30 avril 2018

Comment les Russes sont arrivés à Bangui…

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Le président centrafricain Faustin-Archange Touadera pourrait être l’invité surprise du prochain Forum économique de Saint Pétersbourg le 26 mai prochain, auquel assistera probablement Emmanuel Macron.
C’est que ce pays parmi les plus pauvres du monde, déchiré par les groupes armés qui sévissent jusqu’aux portes de la capitale Bangui, pourrait bien représenter un atout majeur dans la partie d’échecs planétaire que livre Vladimir Poutine. En effet, même si elle est riche en or, diamant, uranium et sans doute pétrole, ce sont moins les ressources naturelles de la Centrafrique que sa situation stratégique qui soudain pèsent dans la balance : ce pays, l’un des moins connus de la planète, jouxte le Soudan, déjà soutenu par la Russie et la Chine, a pour voisin le Tchad dont le président Idriss Deby est l’un des meilleurs alliés de la France, de même qu’ à Brazzaville le président Sassou Nguesso. Mais surtout, le fleuve Oubangui, affluent du Congo, fait la frontière avec la République démocratique du Congo, un pays qui pourrait se trouver à la veille de troubles importants si les élections prévues pour le 23 décembre prochain étaient une nouvelle fois postposées. Aujourd’hui déjà, la Chine est un partenaire majeur de la RDC en raison de ses investissements dans le cuivre et le cobalt au Katanga tandis que Pékin envisage de construire deux routes commerciales intermodales reliant les côtes de l’Océan Indien à celles de l’Océan Atlantique. Via Bangui, Vladimir Poutine vient d’avancer ses pions dans la partie d’échecs qui se joue au cœur de l’Afrique.
En toute discrétion, tout s’est joué le plus simplement du monde. Ainsi que nous l’a expliqué le président de la République centrafricaine, la mission européenne Eutem a terminé, en 2017, la formation de deux bataillons de la nouvelle armée centrafricaine (FACA) mais ces 1300 hommes prêts à affronter les milices armées et à défendre les institutions se sont retrouvés sans armes ni équipement, l’Union européenne n’ayant pas pour mandat de les leur fournir.
Le président Touadéra s’est alors adressé à Emmanuel Macron et lui fait part de ses besoins. Le président français a suggéré de doter les FACA d’une cargaison d’armes saisies au large de la Somalie, des armes destinées aux « shebabs », les milices islamistes qui sévissent sur les côtes de l’Océan Indien. Cette livraison aurait été assurée par les Français, moyennant l’accord des autres pays membres du Conseil de sécurité. Lorsque Faustin-Archange Touadéra s’adressa aux cinq membres du Conseil de Sécurité, la Russie mit son veto, arguant que des armes destinées à des groupes terroristes devaient être détruites et non recyclées…Ce veto fut assorti d’une offre : Moscou proposa, gratuitement, de fournir les armes nécessaires à l’équipement des deux bataillons. A condition, une fois de plus, que les autres membres du Conseil de sécurité marquent leur accord. Ce qui fut obtenu, sans trop de peine : après une rencontre à Sotchi entre le président centrafricain et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, Moscou demanda officiellement au Conseil de sécurité une dérogation à l’embargo sur les armes à destination de la Centrafrique afin de pouvoir faire un don de matériel militaire et de pouvoir entraîner les FACA à l’utilisation de ces armes. Le feu vert ayant été accordé en décembre, c’est le 26 janvier qu’un Iliouchine de l’armée russe effectua une première livraison, déposant à Bangui des lance-roquettes, des mitrailleuses, des fusils automatiques et des pistolets. Les formateurs allaient suivre et le 31 mars dernier un premier contingent de 200 hommes fut présenté au président Touadéra.
Mais les Russes n’allaient pas se contenter du rôle somme toute limité réservé aux formateurs militaires : des forces spéciales allaient suivre, des hommes chargés de la protection du président et des institutions, chargés aussi de régler, à leur manière, la question des groupes armés. Selon certaines sources à Bangui, les méthodes des Russes sont particulières : ils commencent par proposer aux miliciens de leur racheter leur arme et en cas de refus, la menace suit très vite « nous avons les moyens de vous liquider… »
Une centaine au début de l’année, les formateurs et conseillers russes seraient déjà près d’un millier. Certains seraient dispersés ©dans la capitale sous couvert de gardiennage et d’autres, les plus officiels, sont installés dans l’ancien palais du président Bokassa à Berengo où ils s’emploient à remettre en état la piste d’aviation…

27 avril 2018

Faustin-Archange Touadera: les Russes ne sont pas venus clandestinement

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INterview du président de Centrafrique, Faustin-Archange Touadera

