. Mais avant tout, au-delà des arguments de raison, il y eut les élans du cœur : voyageant dans le pays, et en particulier au Kivu, le ministre fut sincèrement touché par la multitude des témoignages qui lui furent adressés. Des femmes, à l’hôpital de Panzi, mais aussi dans le secret de conversations privées, expliquèrent les viols, les mutilations, les exodes forcés, les humiliations. Des paysans chassés de leurs terres racontèrent leur exode, la société civile, longuement écoutée, multiplia les appels à l’aide. A ce cri d’un peuple, qui appelait à son secours l’ancienne métropole, l’humaniste qu’était Louis Michel ne pouvait demeurer sourd. Il multiplia les navettes diplomatiques, entre les Nations unies, les capitales européennes, les Etats Unis. Partout, il rappela cette guerre oubliée, les risques de déstabilisation régionale et surtout le terrible coût humain de ce conflit qui avait fait des millions de morts. Les uns après les autres, il rencontra les dirigeants africains, les voisins du Congo, et aussi les autres, Nelson Mandela, Eduardo dos Santos, Omar Bongo, sans oublier le médiateur de l’époque, l’ex-président Masire du Botswana qui fut quelquefois secoué par le belge volontariste. Nul n’a fait le compte du nombre d’heures passées dans les avions, des entretiens en tête à tête, des apartés privés avec les uns et les autres et il faudra un jour raconter quelques unes des anecdotes les plus significatives, comme cet avion de la Défense aérienne se posant au Botswana quelques minutes seulement avant que son réservoir d’huile soit complètement vidé à cause d’une fuite, ou l’entretien glacial avec le président Kagame après que Louis Michel ait dénoncé sans ambages le comportement des troupes rwandaises au Kivu… Il y eut aussi quelques imprudences, comme l’annonce, tôt matin, de la mort de Laurent Désiré Kabila qui, officiellement, était encore soigné au Zimbabwe (l’information était exacte car le président, assassiné dans son bureau, était mort depuis longtemps mais il fallait encore, avant d’annoncer solennellement son décès, régler sa succession ). Par la suite, Louis Michel rattrapa son imprudence en prodiguant de judicieux conseils à Joseph Kabila et en suivant de très près les accords de Sun City qui devaient mener à la réunification du pays et, après une période de transition, à la préparation des premières élections de 2006.
Lorsque Joseph Kabila fut solidement installé au pouvoir, Louis Michel ne cacha pas certaines déceptions, le nouveau président congolais oubliait de l’appeler, de le consulter, il modifia la Constitution en réduisant à un tour l’élection présidentielle sans prendre l’avis de son ex mentor. Ce qui n’empêcha pas l’homme politique belge d’encore se mouiller lors de certaines crises : averti par le président Kagame du « lâchage » de Laurent Nkunda, Louis Michel n’hésita pas, à bord d’un avion de la Monusco, à se rendre à Kitchanga, le fief du chef rebelle pour lui signifier la fin de l’appui rwandais et lui conseiller, sans trop de précautions, d’abandonner une rébellion vouée à l’échec.
Avec sa barbe, son rire, son franc parler, sa bonne volonté, son carnet d’adresses et sa capacité d’écouter, Louis Michel a touché le cœur des Congolais, il fait désormais partie de leur histoire et même lorsqu’il sera officiellement retiré de la politique active (ce que nul n’arrive à croire) il sera encore un homme dont, à Kinshasa, on recherchera les conseils, quitte à ne pas les suivre…

