14 mai 2018

Le parcours mouvementé d’un homme d’affaires

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Durant des années, le journaliste Nestor Kisenga a enquêté sur Moïse Katumbi. Son ouvrage,(1) donne une autre image de l’ancien gouverneur du Katanga : celle d’un homme au parcours sinueux, aux identités plurielles. Son père, Nissim Soriano était un Juif venu de Rhodes, alors italienne, avant la deuxième guerre mondiale. Marié à une Congolaise il se lança dans le commerce du poisson. Katebe Katoto, le frère aîné de Moïse, développa l’entreprise de pêcherie sur le lac Moero, approvisionnant les travailleurs de la Gecamines. C’est en Zambie que les deux frères mènent leurs affaires aux côtés du président Chiluba qui, après deux mandats sera accusé de corruption, avec la complicité de Katebe Katoto qui se réfugiera en Belgique. Passionné de football, Moïse Katumbi prend en 1983 la direction du club de football le T.P. (Tout Puissant Mazambe) qu’il hissera en première division, transformant cette association paroissiale en entreprise commerciale, qui remportera plusieurs fois la Coupe d’Afrique des nations. Revenu d’exil, Moïse Katumbi crée la société MCK (Mining Company Katanga) qui obtient en 2004, au lendemain de la guerre civile, un contrat de prospection du site minier de Kinsevere et il y entame une exploitation artisanale de l’hétérogénite. La densité de cuivre et du cobalt y est exceptionnelle, ce qui permet à Katumbi de revendre le site à la société australienne Anvil Mining, (qui sera impliquée dans le massacre de Kilwa), pour 61 millions de dollars. Par la suite, Anvil revendra l’entreprise aux Chinois, pour un milliard de dollars, MCK touchant sa part des royalties.
Documenté, précis, cet ouvrage trace le portrait d’un homme d’affaires avisé et sans scrupules, un entrepreneur audacieux, servi par la chance, dont les Katangais se souviennent cependant avec nostalgie, car même si la frontière entre le public et le privé était mince, Katumbi, alors qu’il était gouverneur, avait réussi à développer sa province et à lui rendre l‘espoir…

(1) Nestor Kisenga, RDC l’Africain de l’année, l’art de piller propre. Ed. Congo Lobbying