Elu démocratiquement après une crise extrêmement grave, vous avez du vous atteler à la reconstruction et la pacification du pays. A ce stade, quel est votre bilan ?
Infrastructures détruites, conflits entre communautés qui dégénéraient en conflits professionnels, grave insécurité créée par quatorze groupes armés écumant les ressources du pays… Nous avons du faire face à de nombreux problèmes simultanés…Dans un premier temps, il fallait de toute urgence rassurer la population, reconstruire les écoles et les hôpitaux, fournir de l’eau potable. Et aussi mettre en place une armée professionnelle, républicaine, apolitique, au service de l’ensemble de la population. Il nous fallait aussi entamer la réconciliation nationale et retirer les armes des mains des groupes armés.
Durant deux ans, il ya eu de réelles avancées, nous avons mis en œuvre un plan de relèvement et de consolidation de la paix. En 2016 déjà j’étais venu à Bruxelles pour demander l’aide de nos partenaires de l’Union européenne et de la Banque mondiale et même si les processus de décaissement sont encore trop lents, nous avons été soutenus…
Mais il est vrai que les groupes armés sont toujours là, et dans ce contexte, j’ai entamé avec eux un processus de dialogue pour les convaincre de déposer les armes. Nous avons aussi un processus en cours avec l’Union africaine, la paix se construit progressivement, elle ne se fera pas du jour au lendemain… Mais il y a encore des groupes qui prennent la population en otages, rançonnent les commerçants, imposent des taxes de gardiennage. C’est pour cela que, voici deux semaines, la MINUSCA (Mission des Nations unies pour la Centrafrique) s’était donné pour tâche de désarmer les miliciens dans le quartier PK5 à Bangui. Cependant, l’opération n’a pas réussi à mettre la main sur les responsables de ce groupe de bandits. Vous savez, ces gens fonctionnent comme la mafia : pratiquant la manipulation, ils ont dénoncé le massacre de civils et des jeunes du quartier ont été poussés en avant afin qu’ils attaquent le contingent rwandais…. Cette opération de police n’avait cependant rien de confessionnel ou politique.

Etes vous satisfait du travail de la MINUSCA ?
Aujourd’hui, la seule force qui assure la protection de la population c’est la Minusca, qui a pris le relais de la force française Sangarispartie en octobre 2016. Beaucoup de troupes ont quitté le pays : à l’est il y avait une force américaine qui traquait la LRA (Lords Resistancearmy, mouvement rebelle ougandais) aux côtés de l’armée ougandaise, mais la mission est terminée. Au sein même de la Minusca, il y a eu des départs forcés : le contingent de la RDC, au centre du pays, a duêtre rappelé de même que des soldats envoyés par le Congo Brazzaville. Ces retraits ont affaibli les capacités de la Minusca et créé un appel d’air, notamment à l’Est : des groupes armés sont revenus dans des zones riches en or, en diamant, sur des axes de transhumance ils volent du bétail ou imposent des taxes. Malgré nos offres de dialogue, certains de ces groupes armés ne sont pas intéressés par la paix, car ils veulent continuer à alimenter les circuits mafieux, à s’enrichir…Il faut donc couper leurs sources de ravitaillement…Je peux vous assurer que beaucoup de ces ex combattants sont fatigués, prêts à rendre les armes…

Pourraient ils bénéficier de l’amnistie ?
Cela n’est pas le vœu de la population centrafricaine.
Elle veut la réparation, et l’a exprimé lors du forum organisé à Bangui où il y a eu consultation à la base. La population ne veut pas que l’on passe l’éponge, elle veut que la justice s’exerce pour éviter ces crises à répétition, y compris la justice transitionnelle, qui prévoit la réconciliation au niveau des communautés…

Quelle est la genèse de l’arrivée des Russes à Bangui, qui a défrayé la chronique ?
C’est très simple : nous sommes en train de construire une nouvelle armée, professionnelle, républicaine, apolitique, capable d’assurer la sécurité et bénéficiant de la confiance de la population. Via le programme Eutem, l’Union européenne nous a aidés à former deux bataillons, soit deux fois 650 hommes plus un troisième bataillon encore en formation. Mais ces soldats, leur formation terminée, avaient besoin d’armes, d’équipements. Nous nous sommes adressés aux pays amis et la Fédération de Russie a accepté de nous livrer des armes gratuitement. Cela n’a pas été fait clandestinement : le Conseil de Sécurité s’est réuni pour l’occasion et a levé partiellement l’embargo sur les armes qui frappait notre pays et cela afin que nos bataillons formés par la mission européenne puissent être équipés. Les traités de l’Union européenne ne permettent pas ce type d’assistance, même si des Etats membres peuvent nous aider à titre bilatéral. Toujours est-il qu’à Bangui, tous nos partenaires ont été informés de cette assistance proposée par la Fédération de Russie, et que celle-ci a été approuvée par le Comité des sanctions de l’ ONU et par le Conseil de Sécurité.