12 novembre 2017

Travelling sur le Congo d’en bas: ceux de la rue

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Augustin a 23 ans. Lorsqu’il est arrivé dans l’enceinte de la FIKIN, (Foire internationale de Kinshasa) il avait douze ans. Hier, il appartenait au groupe dit des « débrouillards », aujourd’hui, il fait partie de l’ensemble musical dit CATSR(Comité d’appui au travail social de rue) Musica. « du rap, de la rumba, des percussions, de la musique traditionnelle. Partout où on nous appelle, les vingt membres de mon groupe et moi, nous allons jouer. » Voici dix ans déjà, Augustin refusait qu’on l’appelle « enfant des rues » : « c’est ici que j’ai grandi, je crois que ma famille m’a jeté, mais cela, je préfère l’oublier. Ce que je sais, c’est qu’ici j’ai fait mon trou, taillé ma place… »Non sans fierté, le jeune homme nous emmène vers son bureau, qui est aussi sa chambre : derrière une palissade, il a rassemblé un amas de planches et assure que rien n’est fait au hasard, que ce « foutoir » est le résultat d’un réel effort de design ! Au fond, deux tentes igloo ont été collées l’une à l’autre. Une vingtaine d’enfants se réfugient ici chaque nuit et Augustin, celui qui a grandi et se sent responsable, explique qu’il leur procure une certaine sécurité. Plus loin, vers l’entrée de la FIKIN, d’autres garçons de son âge vaquent à leurs occupations : les plus âgés nouent des feuilles de palme, les piquent de fleurs blanches et roses, les entourent de feuilles de plastique. Les plus petits vont cueillir des branches dans les jardins et les terrains vagues et ramènent les fleurs qu’ils trouvent en route. « Qu’il s’agisse d’un mariage ou d’un deuil, vous pouvez passer commande, « explique le « commercial » de la bande, « c’est 50 dollars la gerbe. A discuter bien sûr… »
A Kinshasa, ils sont près de 40.000 enfants, garçons et filles, à vivre ainsi dans la rue. Les uns ont été chassés par leur famille, qualifiés d’enfants sorciers, de jeteurs de sports. Les autres ont fui un père brutal, une marâtre qui ne voulait pas d’eux. Voici dix ans, ils étaient nombreux à être venus du Kivu, anciens enfants soldats échoués dans la grande ville après les vagues de guerres et de violences. Aujourd’hui, ils arrivent du Kasaï, au compte gouttes encore, chassés par la violence des miliciens Kamwina Nsapu ou la brutalité des militaires en charge de la répression et au centre Likemo, on s‘attend à un afflux très important dans les prochaines semaines.
Construit sur un terrain appartenant au Ministère des Affaires sociales, le bâtiment neuf du centre Likemo ((famille, école, travail), pour le compte du CATSR suscite la jalousie des fonctionnaires, bien plus mal logés autant que la fierté d’Edwin de Boeve, le directeur de Dynamo international. Ce Bruxellois a commencé sa carrière à Ixelles-Matonge vers la fin des années 80 alors que sévissaient les bandes urbaines, parmi lesquelles de nombreux jeunes Africains. Après avoir créé le réseau international des travailleurs sociaux de rue, présent dans 51 pays, Edwin s’est établi à Kinshasa où, avec l’aide de la coopération belge, de WBI, du CNCD et de bien d’autres bonnes volontés dont le Lions International, il vient de terminer la construction d’un centre d’accueil des enfants. Roger Katembwe en charge de la gestion du centre, souligne que les enfants ne sont pas faciles à encadrer : « bien souvent, ils refusent un séjour permanent, mais apprécient ce lieu où ils peuvent, s’ils le souhaitent, venir se reposer durant quelques heures, être soignés si nécessaire. Ils ont accès aux douches, aux toilettes, à un petit déjeuner et, s’ils le souhaitent, on leur propose des animations, des formations… »

