30 mars 2018

Entre Bruxelles et Kinshasa, des rapports sibériens…

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Retenu ? Suspendu ? En congé forcé ? Depuis le 29 janvier, Bertrand de Crombrugghe, ambassadeur de Belgique à Kinshasa a quitté son poste, rappelé à Bruxelles en consultation à la suite de la brouille entre la Belgique et le régime Kabila. Initialement, il n’était parti que pour quelques jours, avec un bagage léger, mais voilà qu’à l’issue d’une série de réunions au département des Affaires étrangères, il a annoncé qu’il allait prendre des vacances… En son absence c’est le consul de Belgique à Lubumbashi, Philippe Bronchain, qui « assure » les affaires courantes, sans que sa présence rassure réellement la petite communauté belge qui se sent de plus en plus mal aimée.
Aujourd’hui sibérien, le froid entre Bruxelles et Kinshasa s’est installé depuis 2016. Où est le temps où Armand de Decker, Didier Reynders et Louis Michel s’envolaient pour Kinshasa puis Lubumbashi pour souhaiter « bon anniversaire » à un président dans lequel ils plaçaient encore beaucoup d’espoir et offraient de luxueux boutons de manchette à un homme qui préférait encore arborer des tenues sahariennes dont il relevait les manches ?
C’est en 2016 que le vent a réellement tourné, lorsqu’il est apparu que l’engagement constitutionnel de tenir des élections d’ici la fin de cette cinquième année de deuxième et dernier mandat ne serait pas tenue. Auparavant, l’ambassadeur Latschenko, un ancien d’Afghanistan qui n’avait pas froid aux yeux, avait été remplacé par Bertrand de Crombrugghe. Ce dernier, alors qu’il était en poste à Moscou, avait été mêlé à l’affaire Suleiman Karimov . Lié aux protagonistes du Kazakhgate, ce ponte du régime avait invité le diplomate belge sur son yacht, de bonnes relations qui lui avaient permis de recevoir un visa pour la Belgique. La voie de garage indiquée à l’ambassadeur le mena à Genève, où il passa beaucoup de temps à suivre les travaux de la Commission des droits de l’homme de l’ONU, puis à Kinshasa où il se démarqua de son prédécesseur par une attitude plus conciliante, dictée peut-être par sa relative faiblesse.
C’est qu’à Bruxelles, dès l’été 2016, en minimisant la capacité de temporisation des Congolais, maîtres des tempos longs de l’histoire, on s’était engagé dans une course de fond aux côtés des successeurs possibles de Kabila : le ministre Reynders avait lui-même patronné, à Genval, une réunion rassemblant une large part de l’opposition congolaise. Moïse Katumbi, l’ancien gouverneur du Katanga fut littéralement adoubé comme chef de file tandis qu’ Etienne Tshisekedi le vétéran de l’UDPS apparut flanqué de son fils Félix, présenté comme son éventuel successeur.
L’année 2016 s’étant terminée sans élections et la situation étant devenue explosive, les évêques du Congo réussirent à conclure l’accord dit de la Saint Sylvestre, prévoyant des élections en 2017 et, entretemps, la mise en place d’un gouvernement dirigé par un Premier Ministre issu de l’opposition. Bruxelles se réjouit de cet accord, y voyant une nouvelle source de légalité, mais la mort d’Etienne Tshisekedi, qui aurait du diriger le Comité de surveillance des accords (CNSA) plongea son parti dans le désarroi. Joseph Kabila, habile manœuvrier, suggéra à l’opposition de lui proposer trois noms pour le poste de Premier Ministre, ce qui suscita, sans surprise, une âpre bataille qui fut tranchée d’autorité par la nomination du Premier Ministre actuel Bruno Tshibala. Ce dernier avait accompagné Etienne Tshisekedi et son parti l’UDPS durant des décennies et cet homme qui, à l’époque ne possédait même pas une maison à Kinshasa, fut aussitôt accusé par ses rivaux de s’être laissé acheter par un Kabila utilisant désormais les mêmes méthodes que Mobutu… Didier Reynders assura aussitôt que l’esprit des accords de la Saint Sylvestre n’avait pas été respecté. Même si le jugement était exact sur le fond, le ministre, en le formulant de manière abrupte, s’enfonçait davantage encore dans la « cuisine politique » congolaise pour ne pas dire dans le poto poto, ce qui fut mal perçu à Kinshasa.
Tout au long de l’année 2017 la crise s‘est accentuée, non seulement au Congo, mais aussi entre Kinshasa et Bruxelles : dans le pays, la violence s’est étendue, en particulier dans le Kasaï et en Ituri, jetant le doute sur la faisabilité des élections, la dépouille d’Etienne Tshisekedi n’a toujours pas été rapatriée… Alors que Moïse Katumbi était souvent reçu aux Affaires étrangères et apparaissait comme le favori des Belges, Kinshasa soupçonnait la Belgique d’avoir aidé l’Europe à dresser la liste des personnalités congolaises sanctionnées et interdites d’accès sur le territoire de l’Union. En réalité, alors qu’auparavant la diplomatie belge agissait plutôt en coulisses, sous Reynders, elle tenta d’affirmer son leadership sur le Congo, Bart Ouvry représentant l’Union à Kinshasa tandis qu’à Bruxelles c’est Koen Vervaeken qui est directeur Afrique de l’Union. Même la députée socialiste européenne Marie Arena, très active au Parlement européen et prônant une politique de sanctions, est perçue par Kinshasa comme une autre facette d’une politique belge offensive.
Le camouflet subi lors de l’inauguration de la nouvelle ambassade de Belgique a traduit le malaise : alors que l’ambassadeur de Crombrugghe avait averti Bruxelles du fait qu’aucun officiel n’aurait l’autorisation d’assister à la cérémonie, Didier Reynders tint à faire l’aller retour mais, comme frappé par une « fatwa » présidentielle, il ne rencontra aucune personnalité congolaise.
Les manifestations des chrétiens congolais ont évidemment aggravé la situation. L’opinion belge a été choquée par l’usage excessif de la force, par des images montrant des policiers profaner des églises et tirer à balles réelles sur des chrétiens, à tel point que le pouvoir politique, se sentant soutenu par la population, a durci les mesures : Alexander de Croo a annoncé, par voie de presse, la réaffectation de 25 millions d’euros destinés à la coopération, frappant ainsi la population congolaise plus que l’élite au pouvoir.
Les mesures de rétorsion n’ont alors pas tardé : réduction des fréquences de Brussels Airlines (et cela alors que les Allemands menaçaient de faire disparaître le hub africain de Bruxelles au profit de Düsseldorf) fermeture des consulats à Lubumbashi et à Anvers. Mais surtout les Congolais démontrèrent que, pour se tirer une balle dans le pied, ils étaient aussi doués que leur ancien colonisateur : la fermeture de la Maison Schengen, une mesure destinée à sanctionner la Belgique, prive désormais 12.000 demandeurs de visa congolais d’accéder à l’espace européen, ce qui provoque un vif mécontentement au sein de l’establishment…
Aujourd’hui, l’impasse est totale : une délégation belge composée de représentants du Premier Ministre, de Didier Reynders et d’Alexander de Croo s’est rendue discrètement à Kinshasa pour tenter d’évaluer la situation (alors que l’ambassadeur restait en Belgique…) mais une deuxième réunion qui aurait du se tenir à Bruxelles n’a pas eu lieu, les personnalités désignées par Kinshasa pour y assister étant interdites de séjour en Europe…
Il n’est pas sûr que la diplomatie belge, qui s’est avancée à découvert loin de sa « zone de confort » traditionnelle, sous estimant la ruse d’un Kabila capable de reculer pour encore gagner du temps, soit suivie par ses alliés européens, un peu surpris de ce radicalisme inusité. Du côté français en tous cas, on joue cavalier seul dans le plus grand pays francophone d’Afrique. Quant au Vatican, inquiet par les risques de dérapage, il aurait lui-même conseillé aux évêques congolais de s’engager à fond dans la perspective des élections et d’abandonner la voie dangereuse d’une « transition sans Kabila » qui, dans un premier temps, serait inévitablement synonyme d’un surcroît de violence.
Didier Reynders, privé d’ambassadeur sur le terrain, , demeure bien seul sur la ligne de crête où il a choisi de cheminer…