Avec des armes sont venus des instructeurs…

Avec pour mission d’enseigner le maniement des armes que nous avions reçues, sont venus 175 instructeurs, ils forment nos militaires. Dans notre situation, nous ne pouvons pas refuser qu’on nous apporte un tel soutien puisque nos bataillons, soit 1300 hommes sont déjà formés et attendent leur équipement…D’autres partenaires comme le Rwanda, la Guinée équatoriale ont aussi formé certains de nos militaires, mais c’est la mission européenne Eutem qui a la responsabilité de superviser et d’unifier ces forces avant que nos hommes soient déployés sur le terrain…Nous ne fermons pas la porte : en plus des armes, nous avons besoin de la logistique et nous espérons que d’autres pays amis veuillent bien nous accompagner. Dans la situation actuelle,nous demandons l’appui de tout le monde. Les Etats Unis vont aussi nous appuyer sur le plan logistique en nous fournissant des véhicules, la Belgique aussi nous a fait un don…
Quelle est la réaction de la France face à ces aides qui viennent de plusieurs côtés ?
Nous avons de très bonnes relations avec la France. La France nous appuie dans beaucoup de domaines, dont le rétablissement de l’autorité de l’Etat. Grâce au président Macron nous avons pu lancer un programme de formation de 200 agents chargés de l’administration territoriale qui seront déployés dans les préfectures à l’intérieur du pays ; la France nous aide aussi à former le bataillon « amphibie » qui contrôlera nos fleuves et nos rivières. C’est l’intervention française Sangaris, décidée par le président Hollande, qui a stoppé les violences.

Dans le contexte actuel, n’avez-vous pas de crainte pour votre sécurité personnelle ?
Nous sommes en train de reconstruire la sécurité pour tous les Centrafricains, y compris le président de la République…. La protection des institutions et celle des citoyens incombe en ce moment à la Minusca, une partie du contingent rwandais assure ma sécurité, mais la police et l’armée que nous sommes en train de rebâtir devront prendre le relais. Le pays est vaste et, compte tenu des différents départs, nous avons demandé aux Nations unies d’augmenter la capacité de la Minusca qui compte aujourd’hui 12.000 hommes…

En plus de sa situation stratégique, les ressources naturelles de la Centrafrique ne sont-elles pas en train de replacer votre pays au centre de la carte de l’Afrique ?

Effectivement nous avons 470 « indices miniers »non exploités, de l’or et du diamant extraits de manière artisanale, ce qui fournit très peu de ressources tandis que la partie est du pays est toujours sous embargo, ce qui favorise les pratiques illégales…Auprès de nos partenaires européens je vais aussi insister sur le fait que la stabilité de toute la sous région dépend du rétablissement de la paix en Centrafrique…

27 avril 2018

Centrafrique: les cartes changent de mains

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C’est avec des accents dramatiques que le président de la République centrafricaine, s’exprimant devant l’Assemblée générale de l’ONU, a réclamé une implication plus grande de la communauté internationale. Faustin-Archange Touadéra souhaite un renforcement des effectifs de la Minusca qui compte actuellement 12.000 hommes et même un changement du mandat de la force onusienne, afin de passer du maintien de la paix à son imposition. Plusieurs raisons expliquent l’inquiétude exprimée par le chef de l’Etat, un civil élu démocratiquement en 2016, et tout d’abord le fait que la capitale, Bangui, est à nouveau menacée d’une attaque par des chefs de guerre appartenant à la rébellion musulmane. Celle-ci avait pris le pouvoir en 2013 avant d’être chassée par l’opération française Sangaris. Après le départ des Français, jugé prématuré, la Minusca a pris le relais mais l’autorité de l’Etat peine à se rétablir et plusieurs groupes armés ont continué à s’affronter, avec comme enjeu véritable les ressources naturelles du pays, l’or, le diamant, l’uranium, le pétrole….
La tension est montée après les affrontements meurtriers qui ont eu lieu le 10 avril dans le quartier musulman de Bangui, dit P5, où une patrouille de Casques bleus rwandais, accompagnée de militaires centrafricains, a tenté de neutraliser des chefs de gangs locaux. Au cours de cette intervention plusieurs Casques bleus ont été tués (un selon des sources officielles, cinq selon d’autres informations) et 27 personnes ont été abattues, des civils mais peut-être aussi des miliciens. L’ONU a ouvert une enquête sur cette éventuelle bavure qui a radicalisé d’autres chefs de guerre musulmans.
Un autre sujet échauffe les esprits et suscite de nombreuses spéculations : un contingent de militaires russes, appartenant à des forces spéciales, les Spetsnaz, arrivé à Bangui avec pour mission officielle de former les militaires centrafricains à l’usage de matériel militaire fourni par la Russie (lance roquettes, mitrailleuses, fusils automatiques et pistolets) Cette livraison, dont la première tranche a eu lieu de 26 janvier dernier, avait obtenu l’assentiment du Conseil de Sécurité, afin d’équiper les premiers bataillons des Forces armées centrafricaines (FACA). Ces militaires formés par une mission européenne EUTEM demeuraient frappés par l’embargo sur les armes et obligés de s’entraîner avec des bouts de bois !
L’arrivée des Russes –une centaine au départ, plus d’un millier à l’heure actuelle-a changé la donne : non contents de s’installer dans l’ancien palais de la famille Bokassa à Berengo, ils sont devenus très visibles dans la capitale, qu’il s’agisse des ministères ou de la résidence personnelle du président Touadéra. Alors que la sécurité rapprochée du président était jusqu’à présent assurée par des Casques bleus rwandais, qui avaient aussi occupé la rive du fleuve Oubangui qui forme la frontière avec la RDC, les « conseillers » russes ont pris leur place et désormais, ce sont ces experts là qui contrôleraient les systèmes de communication de la Centrafrique. Au grand dam des Rwandais qui, à Bangui, surveillaient aussi les réfugiés hutus arrivés en Centrafrique depuis 1994. Au grand dam aussi des Français, qui craignent d’être évincés de leur ancienne colonie qui fut longtemps un bastion militaire aux portes du Niger et de ses gisements d’uranium…