Certificat d’indigence

En plus d’enregistrer les enfants et de les suivre, le centre peut aussi obtenir un « certificat d’indigence » auprès du Ministère des Affaires sociales, un document qui, dans certaines écoles, permettra aux jeunes d’être exemptés de minerval, de reprendre leur scolarité et de bénéficier de soins médicaux gratuits. Roger Katembwe souligne qu’il arrive même que des enfants, après avoir retrouvé le chemin de l’école, soient à nouveau acceptés par leur famille : «s’ils avaient été jetés à la rue, c’est parce que les parents ne pouvaient ni les nourrir ni payer les frais scolaires… »
C’est le cas de la jeune Plamedi, (un nom qui signifie « plan merveilleux de Dieu ») qui avait été chassée par sa marâtre mais étudie aujourd’hui la coupe-couture, ou d’Exocet, dont la maman était elle-même une « fille de la rue ».
Les Belges sont très présents aux côtés de ces « débrouillards » de la rue : la commune d’Ixelles est jumelée avec Kalamu-Matonge, Woluwe Saint Lambert finance la construction du centre et, en toute discrétion, chaque député du Parlement bruxellois et de la Fédération Wallonie-Bruxelles soutient la scolarité d’un enfant de Kinshasa ou de province.
Loin de Bandal, les travailleurs sociaux de rue de Likemo arpentent la ville. Non seulement ils repèrent les enfants en danger mais tentent, en amont, d’aider leur famille. C’est ainsi que, dans le quartier Badara, commune N’Sele (au-delà de l’aéroport), Madame Dieubenisse et sa fille Mapatance ont retrouvé un toit. Voici deux ans encore, la maman, la fillette de 7 ans et son frère de 5 ans vivaient dans l’enceinte de la Fikin, abandonnés par le premier mari, un militaire enfui à Brazzaville. Les enfants pratiquaient les métiers de la rue : comme d’autres appelés « sous marins » ils nettoyaient les tables du marché, portaient les paquets, tordaient les fils de fer pour fabriquer des « braisières »…Lorsque Mme Emmanuelle prit contact avec elle la maman lui expliqua qu’à N’Sele, la famille possédait une parcelle mais n’avait aucun moyen d’y vivre. La travailleuse sociale de rue se mit alors au travail, identifia le terrain, une école voisine, et elle persuada la mère de quitter le centre ville pour s’installer dans une baraque de tôles, sur le terrain lui appartenant.
Aujourd’hui, le ventre rond (un nouvel enfant s’annonce) la jeune femme nous assure qu’elle vit de son « magelwa », un petit étal planté devant sa parcelle où elle vend des cartes de téléphone, des sucrés, des beignets et elle ne cache pas sa fierté de voir la petite Mapatance aimer son école et y apprendre à écrire. Pour elle, la rue, c’est fini, l’avenir existe…

La rue se termine au bord du fleuve

A Kingabwa « point chaud » aux confins de la commune de Limete, il est moins sûr que Didier Boloko et les siens ne seront pas obligés de retourner dans la rue : chaque jour, à mesure qu’avance la saison des pluies, le fleuve monte de quelques centimètres, les crapauds croassent de plus en plus fort et, aux confins des champs où poussent le riz, les haricots, le manioc, on distingue déjà des pirogues qui se faufilent entre les canaux. « Un jour nous serons engloutis, ou bien nous devrons fuir en abandonnant toutes nos affaires » se plaint cette famille originaire de Djera, dans la province de l’Equateur, car « chaque année, le fleuve progresse… »
C’est en 1999 que sont arrivés dans la capitale ces gens que les Kinois méprisants appellent les Pygmées ou les autochtones : « nous ne pouvions plus vivre là bas. Les sociétés comme Siforco coupent les arbres, les animaux sont massacrés ou fuient.. Pour nous la forêt c’est notre garde manger, notre pharmacie, mais elle disparaît… Alors nous avons pris la pirogue et sommes descendus jusque Kinshasa. Au bord du fleuve nous avons tenté de nous accrocher. Mais ceux « du haut de la rue », ceux qui ne sont jamais inondés, nous méprisent, nous traitent de sauvages… Notre seul secours, c’est maman Emmanuelle qui nous a repérés et qui paie les frais scolaires des enfants… »
A quelques centaines de mètres de la route des poids lourds, à quelques kilomètres des gratte ciels du centre ville, on se sent ici comme au village. Sans être pour autant coupé du monde : la télé, seul luxe de la famille, mouline les nouvelles durant toute la journée et l’horizon de ces gens qui vivent les pieds dans la boue est barré par la « Cité du fleuve », un immense projet immobilier, des appartements de luxe construits sur pilotis sur le modèle de Dubaï…
Aussi sûr que monteront les eaux du fleuve à la prochaine saison, un jour, les « Kinois d’en bas » rabattront l’arrogance de leurs hautains voisins et « ceux de la rue » déferleront à leur tour…

