20 janvier 2018

Les chrétiens du Congo se mobilisent à nouveau

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Craignant pour leur sécurité, les initiateurs du Comité laïc de coordination se cachent dans Kinshasa et des mandats d’arrêt ont été émis contre cinq d’entre eux. Les mises en garde se multiplient et une « contre- marche » a même été prévue par l’aile pro-gouvernement de l’opposition, qui soutient l’actuel Premier Ministre Bruno Tshibala, ce qui fait redouter des affrontements entre les deux groupes de manifestants. Malgré les menaces et les risques, les chrétiens congolais sont bien décidés, ce dimanche 21 janvier, à revenir dans la rue après avoir assisté à la messe du matin. Ils avaient déjà fait preuve de la même détermination en assistant massivement à la messe solennelle célébrée à la mémoire des victimes de la manifestation du 31 décembre. Durement réprimée, celle-ci avait fait huit morts sinon plus et l’archevêque de Kinshasa, Mgr Monsengwo, lors de la cérémonie d’hommage, avait dénoncé la « barbarie ».
Les revendications du CLC sont les mêmes qu‘en décembre, les organisateurs réclament la libération des prisonniers politiques et le retour des opposants, la restructuration de la CENI (Commission électorale indépendante) et aussi un engagement par lequel Joseph Kabila promettrait de renoncer à briguer un troisième mandat ou de s’accrocher au pouvoir. A première vue, rencontrer de telles exigences, qui avaient déjà été prévues dans l’accord du 31 décembre 2016, ne devrait pas être insurmontable et un geste en ce sens permettrait de décrisper une situation qui « glisse » inexorablement moins vers la prolongation de facto de l’imperium de M. Kabila, que vers une situation insurrectionnelle. En province en effet les groupes armés se multiplient, et les Nations unies expriment une inquiétude croissante.
L’entrée en scène de l’Eglise catholique, bien plus écoutée que les partis d’opposition, a changé la donne : les protestants ont rejoint la protestation, le pasteur Jean-Paul Moka, qui dirige le mouvement « psaume 23 » a décidé d’être présent avec ses partisans alors que le 31 décembre dernier il s’était abstenu de manifester. Quant aux « églises de réveil », le pouvoir a sollicité leur appui, mais elles ne se sont pas encore prononcées. Sur le plan politique, le » patriarche » Antoine Gizenga, leader du Palu, parti lumumbiste unifié, allié de la première heure du parti présidentiel, a pris ses distances et exprimé lui aussi sa profonde inquiétude face à la détérioration de la situation. Le « patriarche » croit encore que les élections pourront avoir lieu et il assure que son parti présentera des candidats à tous les niveaux et qu’il sera prêt, le cas échéant, à assurer l’imperium….
Face à cette mobilisation croissante de la population, qui exprime son désaveu du régime et son scepticisme croissant face à la promesse de voir les élections se tenir le 23 décembre prochain, Corneille Nangaa, le président de la CENI, poursuit cependant sa tâche. Imperturbable, il nous assure que le travail se poursuit : « d’ici le 31 janvier, l’enrôlement des électeurs sera clôturé au Kasaï, le 13 mars prochain nous aurons terminé de nettoyer le fichier électoral qui sera débarrassé de tous ses doublons et l’Organisation internationale de la francophonie sera sollicitée pour réaliser un audit du fichier. » Et de conclure : « nous tiendrons les délais, les élections auront lieu à la date prévue… Sauf en cas de force majeure… »