24 mars 2018

A propos du Congo, une expertise belge qui fait désordre…

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D’ici quelques semaines, la Belgique défendra sa candidature à un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité et l’un de ses arguments portera sur son expertise africaine.
Pourquoi pas ? Cette expertise est nourrie par le passé colonial, par l’effort de coopération mené depuis des années, par un souci constant porté, malgré vents et marées, à un Congo souvent traité comme un enfant unique, gâté par la nature et monopolisant l’attention. Mais surtout, cette expertise est celle de milliers de citoyens belges, nés au Congo ou liés à ce pays par mille liens de famille, de travail, d’affection, qui veillent à ce que le courant continue à circuler et alimentent d’innombrables réseaux de solidarité. Un tel maillage, au niveau des populations, donne effectivement aux Belges une connaissance du Congo inégalée.
Peut-on dire pour autant que le monde politique soit en phase avec cet intérêt, voire cette empathie du public ? Pas vraiment. On se souvient des compromissions avec le régime Mobutu, d’une rupture trop brutale suivie par une décennie d’indifférence, on se rappelle les élans et les efforts de Louis Michel suivis par l’arrogance d’un Karel De Gucht…
Les hauts et les bas, les glaciations et les réchauffements, sans oublier les affaires…Aujourd’hui aussi, la politique africaine de la Belgique fait désordre : en cette période cruciale où le Congo bascule entre la préparation des élections et la tentation de la violence, l’ambassadeur est prié de s’éterniser loin du terrain et aucune explication n’est donnée à cette absence, sauf le soupçon de désaccords au sommet. Quant aux Congolais qui sont, eux, de vrais spécialistes de la Belgique, ils jouent en virtuoses sur les contradictions du pouvoir : Kabila discute avec Charles Michel mais laisse Reynders dans l’antichambre, des experts essaient de forcer la porte et de contourner les sanctions tandis que des alliés européens rompent discrètement le front de la solidarité et, en douce, délivrent des visas ou signent des contrats…Bref, le « front » est divisé : les uns rêvent tout haut d’une « transition sans Kabila » sans savoir comment on s’y prendra pour dégommer l’occupant du fauteuil présidentiel, d’autres, plus réalistes et sans illusions, prennent acte de la promesse d’élections qui seront de toutes manières contestées.
Sur un seul point cependant, il y a unanimité : alors que le Congo a réussi à faire reculer les géants du secteur minier, à leur faire accepter une plus juste rémunération du prix du cobalt et autres matières premières stratégiques, cette incontestable victoire, qui, pour une fois, réjouit l’opinion congolaise et suscite un peu d’espoir, n’a été saluée que par le pesant silence des experts de tous bords…