9 novembre 2017

Le CNCD en phase avec ses partenaires congolais

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Dix mille volontaires, 50 groupes locaux, 250 communes partenaires ? Qui, en Belgique, peut se targuer d’une telle base sociale ? En 50 ans d’existence, un Belge sur deux, du Nord ou du Sud du pays, a soutenu, d’une manière ou d’une autre, les activités du Centre national de Coopération au développement et le point fort de sa collecte de fonds l’Opération 11 11 11. Du PTB jusqu’aux jeunes libéraux, tous les partis politiques belges se retrouvent dans cette vaste « coupole », la plus pluraliste qui soit. Le CNCD soutient des projets, des groupes d’action dans tous les pays en développement, mais c’est certainement au Congo que ses partenaires sont les plus nombreux, les plus diversifiés. A l’occasion d’un reportage dans « le Congo d’en bas », celui des obscurs, des sangs grades, mais aussi celui des « débrouillards » et des militants de la démocratie, nous avons découvert quelques uns des groupes soutenus par le CNCD et donc par la Belgique « des gens », celle qui laisse parler son cœur et ne se fie guère aux économies de bouts de chandelle que les ministres de la Coopération, les uns après les autres, veulent infliger au secteur de la solidarité. Memisa (soins de santé primaires) Agricongo (organisations paysannes) Dynamo (enfants des rues) mais aussi AETEA (action pour des élections transparentes et apaisées) Azadho (défense des droits de l’homme) sont, parmi bien d’autres, les bénéficiaires des fonds rassemblés par le CNCD. Des fonds multipliés par le mécanisme du co-financement « pour un euro récolté en Belgique trois euros vont dans le Sud, car la Coopération au développement, fédérale, ou les régions, triplent la mise… » rappelle Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD.

9 novembre 2017

Les réfugiés du Kasaï affluent à Kikwit en route vers Kinshasa

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Kikwit

« Des malades atteints de kwashiorkor, des blessés, des enfants seuls, des femmes en état de choc, qui avaient fui après avoir vu leur mari être décapité sous leurs yeux…. Et la population, mes administrés, qui ne voulait rien savoir, rien entendre, et qui répétait « ces gens ne sont que des Baluba, qu’ils s’en aillent ailleurs… »
Après sept mois, Suzanne Usatura Israël, bourgmestre de Kazamba, l’une des communes de Kikwit, capitale du Bandundu, n’est pas près d’oublier l’arrivée des premiers réfugiés du Kasaï. « C’est les 17 et 18 février que, dans la ville basse, ont surgi les premiers déplacés. Ils étaient presque 300, presque nus, affamés, très affaiblis. Ils venaient de la ville minière de Tshikapa, traditionnellement rivale de Kikwit. Mes compatriotes ne voulaient rien savoir, ils disaient que nous étions trop pauvres pour les aider… »
Suzanne Usatura, une femme énergique, a étudié en Belgique, où elle a été pensionnaire des Sœurs de la Divine Miséricorde. De son propre aveu, elle a retenu l’enseignement des religieuses et s’est précipitée à la radio locale : « j’ai harangué mes administrés, je leur ai dit que ces gens étaient avant tout des Congolais comme nous, que nous avions le devoir de les accueillir, qu’il ne fallait pas attendre que les organisations internationales fournissent des tentes ou des bâches…
Les uns après les autres, les gens se sont alors proposés pour accueillir les déplacés dans leur famille tandis que la Croix Rouge, durant les premières semaines, a distribué des repas chauds.
Actuellement, de nombreux déplacés dorment toujours dans des maisons, d’autres ont trouvé refuge dans des églises et les nouveaux venus, car il en arrive toujours, trouvent place sous des bâches. » Depuis le début de l’année, le flux des déplacés du Kasaï n’a pas tari et dans la seule ville de Kikwit, neuf sites ont été ouverts à leur intention. A Kazamba, si les Kasaïens passent la nuit chez des particuliers, le jour ils se rassemblent sur l’aire du marché, où des volontaires leur distribuent des oranges, de la chikwangue (manioc), du maïs, des fruits, apportés par la population locale.
Alors que dans l’Est du Congo, le moindre déplacement de populations attire des nuées d’ONG internationales basées au bord du lac Kivu, ici, à l’intérieur du pays, les Congolais sont laissés à eux-mêmes et Suzanne Usatura ne compte que sur les bonnes volontés locales « même le gouvernement de Kinshasa ne nous aide pas… »
Derrière les barrières du marché, les déplacés, des femmes dans leur grande majorité, se pressent pour nous interpeller. Leurs histoires s’entrecroisent et il est difficile d’en démêler les fils, au-delà des précisions atroces qui sont balancées avec colère et désespoir. « Mon mari a été torturé » dit une femme, « et six de ses amis ont été décapités sous ses yeux ». Une autre femme est sans nouvelles de ses fils, qui ont fui en direction de l’Angola, une fille vêtue de rouge explique pour sa part que c’est aux balles des militaires qu’elle a échappé, un vieil homme relève son pantalon pour exhiber une jambe atrocement brûlée et laissée sans soins.. » « Il s’agît d’une rébellion qui s’est transforme en guerre tribale » nous assure un jeune homme qui voudrait pouvoir retourner à l’école tandis qu’une femme confirme avoir vu « des jeunes gens qui traversaient le village à moto, des couteaux piqués dans leurs cheveux et qui nous criaient « ne fuyez pas, venez défendre votre cause… »Les yeux épouvantés, la femme évoque les propriétés magiques de ces jeunes rebelles : « ils soufflaient sur le sable et la terre prenait feu tout de suite » et elle raconte que des sorciers étaient à l’œuvre « je les ai vus couper la tête de 40 personnes, sans difficultés. »
Pourquoi tant de femmes dans cette foule ? Une seule réponse fait l’unanimité : « parce que ceux qui étaient visés, c’étaient les hommes, pas les femmes… »
Après les rebelles qui ont semé la terreur, sont venus les militaires. En force. Eux aussi ont tué, sans discrimination. Maman Thérèse assure qu’elle a grandi à Kamina, dans la base militaire et que les soldats, elle sait les reconnaître, y compris leurs uniformes. Elle est formelle : « alors que les militaires congolais n’avaient pas d’armes, ceux qui sont arrivés en avion, c’étaient des Rwandais. Ils ne parlaient aucune des langues du Congo, ils étaient disciplinés, et poursuivaient d’office les jeunes garçons, qu’ils soupçonnaient de soutenir les rebelles. »

