25 janvier 2018

KInshasa veut fermer la maison Schengen

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La tension entre Bruxelles et Kinshasa vient d’atteindre un nouveau palier : dans une note qui vient d’arriver à Bruxelles, le Ministre congolais des Affaires étrangères She Okitundu demande à la Belgique de mettre fin aux activités de la nouvelle agence belge de développement (Enabel) qui a remplacé la coopération technique belge (CTB). Le document demande aussi le démantèlement du dispositif consulaire appelé « Maison Schengen ».
Cette « Maison Schengen » installée à Kinshasa à côté de l’école belge traite pour le compte de plusieurs pays européens (Belgique, France, Portugal, Autriche, Finlance, Luxembourg et Pays Bas) les dossiers des Congolais en demande de visa. Fonctionnant depuis 2010, la « Maison Schengen » est gérée par des fonctionnaires belges qui contrôlent donc le « sas » d’entrée vers la zone Schengen.
Cette réaction du gouvernement congolais fait suite à l’annonce, faite le 10 janvier dernier par la Belgique, d’une révision de la coopération belge au Congo et plus particulièrement de l’aide financière au gouvernement congolais, pour un montant de 25 millions d’euros. Dans le chef de la Belgique, il était prévu de réaffecter cette somme à l’aide humanitaire et à d’autres initiatives répondant aux besoins de la population. Si la réaction congolaise se traduit par la fermeture d’Enabel, elle pourrait mettre en péril la coopération belge toute entière, dont le montant total s’élève à 105 millions d’euros par an et qui se déploie dans de nombreux projets très concrets dont entre autres la remise en état des routes de desserte agricole. Non sans une pointe de mépris, la note congolaise affirme que la coopération belge n’est « ni indispensable aux autorités congolaises ni vitale pour la population ». Elle ajoute que « certains partenaires mieux disants peuvent par contre aligner à vue d’œil des réalisations que tant la population que les autorités congolaises utilisent avec satisfaction au quotidien ».
La note congolaise assure que la coopération belge, au lieu d’être axée sur le renforcement des structures de base pour accompagner le décollage économique du pays, serait plutôt réduite aux interventions humanitaires ponctuelles, pour ne pas dire philanthropiques, paternalistes vire missionnaires… »
Le texte issu du Ministère des affaires étrangères congolais se termine par une note « souverainiste » assurant en substance que la RDC demeure désireuse d’entretenir des relations avec des partenaires respectueux des principes d’égalité et de non-ingérence dans les affaires internes des Etats.
Au-delà de la décision de réaffecter 25 millions d’euros, Kinshasa reproche à la Belgique d’avoir pris sa décision et de l’avoir rendue publique sans concertation préalable. Plus largement, Kinshasa estime que la Belgique joue de son influence et de la présence de ses diplomates à des postes clés pour tenter d’influencer la position de l’Union européenne à l’égard de la RDC et estime que Bruxelles est (aujourd’hui comme hier…) une « caisse de résonnance » de l’opposition congolaise.
A Bruxelles, où l’on constate que d’autres pays de l’Union européenne, dont la France et l’Espagne se montrent moins radicaux, on fait le « gros dos », peut- être en espérant limiter les dégâts car d’autres mesures de rétorsion congolaises, comme la suspension des vols de Brussels Airlines, pourraient s’avérer beaucoup plus douloureuses.
Faut-il rappeler que les mesures décidées par Bruxelles sont inspirées moins par une éventuelle sympathie à l’égard de l’opposition (ainsi qu’aime à le croire Kinshasa) que par l’émotion que suscite en Belgique la répression des manifestations des catholiques dont le seul « crime » est de réclamer, dans la non violence, que soient libérés les prisonniers politiques et que le président Kabila, dont le mandat a expiré en décembre 2017, renonce clairement à se déclarer candidat à sa propre succession.