20 mars 2018

Rwanda: “l’attentat contre l’avion d’Habyarimana est l’oeuvre de pros, bien entraînés”

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Saisis du dossier de l’attentat contre l’avion du président Habyarimana, les juges Herbaux et Poux, qui ont pris la relève du juge Trevidic, doivent clôturer cette semaine les trois mois d’instruction supplémentaire qui leur avaient été donnés. Rappelons que, selon les conclusions initiales du juge Trevidic, l’avion Falcon du président Habyarimana avait été abattu le 6 avril 1994 par le tir de deux missiles portables de type SAM 16 tirés de la zone du camp militaire Kanombe, proche de l’aéroport de Kigali, un lieu totalement contrôlé par la garde présidentielle rwandaise.
Le capitaine Guillaume Ancel, qui vient de témoigner à propos des ambiguïtés de l’Opération Turquoise, (1) auprès de laquelle il avait été détaché au titre de spécialiste du guidage aérien, avait commencé sa carrière militaire par l’expérimentation des missiles portables Mistral.
Portant un regard professionnel sur le dossier judiciaire, il nous a communiqué quelques unes de ses observations opérationnelles. Rappelant que le tir a eu lieu de nuit, dans des conditions difficiles, il estime que « l’origine des tirs dans un camp militaire rwandais, où stationnait le bataillon para commando, laisse peu de doute sur le « camp des tireurs ». Du reste, les flammes de départ des missiles, très visibles de nuit, sur plus de 100 mètres, auraient laissé peu de chances de s’échapper à des tireurs isolés qui se seraient introduits dans le camp. »
Pour Ancel « il s’agissait d’une opération sophistiquée, complexe à réaliser et nécessitant un entraînement poussé. Les missiles doivent être parfaitement entretenus, le système de guidage infrarouge nécessite un balayage régulier à l’argon ou l’azote, ce qui n’est pas à la portée de miliciens désorganisés. L’opération n’a pu être réalisée que par un commando d’au moins cinq hommes, parfaitement entraînés, ayant eu l’occasion de vérifier sur place le créneau de tir, la visibilité réelle, les obstacles éventuels sur la trajectoire. Autrement dit, l’équipe de tir devait être assurée de complicités fortes avec les autorités militaires, qui mirent aussi en place un dispositif de protection et un éclairage minimum, de même qu’elles assurèrent l’exfiltration des tireurs. »
Le capitaine Ancel se gausse de la « trouvaille » de deux tubes de lance missiles, une découverte propagée par la suite par la DRM (direction générale du renseignement militaire) et abondamment reprise par des auteurs français et belges « les tireurs auraient tout aussi bien laisser la facture et une carte de visite….Puisqu’abandonner sur place les tubes vides cela signifie vouloir marquer son tir, les équipes entraînées rapportent systématiquement ces pièces là… »
Qui pourraient bien être les tireurs d’élite ? « Je ne crois pas qu’une telle action aurait pu être réalisée par des militaires français du DAMI (Département des actions militaires à l’étranger) car la crainte aurait été trop forte de les voir parler, tôt ou tard. Je pense plutôt à une équipe originaire d’Europe de l’Est (Bulgares, Tchèques ou Allemands). Après la fin de la guerre froide, des militaires de ces pays, très au fait du maniement des missiles SAM, étaient nombreux à proposer leurs services. (ndlr. en 1997 les Français recrutèrent d’ailleurs des combattants serbes pour aller se battre à Kisangani) Si l’opération a été réalisée par une équipe de spécialistes étrangers, des mercenaires, ces derniers ont probablement été liquidés à la fin de leur contrat, afin d’éviter toute fuite. »
Pourquoi des Français auraient ils souhaité la disparition de leur allié, le président Habyarimana ? Pour le capitaine Ancel, « il ne s’agissait pas de déclencher un génocide (même si les risques étaient connus) mais de se débarrasser d’un président qui échappait à leur contrôle (à Arusha en Tanzanie, le président venait de céder aux pressions) et de reprendre la maîtrise de la situation via les extrémistes hutus et leur chef le colonel Bagosora. » Rappelons qu’à l’époque le général Dallaire, qui commandait la force onusienne eut lui aussi l’impression d’assister à un coup d’Etat mené par la faction hutue extrémiste.
L’ancien officier rappelle cependant qu’ à Paris, la suite de l’opération fut alors bloquée par le gouvernement de cohabitation (le Premier Ministre Balladur s’opposait à la cellule africaine de l’Elysée). Le général Tauzin, qui commandait à l’époque le premier régiment parachutiste d’infanterie de marine, l’une des principales unités d’intervention des forces spéciales, raconta dans ses mémoires qu’aussitôt après l’assassinat du président Habyarimana, c’est en vain qu’il attendit longuement l’ordre de décollage alors qu’il était prêt à s’envoler pour Kigali.
Guillaume Ancel en conclut : «l’étincelle avait été jetée, l’incendie avait éclaté et se propageait, mais nous étions incapables de l’éteindre… » Pour lui, la mort soudaine de François de Grossouvre, proche conseiller du président Mitterrand, le surlendemain de l’attentat, est liée à ce dernier.
Près d’un art de siècle après les faits, Ancel considère que ce « mensonge d’Etat » représente toujours une sorte de « Tchernobyl de nos relations avec l’Afrique » et que seule l’ouverture totale de toutes les archives pourrait enfin permettre l‘établissement de la vérité. « A propos de Turquoise, le secret « militaire » est toujours évoqué, une aberration, puisque, en principe, il s’agissait d’une opération « humanitaire… ».
A chaque demande, Mme Bertinotti, mandataire exclusive du Fonds Mitterrand, répond, par écrit, que ces archives sont « ouvertes, mais non consultables ».
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(1)Guillaume Ancel, Rwanda, la fin du silence, témoignage d’un officier français, édition Les belles Lettres