Au-delà de ces récits d’épouvante, il nous faudra attendre de rencontrer un médecin local, originaire du Kasaï et travaillant à Kikwit, pour recouper les témoignages et mieux comprendre l’enchaînement des drames.
« Au Kasaï autrefois, du temps de Mobutu, les gens vivaient. La MIBA (Minière de Bakwanga) exploitait les mines de diamant, mais tout autour du site, les creuseurs pouvaient trouver quelque chose, se débrouiller. La Miba, qui payait pour les soins de santé et l’éducation, prenait soin des familles des travailleurs. Cette société c’était notre mère à tous… Les problèmes ont commencé lorsque la Miba, tombée en faillitte, a été démantelée. En outre, au début des années 90, plus de 300.000 Kasaïens ont été chassés du Katanga et nous avons du les accueillir alors qu’il n’y avait déjà plus de travail. » Approuvé par les déplacés qui se rassemblent autour de nous, il poursuit : nous les Kasaïens, nous avons toujours soutenu Etienne Tshisekedi, c’est notre leader. Lorsque Joseph Kabila est venu à Mbuji Mayi, la capitale de la province, on lui a jeté des pierres. Le président a promis qu’un jour, nous mangerions des pierres ».
Si vengeance il y eut, elle a pris du temps. Le médecin poursuit : « c’est en 2016, lors de la disparition du chef coutumier des Kasaïens le « Kamwina Nsapu », qu’Evariste Boshab, Kasaïen d’origine et Ministre de l’Intérieur à l’époque, a voulu intervenir dans le processus de succession du grand chef. Il a récusé le fils du chef coutumier, Jean Paul Mpandi, le nouveau Kamwina Nsapu, un médecin qui était venu d’Afrique du Sud où il exerçait, au profit d’un autre chef choisi par Kinshasa, ce que les gens n’ont pas accepté. »
L’assassinat de Mpandi, au lendemain de son intronisation traditionnelle, a été le déclencheur du drame, d’autant plus que son corps a été exposé au stade : des jeunes gens, le front ceint d’un bandeau rouge, ont pris le nom de Kamwina Nsapu pour s’attaquer à tout ce qui symbolisait l’Etat. Des militaires ont été attaqués, des policiers tués. La riposte a été terrible : des renforts sont venus de Kinshasa amenant au Kasaï les « Bana Mura », ou bérets rouges, considérés comme les forces spéciales du président. On a vu d’autres milices, des « Bakata Katanga » venues du Katanga avec le criminel Gédéon Kyungu à leur tête, prêter main forte aux forces de répression.
Le bilan de ces atrocités est connu : les Nations unies ont dénombré 80 fosses communes, plus de 5000 morts, 1, 4 million de déplacés…
Comment enrôler les électeurs dans de telles conditions ? A Kikwit, Mme Suzanne assure que cela n’a pas posé de problèmes : « les Kasaïens réfugiés ont été enrôlés chez nous, et pas à Tshikapa, leur ville d’origine. Ne sommes nous pas tous Congolais ? »
Pour notre ami médecin, la manoeuvre est évidente : « le Kasaï, fief de Tshisekedi étant traditionnellement hostile à Kabila, on a fait diminuer le nombre de ses électeurs et donc de ses élus potentiels, au bénéfice d’autres circonscriptions. » Il conclut : « même Mobutu, qui ne nous aimait pas, n’avait jamais osé porter la guerre chez nous… »Et il prédit : « chassés de leurs terres, c’est à Kinshasa que les Kasaïens vont finir par arriver en force. Voyez déjà les milliers de jeunes qui gagnent leur vie comme « motos taxis ». Ce sont des Kasaïens, ils sont partout dans la capitale… L’histoire n’est pas finie… »

