10 décembre 2017

A Beni, des morts qui posent question

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A Beni, Le plus grave assaut contre l’ONU (15 morts) pose question

Les jeunes de la ville de Beni haussent le ton : ils ont appelé à une opération Ville Morte lundi et mardi et réclamé la démission du maire de la ville, du commandant de la police et de l’armée qu’ils accusent d’avoir été incapables d’établir la sécurité et de prévenir la pire attaque jamais menée contre la Monusco depuis son déploiement au Congo.
Le bilan de l’attaque menée jeudi soir contre un camp de militaires tanzaniens installé le long de la rivière Semliki est très lourd : quinze Casques bleus tués, une cinquantaine de blessés, trois disparus. De New York jusque Kinshasa tous les responsables onusiens ont exprimé leur indignation, leur volonté de réagir énergiquement, en coordination avec les forces congolaises. Mais sur place, au-delà de la colère et de la peur, bien des questions se posent. Alors que l’attaque a été officiellement attribuée à des rebelles musulmans d’origine ougandaise la violence de l’assaut a surpris tous les observateurs. Alors que le contingent tanzanien est l’un des plus motivés au sein des forces onusiennes, il a été surpris par une attaque menée avec un armement inhabituel : des mitrailleuses lourdes, des grenades d’assaut. Mais surtout, les assaillants ont déployé des capacités opérationnelles qui cadrent mal avec la réputation de rebelles qui, depuis vingt ans, campent dans le parc des Virunga où ils exploitent l’or gisant dans la rivière Semliki, qu’ils commercialisent en Ouganda avec la complicité de commerçants locaux. C’est en 2014 que ces « rebelles résiduels » globalement qualifiés d’ADF Nalu (Allied democratic forces), un mouvement d’opposition au président ougandais Museveni, sont passés à la vitesse supérieure lorsque l’armée congolaise, par l’opération Sukola 1, a entrepris de les réduire par la force et de les chasser de leurs bastions. Les massacres de civils se sont alors succédé dans la région de Beni et même dans la ville, faisant plus de 800 morts. Depuis quelque temps cependant, c’est la force onusienne elle-même qui est visée, comme si les assaillants, provoquant de lourdes pertes, souhaitaient précipiter son départ à l’instar de ce qui s’était passé au Rwanda en 1994 après la mort des dix casques bleus belges. Comme au Rwanda à l’époque, l’inefficience des troupes onusiennes, recourant beaucoup trop tard aux hélicoptères de combat, a frappé les observateurs. La nationalité des Casques bleus attaqués pose également question : les Tanzaniens sont les plus aguerris et les plus populaires des soldats de la paix et ils font partie d’une force africaine de 3000 hommes qui avaient été fournis par le Malawi, l’Afrique du Sud et la Tanzanie pour aider Kinshasa, en 2012, à vaincre les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda. Or aujourd’hui, Human Rights Watch assure que des éléments du M23, réfugiés en Ouganda, seraient employés par les autorités congolaises et intégrés dans l’armée pour réprimer les manifestations populaires ! Ces recoupements étayent la première des hypothèses, avancée parmi les milieux de l’opposition congolaise, selon laquelle l’attaque de la base de Casques bleus ressemblerait plus à une opération visant le noyau dur de la force onusienne afin qu’elle quitte le pays.
Mais par ailleurs, les ADF représentent une menace croissante qui monte en puissance : selon le journaliste congolaise Nicaise Kibel Oka, le mouvement, jadis originaire d’ Ouganda, a été rejoint par des recrues venues du Burundi, du Kenya, de Somalie, de Tanzanie et du Soudan, auxquelles se sont ajoutés de jeunes Congolais recrutés dans les nombreuses mosquées qui se sont ouvertes dans l’Est du Congo. Ces rebelles se réclament de la « Muslim Defense International » un mouvement musulman radical fondé par Jamil Mukulu, aujourd’hui détenu en Tanzanie. Leur camp de base, installé dans le parc des Virunga, s’appelle « Madina » en référence à la ville sainte de Medine, et il était précisément la cible des opérations de la force onusienne…