19 mars 2018

Rwanda: en souvenir du peloton mortier…

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Croisant un groupe de miliciens hutus en juillet 1994, le capitaine Ancel et ses légionnaires découvrent que l’un des hommes porte un gilet pare balles ensanglanté, avec la bande patronymique d’un sergent belge. Ils en déduisent que P. rencontré à l’occasion d’un stage en Europe, fait partie des dix commandos belges tués le 7 avril et que le milicien porte son uniforme…Désireux de récupérer de force le gilet du Belge, les légionnaires ouvrent le feu presque simultanément et les miliciens, trop lents pour riposter efficacement, s’effondrent en quelques secondes. Le souvenir de ce crime de guerre, qui illustre bien le climat et les émotions de l’époque, pèse toujours sur la conscience du capitaine Ancel, au delà de la prescription, à tel point qu’il en fait état dans son ouvrage sur la politique française au Rwanda…C.B.

19 mars 2018

Des documents et un livre démystifient l’opération Turquoise

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Il aura fallu 24 ans, presque un quart de siècle, pour que, au fil des témoignages et des documents d’archives enfin déclassifiés, la vérité apparaisse. Une vérité connue, aussi farouchement clamée par les uns qu’elle était niée par les autres : l’opération Turquoise, lancée le 22 juin 1994 depuis le Zaïre, n’avait rien d’une opération humanitaire dont le seul objectif aurait été de sauver les Tutsis survivants au génocide qui avait commencé le 6 avril 1994.
Ayant eu accès à un document jusqu’à présent classé « confidentiel défense » et déclassé par Nicolas Sarkozy, le journaliste et chercheur français David Servenay, revient en détail dans « Le Monde » sur l’une des pages les plus controversées de l’histoire africaine de la France. Car le compte rendu de la réunion de crise qui s’est tenue au palais de l’Elysée le 15 juin 1994, ne laisse place à aucun doute. Prônant « une intervention rapide et ciblée » François Mitterrand a tranché le débat opposant le Premier Ministre Edouard Balladur et le ministre de la Défense François Léotard, partisans d’une intervention strictement humanitaire, à une poignée d’hommes qui réclament une ligne plus offensive : le secrétaire général de l’Elysée Hubert Védrine, le chef d’état major particulier le général Christian Quesnot et le conseiller Afrique de l’Elysée, le diplomate Bruno Delaye. Entourant un François Mitterrand affaibli par la maladie, ces hommes estiment qu’il faut à tout prix bloquer l’avancée du Front patriotique rwandais. Un mouvement qui, parce qu’il se compose de réfugiés Tutsis ayant vécu en Ouganda et s’exprimant en anglais, est perçu comme le fer de lance d’ un « complot anglo saxon » menaçant le pré carré de la France en Afrique. Cette analyse géopolitique l’emportera sur la réalité de faits déjà connus à l’époque : autant le Quai d’Orsay que les services de renseignements de l’armée française sont informés du génocide qui, durant dix semaines déjà, est commis contre les Tutsis du Rwanda par les miliciens hutus, sous les ordres du gouvernement intérimaire auquel Paris livre des armes.
Un document aujourd’hui déclassifié et rédigé par l’amiral Lanxade, chef d’état major général des armés, décrit toutes les ambiguïtés de l’opération envisagée : elle à la fois tenter de mettre fin aux massacres, sauver les réfugiés et empêcher l’extension du conflit. Pour réaliser ce dernier objectif, -en réalité le plus important-, il faut, au départ de Cyangugu sur la frontière du Zaïre, empêcher le FPR de conquérir Kigali, car la chute de la capitale signifierait l’effondrement du « pouvoir hutu » que Paris soutient depuis le début de la guerre en 1990.
Autrement dit, le premier objectif de Turquoise est de stopper l’avancée des « rebelles » tutsis, clairement définis comme les ennemis.
Alors que les Français contournent un embargo décrété par l’ONU et que des avions chargés d’armes se posent à Goma, les accrochages se multiplient avec les troupes du FPR. Jusqu’à la volte face de la stratégie française qui surprendra tout le monde : fin juin, l’option militaire est soudain abandonnée et les troupes d’élite de Turquoise, légionnaires, commandos de marine, forces spéciales, plus formés aux actions d’éclat qu’aux opérations humanitaires, se transforment en sauveteurs. Le capitaine Guillaume Ancel, officier de la Force d’action rapide et détaché au sein de la Légion étrangère, raconte (1)que le 1er juillet 1994, il se trouvait déjà dans un hélicoptère de combat au dessus de la forêt de Nyungwe, prêt à soutenir par des frappées aériennes l’action de troupes au sol chargées de bloquer l’avancée du FPR lorsque l’ordre fut donné de tout arrêter, « tous ces hommes déterminés à aller se battre ont été stoppés dans leur élan »… Que s ’est il donc passé ? Selon David Servenay, des soldats français auraient été capturés et libérés contre l’engagement de restituer au FPR la « zone humanitaire sûre » qui avait été constituée dans le sud ouest du Rwanda afin de permettre à l’armée et aux miliciens hutus de se replier et de se réorganiser.