9 novembre 2017

A Bukanga Lonzo le miracle se fait attendre

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Baringa, province du Bandundu

Depuis le matin, les chefs du village de Baringa nous attendent. Bonnets brodés ou larges chapeaux, médailles et rubans colorés, bâton de commandement, ils n’ont oublié aucun des attributs des chefs traditionnels du Bandundu. Un homme, curieusement vêtu d’une tenue composée de losanges multicolores et coiffé d’une toque aux motifs identiques, m’apostrophe : « enfin, vous êtes venue jusqu’ici… Nous nous connaissons depuis longtemps, j’étais cuisinier sur le Kamanyola, le bateau de Mobutu… »
A l’horizon de la savane sablonneuse, se profile la silhouette de vastes hangars, posés sur l’herbe comme des corps étrangers. « Nous n’avons plus le droit d’aller jusque là », disent les chefs, « ceux qui s’aventurent dans le parc sont arrêtés, battus, chassés…. En en plus, les limites du domaine n’ont jamais été réellement fixées…»
Cérémonieusement, chaque notable se présente et cite l’un des sept villages dont il est le porte parole. Lorsque les civilités, cérémonieuses à souhait, sont terminées, le fond du problème peut être évoqué : les terres, et les villages qui s’y trouvent, ont été intégrés dans le parc agro industriel de Bukanga Lonzo et les paysans de la région ont perdu l’accès à leurs terres cultivables.
Grande est ma surprise. Voici trois ans, en 2014, j’avais assisté à l’inauguration du projet, l’un des plus ambitieux de la République, fleuron de cette « révolution de la modernité » que le président Kabila entendait imprimer au Congo. Bukanga Lonzo, le premier des 18 parcs agro industriels(PAI) prévus sur l’ensemble du pays, affichait de hautes ambitions, parmi lesquelles fonder le développement sur l ’agriculture, atteindre l’autosuffisance alimentaire. Les chiffres avancés donnaient le tournis : 80.000 hectares à mettre en culture, un investissement de 83 millions de dollars, des terres données en leasing pour 25 ans et confiées à une société sud africaine, Africom commodities Group of Companies, dans le cadre d’un partenariat public-privé.
Pour cultiver le maïs, le soja et les haricots, les techniques les plus modernes devaient être mises en œuvre : pas de labours, mais l’utilisation de deux avions-tracteurs chargés de répandre des pesticides pour désherber, puis des engrais liquides, avant de procéder aux semailles, toujours de manière mécanique.
Le jour de l’inauguration, à l’avant plan des tracteurs alignés comme une armée en ordre de marche, nous avions distingué une rangée de chefs, aussi couverts de médailles que ceux d’aujourd’hui, et relevé, malgré le brouhaha de la cérémonie, qu’aucun applaudissement ne montait de la foule soigneusement tenue à distance par des gardes armés. Trois ans plus tard, les notables expliquent : «les chefs qu’on vous avait montrés venaient d’une autre région, du plateau des Bateke plus précisément, alors qu’ici, s’il y a des Teke, les autres ethnies sont majoritaires… »Tous assurent que la population des villages voisins n’a pas été consultée et qu’à ce jour nul ne connaît les limites exactes du parc. Les déceptions des jeunes sont nombreuses : « nous espérions trouver du travail dans le parc, mais lorsque nous nous sommes proposés, on nous chassés. Les plus récalcitrants ont été ligotés, envoyés en prison.. »