24 avril 2018

Quand l’or du Kivu passe au dessus de la tête des habitants de Luhwindja

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Luhwindja, Sud Kivu,

Labourée par les camion citernes, déchirée par le passage des lourds engins de chantier transportés sur des semi remorques, la route, que les pluies diluviennes transforment en piste boueuse, ne monte pas plus haut que Luhwindja. Tout en haut de la colline, on aperçoit les barrières qui ferment l’entrée de la mine exploite par l’entreprise canadienne Banro. Là bas, on ne passe plus, l’exploitation industrielle de l’or du Kivu a chassé les paysans qui ont du se replier plus bas dans la vallée. Les déversements de mercure ont aussi empoisonné les cours d’ eau où s’abreuvait le bétail et la terre des sommets a été retournée comme une crêpe par des excavatrices géantes, fouaillée, égrenée jusqu’à ce qu’elle livre les paillettes dorées qui seront fondues sur place et transformées en lingots. Les gens de Luhwindja, eux, descendent chaque matin vers la rivière en glissant dans la boue, bottés, harnachés, transportant des pelles et des pioches. Durant des heures, sur le carré minier qu’on leur a laissé au fond de la vallée, il creusent des galeries mal étançonnées où seuls peuvent se glisser de jeunes garçons minces comme des anguilles; ils tamisent la terre sur la rive, essaient de recueillir eux aussi quelques milligrammes de cet or qui est à la fois la richesse et la malédiction de la région. Chaque soir, un petit avion quitte les sommets où se trouve la mine industrielle. Il prend la direction de Bukavu et de l’héliport aménagé au pied du l’hôtel Orchids où se réunissent régulièrement les grands opérateurs miniers. Appuyés sur leur pelle, les creuseurs suivent l’appareil des yeux « c’est notre or, transformé en lingots, qui part ainsi vers l’étranger, et nous, on ne nous laisse rien, sauf quelques miettes ». Il savent que l’entreprise ne s’arrêtera pas aux sommets, que la terre de leurs ancêtres, de Twangiza jusque Kamituga en passant par Lugushwa et Namoya sera systématiquement broyée et que sur ces vastes étendues devenues stériles, il ne restera rien pour les populations locales.
Mais en attendant, tout en remâchant sa colère, on vit, on s’accroche. Chribagula, trop vieux pour descendre vers la mine, est assis sur ses casiers de bière et attend le retour des creuseurs. Parmi ses sept enfants, il a du choisir celui qui ira à l’école, et les autres, faute de moyens, deviendront creuseurs à leur tout. Plantées le long de la route, des cahutes proposent de la bière, des brochettes, des bananes. Des femmes, véritables bêtes de somme, transportent vers les hauteurs des sacs plus hauts qu’elles ou descendent du ravitaillement vers le site minier. En fin d’après midi, des filles en perruque, serrées dans des pagnes bariolés se glissent entre les cabanes. Tenant à la main leurs escarpins pointus, elles trébuchent dans la boue mais sourient d’un air engageant. C’est qu’à la tombée de la nuit, alors que la musique se fait plus forte, les creuseurs vont remonter. Il sera temps alors de délester les plus chanceux, le temps d’une passe sur des châlits de bois dépourvus de matelas.
La taille mince, la mine arrogante avec ses boucles d’oreille et son pull neuf, Angeline Bubanza, 22 ans, regarde de haut ses consoeurs d’hier. Elle toise les hommes sans baisser le regard, décourageant les plus entreprenants en leur assénant « comment osez vous me proposer 5000 francs congolais pour une passe (moins de trois dollars…)… alors que moi, en réparant un chassis de voiture, je gagne 15 dollars facilement ? » Dans les locaux d’Action pour la promotion de l’enfant et de la femme, APEF, une organisation locale mise sur pied par le docteur Mukwege qui vient quelquefois saluer ses anciennes patientes, Angeline est fière de retracer son parcours.
Son père est mort alors qu’elle avait neuf ans et, à quinze ans, alors qu’elle était en deuxième année du secondaire, sa mère n’a plus pu payer ses frais scolaires. « Même mon uniforme, que je lavais le soir pour le remettre le matin, tombait en morceaux…Je ne pouvais plus continuer. C’est alors qu’une voisine m’a proposé de l’accompagner au carré minier. Couchant avec des mineurs, j’ai pu m’acheter des robes, des souliers; je ne demandais que 1500 francs congolais (un dollar), mais en travaillant beaucoup, j’arrivais à gagner quelque chose. J’avais quinze ans lorsque je me suis retrouvée enceinte, des dizaines d’hommes auraient pu être le père de ce garçon. Un an plus tard, une fille est arrivée, et j’ai commencé à avoir des infections… C’est alors que l’APEF m’a contactée, me proposant de suivre des cours. Au lieu de la couture, de la vannerie, j’ai choisi la mécanique, nous étions huit filles et 46 garçons et cela me plaisait, on étudiait de 8h du matin jusque 15 heures. Par chance j’avais échappé au sida et, après avoir été soignée, j’ai pu faire un stage dans un garage à Bukavu. »
Sans sourire, le regard sévère, Angeline assure : « là, j’ai montré que j’étais la meilleure et je suis devenue le chef d’une équipe de 13 garçons. J’ai appris à me faire respecter. Aujourd’hui, je suis contremaître dans un atelier où on répare des voitures, des camions. Les femmes en sont capables, autant sinon plus que les hommes… »
La taille haute, pressée de retourner au travail, Angeline conclut : « APEF m’a donnée de la valeur… La preuve, comme je gagnais ma vie, j’ai trouvé un « mari légal » avec lequel j’ai eu deux autres enfants. Ils sont donc quatre, et ils iront tous à l’école, je vous l’assure… »
Partout, au Sud Kivu et ailleurs, des associations locales, soutenues par l’aide étrangère, tentent ainsi d’aider les plus pauvres, les plus abandonnés des Congolais.
Absent à Genève où se retrouvaient les donateurs, le gouvernement congolais n’est pas présent à Luhwindja non plus, sauf pour percevoir les taxes routières et multiplier les tracas, tandis que les redevances de Banro, lorsqu’elles sont payées, vont directement à Kinshasa.