Le constat final, qui se dégage des documents déclassifiés, est accablant : bien avant le début du génocide, la DGSE (direction générale des services extérieurs) n’avait cessé de tirer le signal d’alarme, dénonçant les risques de massacres et de purification ethnique ». En vain : « le processus hiérarchique filtrait la réalité, les notes alarmantes n’étaient jamais mises sur le bureau du président ».

(1) Guillaume Ancel, Rwanda, la fin du silence, témoignage d’un officier français, Les belles lettres

15 mars 2018

L’Eglise congolaise suspend les manifestations des chrétiens mais demeure vigilante

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Une forte délégation de la Conférence épiscopale du Congo, venue de Rome, s’est arrêtée à Bruxelles et son porte parole, l’abbé Nshole, a fait le point après les trois journées de mobilisation décrétées depuis décembre par le Comité de concertation des laïcs. Est-ce l’influence du Pape François ? La peur de voir s’alourdir le bilan des victimes ? Ou l’effet d’une foi qui soulève les montagnes et incite l’Eglise catholique à croire que l’accord de la Saint Sylvestre, conclu en décembre 2016, loin d’être caduc, débouchera réellement sur des élections d’ici la fin de l’année ? Toujours est-il que, tout en soulignant que « le peuple avait bravé la peur » et en déplorant les morts et les blessés provoqués par la répression, le porte parole de la CENCO a bel et bien annoncé que les manifestations des chrétiens étaient pour l’instant suspendues. Dorénavant, il faudra se focaliser sur l’essentiel, c’est-à-dire « la préparation de bonnes élections, crédibles et transparentes, prévues pour le 23 décembre prochain. »
L’abbé Nshole a été clair : « la CENCO ne veut pas une transition sans Kabila : ce qu’elle exige c’est l’application de l’accord conclu… » Soucieuse de se tourner vers l’avenir, l’Eglise catholique est prête à passer sur les violations de l’accord conclu le 31 décembre 2016, qui ne sont cependant pas oubliées : un Premier Ministre issu de l’opposition mais contesté, un « Comité de suivi des accords » dirigé par Joseph Olenghankhoy une personnalité sujette à caution, l’allongement des délais…Ce qui inquiète surtout la CENCO, c’est la recrudescence de l’insécurité, au Kasaï, dans la province du Tanganyika et surtout dans l’Ituri où les victimes se comptent par centaines tandis que les groupes de tueurs apparaissent bien coordonnés, bien équipés, surprenant même, reconnaît le clergé, les protagonistes traditionnels, en l’occurrence les tribus Hema et Lendu…Si ce regain de violence nourrit les soupçons de ceux qui y décèlent une ultime manipulation afin de rendre le scrutin impossible, la CENCO, elle, préfère souligner les évolutions positives : sous réserve d’expertise indépendante, les « machines à voter » (en fait des photocopieuses sophistiquées venues de Corée du Sud…) devraient réduire à 540 millions de dollars le coût de l’exercice électoral, au lieu du milliard et demi initialement prévu. La date du 23 juin prochain sera cruciale : les candidatures, à différents niveaux, seront alors déposées tandis que le 8 avril sera votée la loi répartissant les sièges électoraux.
« Nous avons dénoncé les entorses aux accords, mais à nos yeux, l’essentiel peut encore être sauvé et les élections peuvent être organisées à la date prévue », souligne le porte parole de l’Eglise catholique qui regrette cependant que l’organisation des partis politiques demeure à la traîne, surtout en comparaison avec la majorité présidentielle qui se met en ordre de marche…
Cependant, des signes positifs se multiplient : contraint à l’exil depuis deux ans (ce que regrette l’Eglise) l’opposant Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga a lancé, depuis l’Afrique du Sud, un mouvement, « Ensemble pour le changement » rassemblant plus de 200 personnalités issues de différents partis politiques et de la société civile. Si des tractations seraient en cours avec Vital Kamerhe, président de l’UNC( Union pour la nation congolaise), Felix Tshisekedi et l’UDPS ne semblent pas associés à la coalition.
L’opposition est cependant en retard par rapport au travail qui se mène au sein de la majorité présidentielle. Cette dernière ne viserait rien de moins que la majorité absolue, mais elle n’a pas encore annoncé le nom du « dauphin » de Kabila, déjà présenté comme le futur « Medvedev »…