Les villageois, soutenus par le CNONG (conseil national des ONG du Congo) ne récusent cependant pas le parc, ils espèrent toujours bénéficier des retombées promises, la modernisation des villages, la construction de l’école et des dispensaires qu’on leur avait promis, la formation et l’embauche de cadres locaux. On en est loin : « tout le monde là bas parle anglais et nous, on nous traite comme des intrus… » Pire encore, la discrimination s’installe : Bifakala, un jeune homme qui a travaillé sur le projet comme pompiste avec un salaire de 85.000 francs congolais par mois, (50 dollars) relève que les travailleurs sont divisés en deux groupes, ceux qui parlent swahili et peuvent discuter avec les Sud Africains et les locaux, qui s’expriment en lingala. «Dans le premier groupe, auquel appartiennent les contremaîtres, souvent venus de l’étranger, on gagne 600 dollars par mois. Dans le deuxième, celui des manœuvres, le salaire est de 80 dollars par mois. » Vêtu de haillons, un autre jeune, appuyé sur un bâton, confirme : « alors que nous travaillons de 6 heures du matin à 17 heures, le midi, nous ne recevons qu’un bol de haricots, c’est tout…Quant à l’eau, on nous dit d’aller boire celle des étangs… » Les travailleurs journaliers se plaignent en plus d’être régulièrement arrosés par les avions qui aspergent les insecticides : « nous ne comptons pas, ces gens (les Sud Africains) sont des esclavagistes… »
Comment une telle étendue de territoire a-t-elle pu se transformer en parc agro industriel, sans l’assentiment des communautés locales ? Reprenant la parole, les chefs expliquent le malentendu : « d’après la loi congolaise, (ndlr. la loi Bakanjika, promulguée en 1973) toutes les terres appartiennent à l’Etat, qui peut donc en céder l’usage à qui il veut. Mais nous, nous considérons qu’‘il s’agît de la terre de nos ancêtres. A nos yeux, seuls les « chefs de terre » peuvent accorder l’autorisation d’occuper et de cultiver ces terres. Or on ne nous a rien demandé, alors que le parc nous a privés de l’accès à nos cimetières, à nos lieux sacrés… »
Ce mépris manifesté à l’égard des populations locales agacent les notables, qui relèvent que dans la même région, d’autres entreprises, les Moulins du Congo ou la sucrerie de Kwilu Ngongo entretiennent de bien meilleurs rapports avec la population. Sur ces terres sablonneuses, creusées de galeries forestières plus fertiles, les techniques locales sont primitives et lors de l’inauguration du parc, les officiels avaient beau jeu de se gausser de la « paresse » des villageois : « ils produisent très peu, et, alors qu’une route asphaltée mène directement aux marchés de Kinshasa, sur dix camions montant du Bandundu, huit amènent la « braise », le charbon de bois, qui contribue à la déforestation. »
Les villageois pour leur part constatent qu’ils n’ont même plus accès à leurs champs traditionnels et que les intrants chimiques, aspergés par avion, font des ravages : «alors que nous avions l’habitude d’aller chercher des chenilles à la lisière de la forêt, non seulement nous sommes chassés, chicotés (frappés avec cette lanière de cuir qu’est la chicotte) mais les chenilles ont pratiquement disparu, éliminées par les insecticides et les engrais. »
Initialement, le parc agro industriel de Bukanga Lonzo avait été créé dans le but d’approvisionner les marchés de Kinshasa en maïs et produits vivriers mais jusqu’à présent cet apport est peu visible et dans la capitale, des experts, discrètement, suggèrent qu’il s’agît là l’un nouvel « éléphant blanc » un méga projet qui serait déjà en passe d’échouer. L’échec n’est cependant pas inévitable : l’ancien domaine de Mobutu, de DAIPN a été remis en activité, la ferme du président Kabila, à Kingakati, approvisionne des échoppes bien visibles sur les marchés de Kinshasa.
