21 février 2018

Une commission interministérielle se penche sur les “vaches sans frontières”

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Pour répondre aux interrogations et aux inquiétudes que suscitent toujours les troupeaux de « vaches sans frontières » qui se trouvent actuellement dans le Bandundu, le gouvernement congolais, après des semaines d’hésitation, a décidé d’envoyer une mission interministérielle dans les provinces du Kwilu et du Kwango. Des représentants de six ministères (Economie, Agriculture, Affaires coutumières, Environnement, Pêche et Elevage ainsi que l’Intérieur) vont devoir s’assurer de l’état de santé du bétail et régler les problèmes de cohabitation entre agriculteurs et éleveurs. Ces vaches aux longues cornes, communément appelées « zébus », évoquent en effet les vaches Ankole très prisées dans la région des Grands Lacs : ces bovins de grande taille et à la robe fauve font l’objet d’une véritable vénération, parmi les Tutsis du Rwanda et du Burundi comme parmi leurs cousins Banyamulenge du Sud Kivu ou les Hema de l’ Ituri et de l’Ouganda, tandis que la possession de grandes troupeaux, même peu productifs, est un signe de richesse et de prestige. Depuis décembre dernier, l’arrivée de ces troupeaux dans les savanes du Kwilu et du Bandundu, -où sévit la mouche tsé tsé qui s’attaque au bétail-, avait suscité bien des questions. En effet, si les bergers assuraient qu’ils étaient partis de la ville d’Uvira au bord du lac Tanganyika et que des témoins locaux interrogés par téléphone ont confirmé que les pasteurs Banyamulenge (Tutsis congolais vivant dans les Haut Plateaux du Sud Kivu) avaient bien convoyé du bétail en partance pour une destination inconnue, aujourd’hui l’état de fraîcheur de ces troupeaux, après une longue marche de plus de 2000 kilomètres, a surpris tous les observateurs.
Jean Scohier Muhamiriza, ainsi que Müller Ruhimbika, deux ressortissants d’Uvira et des Haut Plateaux, ont tenu à réagir au nom de leurs compatriotes et ils nous ont priés de faire savoir que les bouviers accompagnant les troupeaux n’étaient pas lourdement armés ainsi que nous l’avions écrit sur base de témoignages oculaires, qu’ils étaient en possession de leur carte d’électeur et que le but final de leur périple était d’alimenter en viande les marchés de Kinshasa : « alors que dans notre région une vache se vend 500 dollars, à Kinshasa, elle peut valoir quatre fois plus soit atteindre les 2000 dollars » assurait l’un de nos interlocuteurs.
Alors que les troupeaux sont déjà arrivés dans la région de Kenge, (province du Kwango) d’où ils pourront aisément gagner la périphérie de Kinshasa, même la conférence épiscopale (CENCO) s’est inquiétée de ces « éleveurs étranges » demandant aux autorités de prendre les dispositions nécessaires pour rassurer et sécuriser la population.
La mission gouvernementale permettra peut-être de répondre aux nombreuses questions qui demeurent en suspens : comment se fait-il qu’hommes et bêtes soient arrivés frais et dispos après avoir parcouru une aussi longue distance ? Les bouviers étaient-ils armés, ainsi que l‘assurent tous les témoins interrogés, depuis Uvira ville de départ jusqu’à Kenge, étape actuelle ? Disposaient ils de laissez passer leur permettant de franchir les barrières sans être inquiétés et sans devoir « jeter du lest » ? Et dans ce cas, quelle est l’autorité qui avait dispensé les sauf conduits ? Cette dernière question est d’autant plus pertinente qu’au sein de l’opinion congolaise d’aucuns parlent déjà d’une « infiltration » voire d’une «invasion » en provenance du Rwanda tandis que d’autres suggèrent que ces belles vaches à la robe fauve pourraient prendre la direction de Kingakati, le vaste domaine situé aux portes de Kinshasa où le président Kabila aime recevoir ses hôtes ou s’entretenir avec les membres de sa majorité…A moins que, transformé en prospère éleveur, il n’y prenne sa retraite…