15 mars 2018

Le nouveau code minier congolais passe la rampe

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Les grands opérateurs miniers ne croyaient pas au miracle, mais tout de même…Les maîtres du secteur, Ivanhoé, (Etats Unis) Rangold (Afrique du Sud) Glencore le géant suisse, ont fait valoir leurs arguments auprès du président Kabila durant de longues heures : les milliards d’investissements, les risques assumés dans un pays considéré comme instable, les promesses sinon l’usage que les autorités congolaises feront de la plus value qui s’annonce… Rien n’y a fait : tout en promettant un « dialogue constructif » à propos des mesures d’application, le chef de l’Etat qui, même deux ans après la fin officielle de son dernier mandat demeure le dernier recours, a maintenu sa décision et deux jours après la rencontre, il promulguait la nouvelle loi minière, remplaçant le Code minier adopté en 2002. Selon un communiqué publié par la présidence, «ce nouveau code devrait rapporter à l’Etat des recettes substantielles pour son développement économique et social. »
Le taux de la redevance due sur le cobalt devrait ainsi passer de 2 à 10% lorsqu’un décret du premier ministre aura classé ce minerai comme matière première stratégique. Ce qu’il est, incontestablement : le cobalt est indispensable à la fabrication de batteries électriques qui, à terme, devraient remplacer le pétrole et figurer au premier plan des sources d’énergie non polluantes. Si les opérateurs miniers ont cédé, c’est parce qu’ils n’avaient pas le choix : en 2017, la RDC a répondu à la moitié de la demande mondiale de cobalt, soit 66.000 tonnes sur 123.000 et le pays possède les deux tiers des réserves mondiales connues…
Au cours des six derniers mois, le cours du cobalt a plus que doublé et le mouvement devrait se poursuivre.
Non contents de taxer le cobalt, les Congolais envisagent d’autres dispositions, qui durcissent considérablement le Code minier de 2002, d’inspiration très libérale et violemment critiqué par Albert Yuma le patron de la Gécamines : une taxe frappera les superprofits tandis que la clause garantissant durant dix ans la stabilité des contrats sera abrogée. Les autorités congolaises, malgré les accusations de corruption et de mauvaise gestion des ressources entendent bien profiter de la hausse des prix de tous les minerais : le cuivre a gagné 13,3% en 2017, les diamants ont pris 9%, l’or a gagné 13% en 2017 et 8,6% en 2016 tandis que le cours du coltan du Kivu a littéralement explosé, gagnant 59% en 2017.
Même si le régime, qui a entamé la préparation des élections prévues pour le 23 décembre 2018 est accusé de chercher des moyens pour financer à la fois les opérations électorales et la campagne du parti présidentiel, la mesure qui frappe les grands groupes miniers est bien vue par l’opinion, depuis longtemps scandalisée par les faibles retombées d’une industrie minière en pleine expansion : alors que la production de cuivre dépasse le million de tonnes par an et qu’à ce rythme les ressources risquent d’être épuisées d’ici trente ans, le budget de l’Etat demeure ridiculement bas, 5 milliards de dollars, pour une population de 80 millions d’habitants !
Lors du dernier forum minier qui s’est tenu en Afrique du Sud, le président de la Gecamines, Albert Yuma, réputé proche du président Kabila et critiqué dans de nombreux rapports, a qualifié d’ « inacceptables » les profits réalisés par les sociétés minières : « en 2016, les sociétés minières internationales présentes au Katanga ont réalisé 2,6 milliards de dollars de revenus, dont seulement 88 millions ont été reversés à la Gecamines… » « Une accusation irresponsable » a rétorqué le patron de Rangold, qui exploite la mine d’or de Kibali en Ituri…
Alors que la polémique n’est pas près de s’éteindre et que les opérateurs miniers pourraient recourir à des procédures d’arbitrage,(souvent favorables aux détenteurs du capital) l’opposition, toutes tendances confondues, est jusqu’à présent demeurée muette sur ce sujet très sensible, certaines voix se contentant, tout au plus de souligner que le régime allait tenter de faire financer l’exercice électoral par les opérateurs miniers…