La classe dirigeante congolaise s’intéresse de plus en plus au développement agricole et elle investit dans l’achat de terres. Les grands domaines se multiplient à travers le pays et le chef de l’Etat donne l’exemple : il possède, entre autres, la Ferme de l’espoir près de Lubumbashi (300 hectares) la ferme de Kingakati près de Kinshasa, un immense domaine dans le Nord Kivu, le millionnaire israélien Dan Gertler possède la Kitoko Food Farm à N’Sele près de Kinshasa, où le général Olenga gère lui aussi une vaste ferme et un complexe hôtelier…Le général John Numbi possède une grande ferme au Katanga.
Ces vastes domaines, installés à proximité de Kinshasa ou Lubumbashi, ont pour objectif d’assurer la sécurité alimentaire dans les grandes villes, de réduire la dépendance envers les importations de nourriture. Une intention à la fois louable et rentable…
Le problème, c’est que les terres, dont la propriété est négociée à Kinshasa, sont le plus souvent obtenues au détriment des populations locales qui, paradoxalement dans ce pays immense, se retrouvent en manque d’espaces cultivables. C’est le cas à Mambo, un village proche de Kikwit dans le Bandundu. Ici aussi, réunis à l’initiative d’Agricongo, les paysans locaux se sont rassemblés pour expliquer leurs problèmes. Des problèmes multiples : « maïs, manioc, arachides, c’est ce que nous savons faire. Mais nous manquons de semences de qualité, d’outils adaptés… » Pour acheminer leur production vers la route asphaltée, les paysans, sur plusieurs kilomètres, doivent pousser eux-mêmes des charrettes sur des pistes boueuses ou recourir aux services d’un taxi moto qui demandera 1500 francs congolais (un dollar) pour chaque transport. Sur la route de Kinshasa, les frais de transport seront alourdis par les taxes prélevées à chacun des barrages dressés devant les agglomérations.
A ces difficultés classiques s’ajoutent de nouveaux défis. Maman Sandrine Rose, avec ses 30 hectares, se croyait à l’abri du besoin et cette grand-mère envisageait l’avenir avec sérénité. Aujourd’hui, sa propriété se réduit à 4 hectares, car elle a été expropriée. « Depuis que la route a été refaite, l’accès à Kinshasa est plus facile, et de nouveaux venus, des ministres, des militaires, ont acquis de grandes propriétés dans le Bandundu. »
Expropriés, spoliés, les paysans dénoncent désormais le manque de terres cultivables, l’alourdissement de la pyramide des taxes… Lorsque Grâce, une mère de 10 enfants, Maman Sandrine et les autres femmes du village retournent aux champs et lèvent leur houe pour frapper en cadence, un chant s’élève, qui rappelle de vieux souvenirs : « Salongo ».
Il rythmait naguère les travaux communautaires, il incarne une période révolue, le temps de Mobutu… » De l’avis général : « à cette époque là, c’était moins pire… »

5 novembre 2017

Elections au Congo le 23 décembre 2018

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Corneille Nangaa, le président de la CENI (Commission électorale nationale indépendante) a mis fin au suspense en annonçant officiellement que les élections présidentielle, législatives et provinciales sont fixées à la date du 23 décembre 2018. Les résultats provisoires de la présidentielle seront annoncés le 30 décembre 2018 et le 9 janvier 2019 seront proclamés les résultats définitifs. Selon le président de la CENI, ce calendrier est conforme à l’accord conclu le 31 décembre 2016 et le calendrier est basé sur le principe de la rationalisation, afin de réduire le coût excessif de l’exercice électoral. A noter que plusieurs ambassades, redoutant des troubles à l’annonce de la date des élections ont recommandé la prudence à leurs ressortissants vivant au Congo.