13 février 2018

A Goma, le festival Amani sème le feu et… récolte la tempète

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Durant trois jours, le festival Amani a mis le feu à Goma mais aussi… récolté la tempète !
Le dernier jour en effet, alors que Chameleon était bien campé sur la tribune, acclamé par un public de plus de 15.000 jeunes sautant et trépignant d’enthousiasme, le vent s’est soudain levé, accompagné d’une pluie diluvienne qui a fait fuir les plus prudents. Les organisateurs se sont trouvés confrontés à un choix difficile : ou bien ils laissaient tout en place et prenaient le risque de voir le podium s’effondrer, ou bien, en hâte, ils décidaient d’évacuer les lieux et de mettre brutalement fin au festival.
Vu la difficulté de la deuxième solution, il ne resta plus qu’à invoquer la clémence du ciel, afin qu’il épargne de ses foudres le Collège Mwanga.
Message reçu en haut lieu: Chameleon put, presque par miracle, poursuivre sa prestation et la troisième et dernière journée du festival se termina dans l’enthousiasme général. Une fois de plus, l’initiateur du projet Eric de Lamotte put se dire heureux et soulagé : pas d’incident majeur, seulement le bonheur d’être ensemble, de réunir plus de 30.000 jeunes durant trois jours, de démontrer que « Kivu got talent » qu’il y a du talent au Nord Kivu, mais aussi dans toute la sous région, car les artistes, se présentant sur trois podiums, étaient venus du Burundi, du Rwanda et même d’Ouganda, récoltant tous le même accueil enthousiaste…
Une fois de plus, pour sa cinquième édition, Amani s’est imposé comme le plus important des festivals d’Afrique centrale. Durant trois jours Goma a vibré au son du rapp, du rock, des tambours du Burundi, des instruments traditionnels du Nord Kivu et surtout de la joie communicative des 30.000 jeunes qui se sont pressés, =au prix modique de un dollar par jour=, sur la pelouse du collège Mwanga afin de sauter, de lever les bras et de crier tous ensemble qu’ils veulent chanter et danser pour le changement, pour la paix.
Pour sa cinquième édition, Amani a pulvérisé les records d’audience grâce à des vedettes régionales comme les Rwandais Angel Mutoni et Kode, et des stars africaines comme Teme Tan et Ferre Gola.
Cependant, d’année en année, Amani ne se contente plus d’être un spectacle tonique, une bouffée d’espoir dans cette région toujours instable : le festival donne aussi des perspectives aux jeunes, récompense les plus entreprenants. C’est ainsi qu’un jeune musicien de la ville, René Byamungu, qui a avait suivi les master classes données par quelques stars, a pu se qualifier pour « The Voice Afrique » et que de jeunes entrepreneurs se voient chaque année récompensés pour leurs innovations, comme Kivu Green, une application qui devrait permettre aux agriculteurs de la région d’être connectés au marché et de connaître, au jour le jour, l’évolution des prix et surtout celle de l’offre et de la demande.
Les tensions politiques de l’heure n’ont pas eu d’influence sur le déroulement du festival, où la politique était interdite dans l’enceinte. Sauf une note d’inquiétude à propos du sort d’un chanteur bien connu dans la ville, Black Man Bauma. Ce dernier, lauréat d’un précédent festival, mais n’étant pas participant à cette cinquième édition, avait composé un rapp au titre provocateur, «Dégage »…C’en était déjà trop pour les autorités ultra sensibles, et au début du week end, Black Man disparut mystérieusement, ce qui inquiéta sérieusement ses compatriotes de Goma. Le chanteur réapparu trois jours plus tard du côté de Munigi et expliqua qu’il avait été enlevé par des inconnus et sérieusement passé à tabac. Ce qui rappela à tous qu’au Congo, la politique n’ est jamais loin…
Cependant, avec son village associatif, où des dizaines d’associations actives dans la région montrent leurs activités, son prix de l’entrepreneuriat, ses quatre scènes vibrantes de musique et sa pelouse labourée par des spectateurs enthousiastes, Amani permet de faire le plein d’optimisme et démontre qu’au bord du lac Kivu et au pied du volcan Nyiragongo qui gronde dans la nuit, tout demeure encore possible, y compris le meilleur…