11 mars 2018

Le dernier voyage de Bernard Gustin, patron de Brussels Airlines

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Douala, envoyée spéciale,
Les ceintures sont attachées, le décollage pour Douala est imminent. Menu en main, Bernard Gustin se présente à chaque passager de la classe affaires : « bonjour, je suis le CEO de la compagnie ; si vous avez des remarques à formuler, n’hésitez pas… »La vingtaine de chefs d’entreprise qui participeront à cette quatrième version de « Bike for Africa » n’ont pas de désir particulier et reconnaissent que s’ils sont là, c’est avant tout pour être, une dernière fois, aux côtés de leur ami « Bernard ». Quant au personnel de bord, il salue chaleureusement le patron auquel, au retour, des hôtesses feront la bise tandis qu’au bureau de Brussels Airlines à Douala, Gustin recevra une statuette représentant un joueur de tennis…
Tout est allé tellement vite depuis 5 février…Lors de ce dernier conseil d’administration de Brussels Airlines, Bernard Gustin et son directeur financier De Raymaeker ont été virés par les patrons de Lufthansa qui ont fait le pari de développer la compagnie low cost Eurowings, afin d’en finir avec la suprématie de Ryanair. « Pour cela, ils avaient besoin de 50 avions supplémentaires et ceux de Brussels Airlines faisaient l’affaire » assure un familier du dossier… Jusqu’au bout, Gustin s’est battu : il a défendu « son bébé », refusant que Brussels Airlines se transforme en simple compagnie low cost, argumentant en faveur du « hub » que représente Bruxelles, au cœur de l’Europe, avec des fréquences quotidiennes sur l’Afrique… »
« Sur les décombres de l’ancienne Sabena, nous avons reconstruit une image très forte » rappelle aujourd’hui le CEO. A la veille de sa faillite, la Sabena avait 80 avions et transportait 12 millions de passagers. Nous, avec 50 avions, nous comptons 10 millions de passagers…Devenus bénéficiaires, nous ne demandions plus rien aux Allemands… » Sauf que ces derniers, depuis 2016, contrôlaient 100% du capital de la compagnie : ils avaient refusé que Brussels Airlines rembourse les prêts antérieurs et avaient racheté le solde des 55% restants pour un « prix d’ami », prévu dans les accords initiaux, soit 2,5 millions d’euros, une somme ridiculement basse…
En réalité, tout s’est joué lors de l’avant dernière réunion du conseil d’administration, en novembre 2017. Bernard Gustin avait alors plaidé en faveur du « hub » bruxellois vers l’Afrique. Opposé au projet low cost, il avait mis en avant l’expertise de son personnel, la fidélité des passagers, le fait que les droits de trafic vers l’Afrique demeurent la propriété de l’Etat belge. Il avait aussi rappelé les handicaps de Düsseldorf comme futur point de départ vers un continent en pleine expansion… Rien n’y a fait. Les Allemands, sans ménagements, l’ont fait taire et les menaces n’ont pas tardé : « encore un mot, et on vous accuse, dans la presse, de mauvaise gestion… »Alors que la société était en bénéfice, un texte assassin sera d’ailleurs publié dans la presse allemande…
L’un des témoins de la réunion se souvient de l’attitude d’Etienne Davignon, président du Conseil d’administration : « alors qu’en 2001, avec Maurice Lippens il avait lancé l’idée de la compagnie, qui sans lui n’aurait jamais vu le jour, ici, il n’a pas ouvert la bouche ». Plus tard, avant la dernière rencontre de février 2018, -celle où Gustin sera congédié- Davignon déclarait encore : « je ne sais pas encore ce que je vais dire aux Allemands » Et pourtant, c’était tout vu : au cours de la réunion, ces derniers, publiquement, assurèrent à Davignon qu’ils étaient contents de savoir qu’il restait…
Alors qu’en 2008 il avait assuré qu’il n’était là que pour deux ans, dix ans plus tard, le vicomte, sans jamais envisager de démissionner, avait réussi, lui, à demeurer à bord…