18 avril 2018

She Okitundu explique les griefs du Congo à l’égard de Didier Reynders

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Interview de Léonard She Okitundu, vice-Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo

Bien que comptant 4,5 millions de déplacés et plusieurs foyers de violence, la République démocratique du Congo refuse de figurer sur le même rang que la Syrie ou le Yémen et a réussi à faire baisser le niveau d’urgence « L3 » qui lui avait été attribué par l’ONU, une mesure symbolique mais aussi administrative permettant d’ouvrir certains « tiroirs » d’accès à une aide d’urgence renforcée. En outre, Kinshasa a choisi de bouder la conférence des donateurs qui avait été convoquée à Genève à l’initiative des Nations unies et des Pays Bas et qui a réuni des promesses d’aide pour un montant de quelque 500 millions de dollars, au lieu de 1,7 milliards initialement prévus.
Très critiqué pour cette politique de la chaise vide, tant par l’opposition congolaise et la société civile que par les milieux humanitaires, le Ministre des Affaires étrangères congolais She Okitundu explique cette décision à l’occasion d’une interview exclusive et il détaille aussi les raisons de la brouille entre Kinshasa et Bruxelles.

Si nous ne sommes pas allés à Genève, c’est tout simplement parce que nous n’avions pas été consultés, ni associés à la préparation de cette conférence. Nous ne sommes pas du tout opposés aux initiatives humanitaires, mais nous désirons être partie prenante… Or cette réunion s’est faite sans nous…Nous avons eu le sentiment que l’ampleur de la crise a été délibérément exagérée par la communauté internationale… Dans quel but, nous l’ignorons… Nous soupçonnons des manœuvres…De toutes façons, nous avons-nous même débloqué 100 millions de dollars pour répondre aux besoins humanitaires de notre population et nous prendrons nos responsabilités en ce sens…Tout porte à croire que pour certains partenaires à Kinshasa il n’y a pas d’institutions dans ce pays… .Alors on se plaît à vouloir du bien du Congo sans les congolais. Et quand on enregistre des réactions, on se réveille et se confond en excuses. Ça doit cesser . Ce qui ne se fait pas ailleurs ne se fera plus en RDC.

Pouvez vous retracer l’historique de la brouille avec la Belgique ? Remonte-t-elle à la conférence qui s’est tenue à Genval, durant l’été 2016, où s’est constitué de Rassemblement de l’opposition congolaise ?

