13 décembre 2017

De nouvelles question après l’attaque de la base de Casques bleus à Beni

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L’attaque menée la semaine dernière contre une base de la Monusco dans l’Ituri, sur la route de Mbau Kamango, continue à susciter de nombreuses questions. Malgré les promesses d’enquête, connaîtra-t-on jamais l’identité ou les motivations des agresseurs ? Dans un premier temps, ces derniers ont été désignés comme appartenant au mouvement ougandais ADF Nalu (Allied democratic forces) initialement composé de rebelles ougandais opposés au président Museveni et présentés comme des musulmans sinon des islamistes.
Tous les témoignages venus du terrain égratignent cependant cette hypothèse, avançant qu’il a longtemps que les « opposants » ADF n’ont plus mené la moindre attaque congre l’Ouganda, que de nombreux Congolais se retrouvent dans leurs rangs, que leurs relations avec la hiérarchie militaire congolaise ont longtemps été ambigües… En outre, se distinguant par des attaques à l’arme blanche (machettes, coutelas) et s’en prenant généralement à des civils, les ADF n’ont jamais été vus maniant des armes lourdes ou empruntant des uniformes de l’armée congolaise. C’est cependant bien ce qui s’est produit la semaine dernière: suivant plusieurs témoignages, les assaillants portaient des uniformes des FARDC, ce qui leur a permis de s’approcher de la base onusienne sans être inquiétés et même d’y pénétrer. Une fois à l’intérieur, les assaillants, visiblement bien renseignés, ont d’abord veillé à détruire le centre de communications et à couper le réseau internet de la base, ce qui explique peut-être la lenteur avec laquelle les secours sont arrivés. Toujours est-il que les Casques bleus tanzaniens ont été laissés seuls face à leurs agresseurs et que l’armée congolaise, installée non loin, ne s’est pas portée à leur secours. En revanche, une contre attaque se précise : de gros mouvements de troupes (22 camions FARDC)ont signalés depuis Kisangani en direction de Beni Kamango.
Quant à l’argument selon lequel les agresseurs seraient musulmans, voire islamistes, il peut surprendre : la plupart des casques bleus tanzaniens sont eux-mêmes de confession musulmane et on peut douter du fait qu’ils aient été massacrés par leurs coreligionnaires, ces derniers préférant généralement s’en prendre à des Occidentaux…
Cela étant, la disposition du camp elle-même interpelle les observateurs militaires : dans cette région à très hauts risques, les photos montrent que la base de casques bleus était très mal placée, sans réelle protection naturelle, avec une aire de dégagement trop courte, un pont situé dans l’angle mort…On peut se demander aussi comment les assaillants, surgissant au crépuscule, ont pu se diriger sans hésiter vers le centre de télécommunications et le détruire. Loin de rebelles opérant généralement avec des armes blanches, l’attaque, bien minutée, bien dirigée, ressemblerait plutôt à une opération commando. Dirigée par qui ? Avec quelles complicités et quels objectifs ?