12 novembre 2017

Louis Michel annonce qu’il va quitter la politique

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Créant la surprise, Louis Michel, ancien Ministre des Affaires étrangères, parlementaire européen après avoir été Commissaire au développement et poids lourd du parti réformateur (libéral) a annoncé qu’il ne se représenterait pas aux prochaines élections. Autrement dit, dans un délai assez court, il quittera cette carrière politique à laquelle il a consacré sa vie.
En Belgique, les éloges, les souvenirs ne manqueront pas. Mais au Congo aussi on se souviendra de lui. En effet, lorsque Louis Michel, en 1999, reçoit le portefeuille des Affaires étrangères, il y a presque dix ans que la Belgique, sous la pression des socialistes flamands, découragés par les frasques du régime Mobutu, ont suspendu la coopération avec l’ancienne colonie et réduit au strict minimum les relations diplomatiques. L’histoire dira qui fut réellement frappé par ces mesures : le richissime dictateur ou la population qui vit se détériorer l’organisation des soins de santé, l’encadrement de l’enseignement… L’histoire dira aussi combien la fin de la coopération militaire eut pour effet d’affaiblir une armée déjà divisée, désorganisée, minée par le favoritisme et la corruption… Mais les témoins de l’époque peuvent déjà assurer que ce relatif abandon fut aussi synonyme d’indifférence lorsque le Zaïre devenu la République démocratique du Congo fut, en 1998, attaqué par ses voisins, ceux là même qui avaient contribué à la chute de Mobutu : la Belgique, puissance tutélaire, traumatisée par le génocide des Tutsis au Rwanda , ne sonna pas le tocsin…
Lorsque Louis Michel, fraîchement nommé, débarqua au Congo pour la première fois, et se rendit à Kinshasa et aussi à Kisangani, il fut frappé par l’état d’abandon du pays, par son démembrement de fait, les rebelles contrôlant de larges parties du territoire, tandis que Laurent Désiré Kabila, l’ancien révolutionnaire arrivé dans le sillage des armées étrangères dénonçait en vain l’invasion, la tentative de balkanisation, le pillage des ressources. Louis Michel, guidé par le cœur et la raison, s’employa à remettre le Congo à l’agenda de la communauté internationale. Ce qui le motiva ? La raison d’abord, sinon le calcul : à l’époque, déconsidérée par la crise du poulet à la dioxine (ancêtres des œufs au fribronyl…) la Belgique était la cible sinon la risée de l’Europe, sa diplomatie, après l’échec tragique du Rwanda, n’était plus guère audible. Où était l’expertise d’antan ? Louis Michel s’employa à la restaurer et mit la crise congolaise en tête de son agenda diplomatique, imposant le sujet aux alliés européens. Mais avant tout, au-delà des arguments de raison, il y eut les élans du cœur : voyageant dans le pays, et en particulier au Kivu, le ministre fut sincèrement touché par la multitude des témoignages qui lui furent adressés. Des femmes, à l’hôpital de Panzi, mais aussi dans le secret de conversations privées, expliquèrent les viols, les mutilations, les exodes forcés, les humiliations. Des paysans chassés de leurs terres racontèrent leur exode, la société civile, longuement écoutée, multiplia les appels à l’aide. A ce cri d’un peuple, qui appelait à son secours l’ancienne métropole, l’humaniste qu’était Louis Michel ne pouvait demeurer sourd. Il multiplia les navettes diplomatiques, entre les Nations unies, les capitales européennes, les Etats Unis. Partout, il rappela cette guerre oubliée, les risques de déstabilisation régionale et surtout le terrible coût humain de ce conflit qui avait fait des millions de morts. Les uns après les autres, il rencontra les dirigeants africains, les voisins du Congo, et aussi les autres, Nelson Mandela, Eduardo dos Santos, Omar Bongo, sans oublier le médiateur de l’époque, l’ex-président Masire du Botswana qui fut quelquefois secoué par le belge volontariste. Nul n’a fait le compte du nombre d’heures passées dans les avions, des entretiens en tête à tête, des apartés privés avec les uns et les autres et il faudra un jour raconter quelques unes des anecdotes les plus significatives, comme cet avion de la Défense aérienne se posant au Botswana quelques minutes seulement avant que son réservoir d’huile soit complètement vidé à cause d’une fuite, ou l’entretien glacial avec le président Kagame après que Louis Michel ait dénoncé sans ambages le comportement des troupes rwandaises au Kivu… Il y eut aussi quelques imprudences, comme l’annonce, tôt matin, de la mort de Laurent Désiré Kabila qui, officiellement, était encore soigné au Zimbabwe (l’information était exacte car le président, assassiné dans son bureau, était mort depuis longtemps mais il fallait encore, avant d’annoncer solennellement son décès, régler sa succession ). Par la suite, Louis Michel rattrapa son imprudence en prodiguant de judicieux conseils à Joseph Kabila et en suivant de très près les accords de Sun City qui devaient mener à la réunification du pays et, après une période de transition, à la préparation des premières élections de 2006.
Lorsque Joseph Kabila fut solidement installé au pouvoir, Louis Michel ne cacha pas certaines déceptions, le nouveau président congolais oubliait de l’appeler, de le consulter, il modifia la Constitution en réduisant à un tour l’élection présidentielle sans prendre l’avis de son ex mentor. Ce qui n’empêcha pas l’homme politique belge d’encore se mouiller lors de certaines crises : averti par le président Kagame du « lâchage » de Laurent Nkunda, Louis Michel n’hésita pas, à bord d’un avion de la Monusco, à se rendre à Kitchanga, le fief du chef rebelle pour lui signifier la fin de l’appui rwandais et lui conseiller, sans trop de précautions, d’abandonner une rébellion vouée à l’échec.
Avec sa barbe, son rire, son franc parler, sa bonne volonté, son carnet d’adresses et sa capacité d’écouter, Louis Michel a touché le cœur des Congolais, il fait désormais partie de leur histoire et même lorsqu’il sera officiellement retiré de la politique active (ce que nul n’arrive à croire) il sera encore un homme dont, à Kinshasa, on recherchera les conseils, quitte à ne pas les suivre…