Nous avons alors eu le sentiment que cette réunion était dirigée contre les autorités du pays et qu’elle avait la bénédiction des autorités belges…

Mais l’opposition congolaise a toujours choisi la Belgique comme caisse de résonance, il n’y a là rien de neuf…

Certes, mais ici, le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders a pratiquement donné sa bénédiction personnelle à cette réunion…D’autres incidents ont suivi. Savez vous que la Belgique a activement mené une action de lobbying contre l’admission de la RDC à la Commission des droits de l’homme de l’ONU, prenant contact avec plusieurs pays pour qu’ils votent contre nous ?
Nous avons appris cela lorsqu’un émissaire d’un pays africain frère est venu à Kinshasa pour nous informer de cette action négative !
Sur instruction du Président Kabila, j’ai alors pris mon bâton de pèlerin, et je suis allé en Asie, en Amérique latine et ailleurs pour plaider la cause de la RDC et nous avons finalement obtenu une majorité de votes en notre faveur , ce qui a représenté un succès diplomatique important…Mais de la part de la Belgique, nous avons jugé qu’il s’agissait d’une démarche particulièrement hostile. Par ailleurs, l’an dernier, lors de la nomination du Premier Ministre Bruno Tshibala, le ministre Reynders s’est clairement prononcé contre cette nomination, estimant qu’elle n’était pas conforme à l’accord de la Saint Sylvestre, et ces propos nous ont choqués.
Par la suite, après la première marche des laïcs chrétiens, (ndlr. qui a eu lieu fin décembre et a été durement réprimée) le ministre de la Coopération a décidé, de manière unilatérale, de réaffecter une partie de l’aide, soit 25 millions de dollars. Alors que nos accords de partenariat avec la Belgique prévoient des mécanismes de concertation, rien de tout cela n’a joué ; la Belgique a décidé toute seule de nous sanctionner et elle a invité ses partenaires européens à faire de même…

Est-ce pour cette raison que vous avez décidé de fermer la maison Schengen, qui délivre des visas aux ressortissants congolais pour le compte de 18 pays européens ?
Si nous avons pris cette décision, c’est parce que ce système ne fonctionnait plus conformément aux termes de référence de départ. Les délais d’attente étaient longs, les visas étaient souvent refusés… Il faut savoir que cette maison Schengen, gérée par des fonctionnaires belges, n’était pas très populaire aux yeux de l’opinion congolaise.
Sous cet angle , il s’agissait moins d’ une chancellerie qui offre des visas qu’un instrument d’ingérence politique, distribuant les visas selon des visées politiques, au point de frustrer même d’autres États membres. Sous cet angle, la RDC était devenue un cas d’école. Ça devait cesser.

Peut-être, mais aujourd’hui sa fermeture pénalise un grand nombre de citoyens congolais désireux de voyager en Europe et c’est finalement contre vos compatriotes que se retourne cette décision…

Il est vrai qu’il faudra trouver une solution, même si certains pays européens ont déjà commencé à délivrer des visas séparément. Une réunion a déjà eu lieu à Kinshasa entre des experts belges et congolais et une autre rencontre, celle de la réciprocité, devait avoir lieu à Bruxelles. Mais deux des personnes qui auraient du y représenter la RDC, dont le chef de l’Agence nationale de renseignements, sont sous le coup de sanctions décidées par l’Union européenne. Nous avons demandé à la Belgique de faire lever ces sanctions pour l’occasion mais cela nous a été refusé. On nous a proposé de tenir cette réunion dans un pays tiers, ce que nous ne voulons pas car il s’agît d’un sujet bilatéral…On en est là…

Vous avez aussi décidé de suspendre les activités de l’agence belge de coopération Enabel, et même interdit aux ONG congolaises de fonctionner avec de l’argent d’origine belge… Tout cela n’est pas très amical non plus…

Il s ’agît effectivement de mesures de rétorsion, nous sommes un pays souverain, nous voulons être traités avec respect. Je considère que, compte tenu de tout ce qui précède, la balle se trouve désormais dans le camp de la Belgique, à elle de faire un geste.

On a le sentiment que vos critiques s’adressent surtout à Didier Reynders, le ministre belge des Affaires étrangères…
C’est tout à fait exact. Tout porte à croire que la Belgique a levé l’option de tourner le dos aux autorités en place à Kinshasa et même de leur trouver une alternative. C’est même pire que du temps de Karel de Gucht avec lequel nous avions eu des heurts ponctuels. On a l’impression que l’acteur principal de la diplomatie belge est à la manœuvre contre nous et cela nous pose un problème notamment par une « diplomatie twitter » et « du mégaphone » qui est hors des règles de l’art.

Heureusement, des canaux de communication subsistent et le Premier Ministre Charles Michel s’est déjà entretenu à plusieurs reprises avec le président Kabila, les ponts ne sont donc pas rompus. Il faudra trouver une solution à la crise actuelle… Nous la regrettons, mais nous continuons à aller de l’avant. C’est aux Belges qu’il appartient de donner la preuve du contraire aujourd’hui, en cessant leur ingérence et en reconstruisant l’avenir des rapports bilatéraux sans complexes .

