15 mars 2018

L’Eglise congolaise suspend les manifestations des chrétiens mais demeure vigilante

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Une forte délégation de la Conférence épiscopale du Congo, venue de Rome, s’est arrêtée à Bruxelles et son porte parole, l’abbé Nshole, a fait le point après les trois journées de mobilisation décrétées depuis décembre par le Comité de concertation des laïcs. Est-ce l’influence du Pape François ? La peur de voir s’alourdir le bilan des victimes ? Ou l’effet d’une foi qui soulève les montagnes et incite l’Eglise catholique à croire que l’accord de la Saint Sylvestre, conclu en décembre 2016, loin d’être caduc, débouchera réellement sur des élections d’ici la fin de l’année ? Toujours est-il que, tout en soulignant que « le peuple avait bravé la peur » et en déplorant les morts et les blessés provoqués par la répression, le porte parole de la CENCO a bel et bien annoncé que les manifestations des chrétiens étaient pour l’instant suspendues. Dorénavant, il faudra se focaliser sur l’essentiel, c’est-à-dire « la préparation de bonnes élections, crédibles et transparentes, prévues pour le 23 décembre prochain. »
L’abbé Nshole a été clair : « la CENCO ne veut pas une transition sans Kabila : ce qu’elle exige c’est l’application de l’accord conclu… » Soucieuse de se tourner vers l’avenir, l’Eglise catholique est prête à passer sur les violations de l’accord conclu le 31 décembre 2016, qui ne sont cependant pas oubliées : un Premier Ministre issu de l’opposition mais contesté, un « Comité de suivi des accords » dirigé par Joseph Olenghankhoy une personnalité sujette à caution, l’allongement des délais…Ce qui inquiète surtout la CENCO, c’est la recrudescence de l’insécurité, au Kasaï, dans la province du Tanganyika et surtout dans l’Ituri où les victimes se comptent par centaines tandis que les groupes de tueurs apparaissent bien coordonnés, bien équipés, surprenant même, reconnaît le clergé, les protagonistes traditionnels, en l’occurrence les tribus Hema et Lendu…Si ce regain de violence nourrit les soupçons de ceux qui y décèlent une ultime manipulation afin de rendre le scrutin impossible, la CENCO, elle, préfère souligner les évolutions positives : sous réserve d’expertise indépendante, les « machines à voter » (en fait des photocopieuses sophistiquées venues de Corée du Sud…) devraient réduire à 540 millions de dollars le coût de l’exercice électoral, au lieu du milliard et demi initialement prévu. La date du 23 juin prochain sera cruciale : les candidatures, à différents niveaux, seront alors déposées tandis que le 8 avril sera votée la loi répartissant les sièges électoraux.
« Nous avons dénoncé les entorses aux accords, mais à nos yeux, l’essentiel peut encore être sauvé et les élections peuvent être organisées à la date prévue », souligne le porte parole de l’Eglise catholique qui regrette cependant que l’organisation des partis politiques demeure à la traîne, surtout en comparaison avec la majorité présidentielle qui se met en ordre de marche…
Cependant, des signes positifs se multiplient : contraint à l’exil depuis deux ans (ce que regrette l’Eglise) l’opposant Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga a lancé, depuis l’Afrique du Sud, un mouvement, « Ensemble pour le changement » rassemblant plus de 200 personnalités issues de différents partis politiques et de la société civile. Si des tractations seraient en cours avec Vital Kamerhe, président de l’UNC( Union pour la nation congolaise), Felix Tshisekedi et l’UDPS ne semblent pas associés à la coalition.
L’opposition est cependant en retard par rapport au travail qui se mène au sein de la majorité présidentielle. Cette dernière ne viserait rien de moins que la majorité absolue, mais elle n’a pas encore annoncé le nom du « dauphin » de Kabila, déjà présenté comme le futur « Medvedev »…