29 novembre 2017

Grâce à David Minor Ilunga, la voix de Kin fait vibrer Bruxelles

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Découvert par Roland Mahauden puis coaché par lui au Théâtre de Poche, David Minor Ilunga est une pépite, un artiste complet. Il écrit, raconte, bouge, change de rôle et d’intonation, il est tour à tour le fonctionnaire et le demandeur d’asile, le brutal et l’effrayé, le rêveur et le questionneur voire l’inquisiteur. Mais aussi, surtout, il est un magicien. Par la force de son verbe, de son corps élastique, de son visage mobile, nous emmène à Kin. Pas vraiment Kin la belle, mais Kin la cruelle, Kin où pour vivre il faut se battre et risquer d’être tué.
Ainsi qu’Il le clame à son garde chiourme, le demandeur d’asile habile à Uccle, dans la propriété d’un compatriote dont le père, -ne demandez pas comment- a fait fortune. Il raconte le silence d’Uccle, confortable, ouaté, mais c’est Kin qui le peuple ses nuits et ses rêves. Kinshasa, dure aux miséreux, hantée par les kulunas, ces bandits qui vous dépiautent à la machette pour quelques dollars, Kinshasa où vivre au jour le jour est une leçon de courage, où les familles doivent choisir lequel des enfants ira à l’école, le garçon, la fille ou bien un seul, le plus doué, pour lequel on sacrifiera tout, en espérant que, diplôme conquis, il soutiendra tous les autres…A KIn, on mange à tour de rôle, les parents un jour, les enfants le lendemain. A Kin, c’est dans un bus appelé « Esprit de mort » que l’on regagne les cités lointaines, Ndjili, Masina, « Chine populaire » car tout le monde n’a pas les quatre sous qu’il faut pour prendre les nouveaux transports « Esprit de vie »…
A Kin, on parle haut et fort à son voisin, comme si on se disputait alors qu’il n‘en est rien, on revendique, comme si sa vie en dépendait, on discute politique et on s’empoigne avec passion, en sachant que cela ne servira sans doute pas à grand-chose. En lingala pur jus, une langue descendue de l’Equateur par le fleuve ou dans un français métissé, serti d’expressions chaque jour réinventées on commente la vie, on se raconte l’espoir qui s’accroche et la révolte qui couve sans jamais éclore vraiment.
Magie de la langue, magie du verbe qui s’incarne dans un corps souple, magie d’une mise en scène où, avec rien, une chaise, une lampe, une lumière changeante, un homme qui crie dans ses souvenirs et ses rêves, une ville apparaît, s’incarne….Kin l’immense, la dure, la folle, la drôle, la résistante… On la déteste, et on a envie d’y aller, d’y retourner ou de la découvrir. .. On se glisse entre les pages de « Congo Inc » ou « Mathématiques congolaises » : David Minor Ilunga est bien le digne fils spirituel de Jean Bofane. A son tour, il nous fait entendre la voix de la cité, les battements de cœur d’un pays…