Pourquoi les marches des chrétiens ont-elles été aussi durement réprimées ? On a tiré avec des armes à feu sur des manifestants pacifiques…

Mais ces manifestations n’avaient pas été autorisées ! Chez vous aussi, lorsqu’une manifestation est programmée, il y a discussion préalable avec les autorités, on se met d’accord sur l’itinéraire, sur le point d’aboutissement des cortèges. Ici, il n’y a rien eu de tout cela. Pas de concertation préalable, on se contentait de nous dire que les gens allaient sortir des églises, donc marcher depuis de nombreux points différents…En fait, les manifestants voulaient converger vers l ’Assemblée nationale, avec tout ce que cela signifie…

Les élections auront-elles lieu à la date prévue, le 23 décembre prochain ?

Le processus est en cours, la Commission électorale avance bien, en juin prochain, elle enregistrera le dépôt des candidatures à tous les scrutins, ce sera un moment important. Quant à la « machine à voter », qui fait couler beaucoup d’encre, elle procède de l’Accord qui a recommandé a la CENI la rationalisation des mécanismes d’organisation des élections , mais également de la Constitution qui confère à la seule CENI les compétences en la matière.
Par ailleurs, sait-on le coût politique et financier de l’alternative à la machine à voter aujourd’hui ?
Pour le reste, les portes de la CENI sont restées ouvertes pour les observations pertinentes sur la machine à Voter.

Mais les élections auront lieu comme prévu, je peux vous l’assurer…Dans cette direction, nous avons le soutien explicite de pays importants comme les Etats Unis et la Grande Bretagne, qui ne veulent aucune aventure…

Propos recueillis à Kinshasa

4 avril 2018

L’opposition congolaise se met en ordre de marche

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L’opposition congolaise se met en ordre de marche, acceptant ainsi l’hypothèse d’élections prévues pour le 23 décembre prochain. Ce qui fait reculer l’option d’une « transition sans Kabila » qui passerait par la défénestration, à hauts risques, d’un président hors mandat qui contrôle toujours les forces armées et l’appareil de sécurité.
Quinze jours après que Moïse Katumbi, le principal opposant à Kabila, a lancé depuis Johannesbourg le mouvement « Ensemble » dont il est le président, Félix Tshisekedi, fils du fondateur de l’UDPS a été élu haut la main à la tête du parti, prenant la succession de son père décédé à Bruxelles le 1er février 2017 et dont la dépouille n’a toujours pas été rapatriée.
C’est à l’issue d’un congrès extraordinaire de l’Union pour la démocratie et le progrès social, un parti d’opposition créé au début des années 80 pour lutter contre Mobutu que Félix Antoine Tshilombo, 54 ans, a été plébiscité président du parti par 793 délégués sur un total de 803 présents, qui ont voté pour lui à main levée. Celui que l’on appelle communément « Fatshi » et qui a passé l’essentiel de sa vie en Belgique est marié, père de cinq enfants et se prévaut d’un diplôme en marketing et télécommunications, une formation que de nombreux militants du parti jugent insuffisante pour briguer la magistrature suprême. En effet, M. Tshisekedi a bien l’intention de poser sa candidature au poste de président, où il rencontrera un rival plus connu et plus populaire que lui, Moïse Katumbi, autre figure marquante du rassemblement de l’opposition qui avait vu le jour à Genval durant l’été 2017. Une réunion que le pouvoir de Kabila n’avait jamais pardonné aux Belges, les accusant d’avoir téléguidé l’opposition…
M. Katumbi, allié obligé de Félix Tshisekedi avant de devenir son rival lorsque s’ouvrira la campagne, a félicité ce dernier pour « sa brillante élection » et la réussite du congrès de son parti.
Les deux hommes, qui se préparent à affronter un Kabila qui n’a pas encore annoncé le nom de son dauphin et qui laisse toujours planer le doute à propos de ses intentions (les dépôts de candidatures sont prévus pour juin prochain) rencontrent déjà de sérieux problèmes.
Pour Félix Tshisekedi, la fronde au sein de son parti représente la principale difficulté : une aile dirigée par l’actuel premier ministre Bruno Tshibala et représentée par Tharcisse Loseke espère toujours l’annulation des résultats du congrès et la remise en cause des résultats du vote. Une autre aile de l’UDPS représentée par Valentin Mubake ne reconnaît pas non plus les résultats du congrès.
Ces différends portent sur la procédure de vote (à main levée…) mais aussi sur la personnalité de Félix Tshisekedi. Ce dernier en effet ne s’est jamais distingué dans son pays par un engagement politique déterminé et même en Belgique où il résidait avec sa famille, , des militants « historiques » de l’UDPS assurent ne jamais l’avoir croisé lors des manifestations de l’opposition…A la différence d’un homme comme l’actuel Premier Ministre Bruno Tshibala, qui avant sa nomination considérée comme une trahison par ses anciens alliés avait été l’un des plus fidèles compagnons de route de feu Etienne Tshisekedi. Actuellement, l’aile Tshisekedi ayant été considérée par le Comité de suivi de la transition comme dépositaire légitime du nom du parti, on peut imaginer que, dans les temps à venir, les dissidents se rallieront à l’aile majoritaire, quitte à la noyauter et à susciter des frondes internes…
Quant à Moïse Katumbi, le plus populaire des opposants politiques congolais et qui dispose d’importants soutiens à l’étranger, un récent sondage (Berci) le créditait de 24% des intentions de vote. Son ascension politique est cependant freinée par un problème qui n’est pas seulement juridique, mais sentimental : non seulement M. Katumbi est métis (ce qui, au Congo rend difficile l’exercice du pouvoir suprême) mais durant de longues années il a disposé de la nationalité italienne, ce qui l’empêcherait de se présenter comme candidat à la présidence de la République. D’ores et déjà, les médias et les partisans du parti présidentiel utilisent à fond cet argument pour discréditer davantage un homme qui, craignant d’être arrêté ou victime d’un attentat d’est plus rentré dans son pays depuis deux ans mais a profité de cet exil forcé pour activer de nombreux réseaux de soutien à l’étranger, bénéficiant ainsi du relatif isolement du pouvoir.
Un isolement qui vient de se traduire par une nouvelle manifestation de souverainisme : Kinshasa a annoncé officiellement que la RDC ne serait pas représentée à une importante conférence des donateurs qui doit se tenir le 13 avril prochain à Genève, estimant que placer le Congo, -qui compte 4,5 millions de déplacés- au niveau 3 des urgences humanitaires étant pour le moins excessif et aurait du se faire en concertation avec les autorités…

