4 juin 2018

Bruxelles capitale diplomatique africaine

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Serait ce pour préparer un très probable siège au Conseil de Sécurité ou pour oublier les déboires avec un Congo qui menace de mettre à l’index les entreprises belges et de frapper le secteur du diamant ? Toujours est il que cette semaine, à l’occasion des Journées internationales du développement organisées par l’Union européenne, Bruxelles est devenue capitale de l’Afrique et haut lieu de la diplomatie régionale. Le président angolais Joao Lourenço a été le premier à débarquer dans la capitale, accompagné d’une importante délégation de ministres et d’hommes d’affaires. Il sera reçu par le Roi Albert II de même que Paul Kagame, le président du Rwanda qui lui succèdera dès mardi. Les présidents du Niger et du Nigeria ainsi que du Ghana seront également présents au cours de la semaine, rejoints par le président de Guinée Alpha Conde.
Les nombreux hommes d’affaires belges qui ont accueilli le président angolais, qui a succédé en 2017 à José Eduardo dos Santos, ont été frappés par sa volonté d’intensifier les relations commerciales entre les deux pays et d’attirer d’éventuels investisseurs. C’est que Joao Lourenço, -parfois appelé le « liquidateur implacable »- entend balayer la corruption qui a terni les 36 ans de règne de son prédécesseur et, sur le plan diplomatique, il veut ouvrir une nouvelle page des relations entre l’Angola et les Etats européens dont la Belgique.
Non seulement il entend créer un climat favorable aux investissements et privatiser certaines entreprises d’Etat mais d’entrée de jeu, il a proposé des accords de réciprocité qui supprimeraient l’obligation de visa entre les deux pays. Pour les hommes d’affaires belges, qui déplorent la glaciation des relations avec Kinshasa et ne sont pas loin d’en faire grief à Didier Reynders, la chaleur des Angolais a représenté un peu de réconfort. Chacun sait aussi qu’à Luanda, où 70% des revenus du pétrole servent à rembourser les grands travaux effectués par les Chinois, un retour des Européens, Portugal en tête, serait bien vu par une opinion qui n’a pas oublié que jamais, même aux pires moments de la guerre civile, ni la Sabena ni Brussels Airlines n’ont interrompu leurs vols hebdomadaires vers l’Angola.
A l’instar de Paul Kagame qui entamera ses entretiens bruxellois dès mardi, les Angolais se montrent soucieux de l’évolution de la situation à Kinshasa et ils craignent de devoir accueillir des flux de réfugiés. Le président Joao Lourenço répète lui aussi que, sans donner ordre ou conseil à quiconque, il soutient la mise en œuvre des accords de la Saint Sylvestre et souhaite une stabilisation de son grand voisin. Celle-ci permettrait, enfin, de mettre en service le chemin de fer qui naguère reliait le Katanga au port angolais de Lobito et qui a été entièrement réhabilité du côté angolais. Selon un homme d’affaires familier de l’Angola la « diplomatie tranquille » de Joao Lourenço a des chances de réussir car cet ancien général n’est pas homme à se laisser impressionner par un Kabila qui, sur toutes ses affiches, arbore désormais une tenue militaire…
Quant aux diplomates belges, ils voient dans cet afflux de chefs d’Etat africains à Bruxelles autant que dans les récentes initiatives d’Emmanuel Macron un soutien discrètement apporté à la fermeté de leur politique congolaise. Intransigeante à l’égard de Kinshasa, exigeant des élections crédibles auxquelles le président sortant ne participerait pas, la Belgique n’a pas ménagé ses efforts pour défendre le bien fondé de sa position de principe et de hauts diplomates belges se sont rendus dans tous les pays voisins du Congo. Le succès des journées du développement et les nombreuses rencontres bilatérales qui accompagneront la présence à Bruxelles de cinq chefs d’Etat africains sont un autre volet de cette diplomatie active qui agace tant l’entourage de Kabila…