19 décembre 2017

Le Docteur Mukwege se réjouit du verdict rendu à Kavumu

Catégorie Non classé

Comment mettre en doute le fait qu’à Kavumu le viol de dizaines de jeunes enfants représente un crime contre l’humanité ? Il s’agissait d’une bande organisée, agissant de manière préméditée et systématique, dont les victimes étaient ciblées….
De passage à Bruxelles, le Docteur Mukwege, qui a recueilli et soigné les enfants victimes de crimes sexuels commis à Kavumu, une localité proche de Bukavu, s’est à la fois réjoui du verdict rendu la semaine dernière par la Cour militaire et inquiété de certaines critiques mettant en cause la validité du jugement.
La Fondation Panzi, qui soutient le combat du docteur, s’est elle aussi félicitée de ce verdict, estimant que la condamnation à perpétuité les auteurs et instigateurs et instigateurs de tels crimes représentait une contribution importante à la lutte contre l’impunité. La Monusco a elle aussi salué le jugement.
Pour le Docteur Mukwege, les faits sont indiscutables : « les membres d’une milice, constituée par un député appartenant à la majorité présidentielle, Frédéric Batumike, ont bel et bien violé, dès 2012, des dizaines de fillettes dont l’âge variait entre 18 mois et dix ans. L’arrestation des membres de cette milice a immédiatement entraîné la fin de ces agressions sexuelles particulièrement atroces et qui avaient bouleversé l’opinion. »
Estimant qu’il faut « rendre à César ce qui est à César », le médecin chef de Panzi n’hésite pas à souligner le courage du tribunal militaire qui a rendu le jugement : « il n’était pas certain que la justice civile aurait osé examiner avec la même indépendance d’esprit les agissements d’un homme qui, appartenant à la majorité présidentielle, était proche du pouvoir et pouvait compter sur certaines protections. Durant trois ans, c’est sans résultat que nous avions demandé à la justice civile de se saisir de cette affaire. Il faut reconnaître qu’aujourd’hui, c’est un magistrat militaire qui a pris le risque de débloquer cette affaire et de qualifier le crime… »
Même si les condamnés ont interjeté appel, le docteur Mukwege considère que le verdict représente une avancée importante, entre autres parce que les juges ont osé s’en prendre à un homme qui était protégé par le pouvoir en place, pouvoir qui, par ailleurs, ignorait que Frédéric Batumike avait constitué une milice…
De nombreuses questions restent cependant en suspens : pourquoi les membres de cette milice pouvaient-ils considérer que le sang de ces fillettes allait les rendre invulnérables ?Et surtout, posées avec insistance par Me Michelle Hirsch et les avocats des victimes, la question des réparations est loin d’être résolue : « Quel sera l’avenir de ces fillettes dont l’appareil génital a été détruit ? Quelles sont les réparations envisagées? Physiques, psychologiques, matérielles ? Comment, à tous les niveaux, ces vies brisées pourront-elles être reconstruites ? »