2 avril 2018

Le courage des militaires contraste parfois avec la légèreté des politiques

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L’abnégation dont a fait preuve Arnaud Beltrame, cet officier français qui s’est sacrifié pour sauver la vie d’une otage a soulevé l’émotion générale et suscité de nombreux commentaires à propos de son courage, de son engagement, de son héroïsme. Il n’est pas inutile de rappeler à l’occasion que dans tous les pays et plus particulièrement dans de grands Etats tels que la France, les armées nationales accueillent et forment des hommes d’exception, sélectionnés précisément pour leurs qualités hors du commun. Des qualités physiques, multipliées par des entraînements extraordinairement rigoureux, des qualités intellectuelles mais aussi un sens aigu du devoir. Sans oublier cette qualité peu à la mode de nos jours, le patriotisme, qui incite à donner tout son sens au mot « servir » sinon à sacrifier son existence. .
Parmi ces hommes se retrouve l’élite d’une nation, une élite qui, en plus, se trouve, par définition, assignée à l’obéissance et… au silence. C’est pourquoi la vie de tels hommes ne peut être galvaudée. Ni dans des opérations imprudentes, hâtivement décidées, ni, pire encore, dans des opérations moralement et politiquement douteuses.
Or on constate, en France, aux Etats Unis et dans d’autres grandes démocraties, que les politiques engagent souvent à la légère la vie de troupes qui n’ont d’autre choix qu’obéir et se taire. Faut-il rappeler à propos du Rwanda les révélations du capitaine Ancel, du lieutenant Thierry Prugnaud ? Des hommes d’élite qui, envoyés au Rwanda en 1994, pour une mission ambigüe, se retrouvèrent non aux côtés des victimes mais acclamés par les tueurs, les auteurs du génocide dont ils apparurent, bien malgré eux, comme les alliés objectifs ? Ce sont des politiques, pour des objectifs purement géopolitiques, qui les avaient obligés à ce compagnonnage infâme, dont beaucoup revinrent avec des blessures psychologiques inguérissables ?
Faut il rappeler d’autres opérations tout aussi contestables ? La guerre contre l’Irak, à laquelle la France, tout à son honneur, ne prit pas part, la guerre en Libye et l’assassinat du colonel Kadhafi, dont on mesure aujourd’hui les mobiles peu avouables, voire l’intervention en Côte d’Ivoire dont on mesurera un jour les motivations exactes.
Dans toutes ces occasions, des politiques, en leur âme et conscience, engagent la vie des militaires de leur pays. Mesurent ils à quel point ces hommes sont confrontés au sacrifice suprême ? A quel point c’est faire injure à leur compétence, à leur courage et parfois leur héroïsme que les engager dans des opérations « tordues » ou discutables ?
La lutte contre le terrorisme, la protection des civils, le rétablissement ou le maintien de la paix, voilà des causes qui ne souffrent aucune contestation. Mais il en est tant d’autres, pour lesquelles on envoie au feu l’élite d’une nation, sur base de calculs politiques ou d’intérêts inavouables…Lorsque l’héroïsme des hommes en uniforme contraste avec la légèreté des politiques, c’est la cohésion nationale qui s’en trouve ébranlée…