Deux jours après le départ, les 80 participants à l’expédition Bike for Africa campent sur la pelouse du monastère de Melong, dans l’Ouest du Cameroun, en pays bamoun. L’équipe chargée de la logistique a dressé les tentes igloo, les douches mobiles, les WC portables que chacun gère au mieux. Le soir, après un parcours de 80km et plus de 1000 mètres de dénivellés, le buffet dressé sous un auvent blanc ressemble à un décor de mariage. Il y a déjà des bras bandés, des genoux écorchés, des coups de soleil, des symptômes de déshydratation, mais le moral est bon. Le long des pistes rouges, les enfants ont crié « courage les Blancs » et ils ont applaudi les premiers du peloton ; une cultivatrice, sa houe d’une main et son portable de l’autre, a suggéré qu’on lui envoie directement sa photo sur whatsapp… Ephrem, Emmanuel et deux autres Camerounais, cadres de la société belge Socfin productrice d’huile de palme se sont accrochés vaillamment au peloton de tête mais, épuisés ils admettent « qu’aux côtés de ces Flamands têtus, on a beaucoup appris sur les techniques du vélo mais aussi sur le mental, qui fait la différence… »
Herman Carpentier, le «père » de Bike for Africa » se souvient de la première expédition, au Rwanda et Burundi, voici huit ans. « Lorsque j’ai lancé l’idée, Gustin a marché tout de suite. A son arrivée à la tête de Brussels Airlines, il ne connaissait pas l’Afrique. Mais il y a tout de suite pris goût, mesurant l’ importance des relations avec ce continent en pleine expansion. Pour lui, non seulement il fallait renforcer l’esprit d’équipe au sein de l’entreprise, mais aussi initier nos jeunes recrues à l’Afrique, puisqu’ils allaient y consacrer une part importante de leur carrière… Après les Grands Lacs, nous sommes allés en Ouganda, au Sénégal et en Gambie. A chaque fois, les volontaires payaient eux-mêmes séjour et voyage et se faisaient sponsoriser à raison de 1000 euros par personne…Quant aux « golden sponsors » les « grands patrons » invités directement par Gustin (Deloitte, Belfius,Lampiris, Rossel, la RTBf, Abelag, Adecco, entre autres…) leur contribution s’élève à 10.000 euros par personne. »
Jorg Beissel, membre du conseil de direction d’Eurowings, n’est jamais venu en Afrique mais gravir les montagnes en vélo est son sport favori. Au Cameroun, non seulement il est passé en tête sur les sommets, mais il reconnaît avoir compris bien des choses : « j’ai été frappé par la relation très particulière du personnel de Brussels Airlines avec le continent, par l’esprit d’équipe qui anime tous les participants, quelle que soit leur fonction professionnelle. » Il assure que « ce qu’il apprécie surtout, c’est le principe de l’aide directe aux populations : un chèque de 12.500 euros pour réparer le toit de l’école de Fumbot, un gros don de 140.000 euros au bateau Mercy Ship arrimé pour dix mois à Douala… »
A l’étape de Bangourain, où tout le monde campe sur la pelouse de l’école bilingue français anglais, Gustin, noirci par le soleil et la poussière des roches volcaniques, semble avoir retrouvé le moral. Avant de se glisser dans sa tente igloo, il laisse remonter les souvenirs : « au sein de Brussels Airlines, la solidarité est très forte…Comment oublier qu’au lendemain du 22 mars 2016, alors que notre aéroport avait été détruit par les attentats et que les premiers vols partaient de Liège, tout le personnel, dès l’aube, s’est présenté. Pour aider, de n’importe quelle façon…Et comment oublier qu’au moment de l’épidémie d’Ebola, nous avons été la seule compagnie à desservir des pays comme la Guinée ou le Liberia, frappés par le virus. Personne ne s’est désisté et ce sont nos avions qui ont amené les équipes médicales, transporté les vaccins… L’engagement, c’est cela aussi… »
Certes, il est trop tôt pour en parler, mais Gustin, au cours de ces soirées africaines déchirées par les cris d’oiseaux et les ronflements des cyclistes, rêve déjà de reprendre des vols vers l’Afrique : « mais avec qui ? Vu les risques du transport aérien, il faut avoir les reins solides, compter sur un adossement fort, sur le soutien d’une grande compagnie… » Depuis la tente d’à coté, l’un de ses voisins de camping rêve déjà tout haut : « Heathrow est saturé, pourquoi ne pas tenter le coup avec British Airways ? »
Sept jours plus tard, l’aventure se termine déjà. Grands patrons, pilotes, hôtesses, mécaniciens, logisticiens, tout le monde se ressemble : maillot vert pomme, genoux éraflés, peau couleur ocre balafrée par la poussière et le soleil. Ilse Verhelst, pilier de l’organisation, a troqué son short pour une tenue d’hôtesse et à chaque participant elle offre une antilope de bois, symbole du Cameroun. Vers la fin de la cérémonie, sa voix se brise lorsqu’elle évoque « our beloved company » et qu’elle tend à Gustin un maillot vert et blanc sur lequel chacun des participants a apposé sa signature.
L’ovation debout a duré longtemps.