25 janvier 2018

Back to the future

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A lire les échanges diplomatiques entre Bruxelles et Kinshasa, on se pince, on se rappelle les coups de sang et les crises qui marquèrent la fin du régime Mobutu. A l’époque, au début des années 90, la Belgique, « maillon faible » mais influent du « front occidental », se voyait soupçonnée de soutenir l’opposition alors qu’elle plaidait pour la démocratisation. Kinshasa lui reprochait d’être une caisse de résonance de l’opposition, de mener une coopération inefficace voire paternaliste car conditionnée par le respect des droits de l’homme. Si certains acteurs du régime Mobutu, aussi cyniques aujourd’hui qu’hier, ont repris du service auprès du président Kabila, d’autres personnalités, comme She Okitundu, alors en exil, étaient à l’époque parmi les plus ardents défenseurs des valeurs démocratiques…
Les uns et les autres, à Bruxelles comme à Kinshasa, feraient bien de se souvenir de quelques enseignements du passé : réclamée par Mobutu, appliquée avec zèle par Bruxelles, la suspension de la coopération fit une seule victime, mais elle était de taille, la population congolaise. Alors déjà, la France, forte de ses capacités militaires et de ses contrats économiques, se présenta comme une solution de remplacement mais la mise du maréchal ne fut pas sauvée pour autant. Pire encore, la rupture avec la Belgique, désavouée par une population attachée à ses « oncles » les nokos, accéléra la fin du long règne de Mobutu. Faute d’une solution politique négociée à Kinshasa et soutenue par Bruxelles, c’est la voie militaire qui l’emporta et le Congo, aujourd’hui encore, pleure ses millions de morts.
Quant à la Belgique, son retrait signifia sa mise à l’écart de l’Afrique centrale et il lui fallut des années pour revenir dans le jeu et faire reconnaître à nouveau son « expertise » Aujourd’hui encore, l’expérience du Burundi devrait inciter à la réflexion : les ponts sont coupés et si le retrait de la coopération est tout bénéfice pour le budget de M. De Croo, ce pays abandonné poursuit sa dérive.
Sous aucun prétexte, les partenaires congolais, qui se battent pour leurs droits démocratiques, ne doivent être abandonnés et tout doit être mis en œuvre, y compris les compromis difficiles, pour que ne s’impose pas une « solution » militaire qui ne serait elle aussi qu’un dramatique retour en arrière.