2 avril 2018

Le courage des militaires contraste parfois avec la légèreté des politiques

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L’abnégation dont a fait preuve Arnaud Beltrame, cet officier français qui s’est sacrifié pour sauver la vie d’une otage a soulevé l’émotion générale et suscité de nombreux commentaires à propos de son courage, de son engagement, de son héroïsme. Il n’est pas inutile de rappeler à l’occasion que dans tous les pays et plus particulièrement dans de grands Etats tels que la France, les armées nationales accueillent et forment des hommes d’exception, sélectionnés précisément pour leurs qualités hors du commun. Des qualités physiques, multipliées par des entraînements extraordinairement rigoureux, des qualités intellectuelles mais aussi un sens aigu du devoir. Sans oublier cette qualité peu à la mode de nos jours, le patriotisme, qui incite à donner tout son sens au mot « servir » sinon à sacrifier son existence. .
Parmi ces hommes se retrouve l’élite d’une nation, une élite qui, en plus, se trouve, par définition, assignée à l’obéissance et… au silence. C’est pourquoi la vie de tels hommes ne peut être galvaudée. Ni dans des opérations imprudentes, hâtivement décidées, ni, pire encore, dans des opérations moralement et politiquement douteuses.
Or on constate, en France, aux Etats Unis et dans d’autres grandes démocraties, que les politiques engagent souvent à la légère la vie de troupes qui n’ont d’autre choix qu’obéir et se taire. Faut-il rappeler à propos du Rwanda les révélations du capitaine Ancel, du lieutenant Thierry Prugnaud ? Des hommes d’élite qui, envoyés au Rwanda en 1994, pour une mission ambigüe, se retrouvèrent non aux côtés des victimes mais acclamés par les tueurs, les auteurs du génocide dont ils apparurent, bien malgré eux, comme les alliés objectifs ? Ce sont des politiques, pour des objectifs purement géopolitiques, qui les avaient obligés à ce compagnonnage infâme, dont beaucoup revinrent avec des blessures psychologiques inguérissables ?
Faut il rappeler d’autres opérations tout aussi contestables ? La guerre contre l’Irak, à laquelle la France, tout à son honneur, ne prit pas part, la guerre en Libye et l’assassinat du colonel Kadhafi, dont on mesure aujourd’hui les mobiles peu avouables, voire l’intervention en Côte d’Ivoire dont on mesurera un jour les motivations exactes.
Dans toutes ces occasions, des politiques, en leur âme et conscience, engagent la vie des militaires de leur pays. Mesurent ils à quel point ces hommes sont confrontés au sacrifice suprême ? A quel point c’est faire injure à leur compétence, à leur courage et parfois leur héroïsme que les engager dans des opérations « tordues » ou discutables ?
La lutte contre le terrorisme, la protection des civils, le rétablissement ou le maintien de la paix, voilà des causes qui ne souffrent aucune contestation. Mais il en est tant d’autres, pour lesquelles on envoie au feu l’élite d’une nation, sur base de calculs politiques ou d’intérêts inavouables…Lorsque l’héroïsme des hommes en uniforme contraste avec la légèreté des politiques, c’est la cohésion nationale qui s’en trouve ébranlée…