7 février 2018

N’étranglez pas le canari dans la mine de charbon

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Au vu de cette consternante et enième crise entre la Belgique et le Congo, il serait tentant d’épiloguer une fois de plus sur des évidences : les conséquences négatives de ces décisions pour la population congolaise, le caractère mal réfléchi de mesures de rétorsion par lesquelles Kinshasa se tire une balle dans le pied, la mauvaise estimation de la solidarité européenne, la fuite en avant d’un régime en bout de piste et de légitimité qui tente, comme d’autres avant lui, de resouder la cohésion nationale au nom d’un hypothétique et ombrageux souverainisme.
Tout cela est vrai et sera rappelé à satiété : s’en prendre à la Belgique, c’est comme étrangler le canari dans la mine de charbon, alors que s’il cesse de chanter c’est parce qu’il y a du grisou…
Cependant, du côté belge aussi, il serait bon de s’interroger : était-il bien prudent de se porter en première ligne pour morigéner le Congo et ce faisant, Bruxelles s’était-elle assuré du soutien sans faille de ses partenaires ? Car enfin, l’ouverture, par la France, d’une académie militaire de haut niveau (où s’est inscrite Jaynet Kabila…) et la discussion de certains contrats montre bien les limites de la solidarité européenne. Soixante ans après l’indépendance, était-il indispensable de commenter les nominations du Premier ministre et des membres du gouvernement à l’aune d’un accord conclu entre les Congolais eux-mêmes ? Quant aux « perceptions » de la politique belge, n’auraient-elles pas du être plus finement étudiées, afin de ne pas alimenter le soupçon de partialité, voire de sympathies particulières à l’égard de certains acteurs politiques ? Qu’on le veuille ou non, lorsqu’il s’agît de la Belgique, les sensibilités des Congolais demeurent exacerbées. Tous les diplomates le savent, à Kinshasa, poste difficile entre tous, ils marchent sur des œufs.
Cependant les dirigeants du Congo, quels qu’ils soient, doivent s’en faire une raison : même s’ils peuvent se montrer maladroits ou intrusifs, les Belges demeurent, et de loin, les plus en phase avec les vœux profonds de l’opinion congolaise. Et celle-ci souhaite, tout simplement, que les richesses soient mieux partagées, que l’état de droit et les termes de la constitution ne soient pas bafoués, qu’à la « révolution de la modernité », ce slogan d’hier, succède enfin, dans les faits, une “révolution de la moralité”…