16 novembre 2017

La nouvelle ambassade de Belgique à Kinshasa sera une “maison passive”

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L’inauguration de la nouvelle ambassade à Kinshasa a failli devenir une « histoire belge », qui aurait vu le déménagement de l’ancienne chancellerie se faire en catimini, mais finalement tout rentre dans l’ordre des choses diplomatiques : le 27 novembre prochain, le Ministre des Affaires étrangères Didier Reynders inaugurera officiellement le vaste bâtiment situé au mitan du Boulevard du 30 juin et qui aura coûté 10,5 millions d’euros. Terminé depuis plusieurs mois, cet immeuble de 4000 mètres carrés est à la fois classique dans sa facture et remarquable dans sa conception, car l’entrepreneur Willemen et ses architectes, jouant sur la ventilation, ont voulu en faire l’équivalent tropical des « maisons passives », sauf qu’ici on a tenté de se passer autant que possible non pas du chauffage mais de la climatisation…
Depuis plusieurs mois, le climat politique entre Kinshasa et Bruxelles n’a pas besoin de climatisation pour être glacial et des proches conseillers du président Kabila nous assuraient encore, voici peu, que si le ministre voulait inaugurer « son » ambassade, il serait libre de le faire, mais que « ce sera sans nous », donc sans aucun représentant de l’Etat congolais. L’aller retour à Kinshasa, en moins d’une journée, laissera de toutes manières peu de place pour d’éventuels contacts officiels, pour lesquels le ministre Reynders n’a d’ailleurs pas reçu mandat du « kern » qui a décidé son déplacement.
La brouille remonte à l’époque où la Belgique et son ministre des Affaires étrangères se sont vus reprocher les critiques émises à propos de la nomination de Bruno Tshibala au poste de Premier Ministre. L’ascension de ce transfuge de l’UDPS, longtemps proche conseiller d’Etienne Tshisekedi, avait été jugée en contradiction avec l’esprit des accords de la Saint Sylvestre qui prévoyaient que le futur chef de gouvernement serait issu de l’opposition et devrait avoir obtenu son aval. Plus largement, la majorité présidentielle reprochait à la diplomatie belge de soutenir trop ouvertement l’ancien gouverneur du Katanga Moïse Katumbi ainsi que Felix Tshisekedi et surtout, soupçonnait l’ancienne puissance coloniale d’avoir manœuvré en coulisses pour soutenir sinon inspirer les sanctions ciblées décidées par l’Union européenne et visant quelques dignitaires du régime. Depuis lors, même si rien n’a changé sur le fond, des émissaires de Kinshasa, dont l’ancien gouverneur du Sud Kivu Cishambo sont passés par Bruxelles, le ministre de l’Information et porte parole du gouvernement Lambert Mende a obtenu un visa « humanitaire » pour la Belgique et surtout, la « communauté internationale », Etats Unis en tête, prenant au mot l’engagement de la Commission électorale, a accepté la date des élections, fixée du 28 décembre 2018, en dépit du scepticisme de l’opinion congolaise.
L’inauguration du nouveau bâtiment se déroulera dans un climat bien différent de celui de la pose de la première pierre en 2014. A l’époque, le ministre Reynders qualifiait d’ « excellentes » les relations bilatérales entre les deux pays et la taille de la future chancellerie, sa situation stratégique, démontraient que dans un Congo en voie de redressement, l’ancienne métropole entendait reprendre son rang.
Bâti sur des terrains rachetés à la curatelle de la défunte compagnie Sabena, l’imposant bâtiment accueillera aussi, sur un étage, l’ambassade des Pays Bas, qui représentera les intérêts du Luxembourg, ce qui pourrait augurer d’une future politique commune au niveau du Benelux. Autour de l’ambassade, l’Etat belge a également racheté à la curatelle de la Sabena des terrains arborés, sur lesquels ont été construits des logements destinés à une quinzaine de diplomates.
Cet ensemble sera situé dans la partie la plus « cossue » de la Gombe, le quartier de Kinshasa consacré aux affaires et à la politique et parfois appelé la « République de la Gombe » tant il est coupé du reste de la ville. Le modernisme de la nouvelle chancellerie devrait faire rapidement oublier la vétusté de l’ancien immeuble, situé sur la place du 27 octobre, anciennement place Braconnier, entouré de grilles plus hautes d’année en année mais qui ne dissimulaient guère la dégradation des lieux.
A noter que, sur le plan sécuritaire, la nouvelle ambassade, un immeuble de verre et de béton apparaît beaucoup plus vulnérable, en cas de troubles, que le « camp retranché » rébarbatif qui abrita nos diplomates durant des décennies…