4 juin 2018

Joao Lourenco, le nouveau visage de l’Angola

Catégorie Non classé

Après Paris, Bruxelles…Alors que durant des années, l’Angola, puissance régionale et deuxième producteur de pétrole d’Afrique, avait pratiqué une diplomatie discrète sinon inexistante, son nouveau président, Joao Lourenço, 63 ans, entend à nouveau inscrire son pays sur l’agenda international, au grand dam de Kinshasa. A Paris en effet, le président Macron, recevant successivement le président rwandais Kagame puis le nouveau président angolais, élu en septembre 2017 avait apporté son soutien à une éventuelle initiative de ces deux pays par rapport à la République démocratique du Congo.
Cette fois, c’est à l’occasion des Journées du développement que se croiseront à Bruxelles ces deux voisins qui pèsent : Kagame préside l’Union africaine, Lourenço se trouve à la tête du Comité de sécurité de la SADC , qui réunit les pays d’Afrique australe. Si Joao Lourenço inquiète, c’est parce que ce général formé à Moscou après avoir participé à la lutte contre le pouvoir colonial portugais et qui fut secrétaire général du MPLA (Mouvement populaire pour la libération de l’Angola), a déjà démontré que, même s’il fut présenté comme le dauphin du président sortant José Eduardo dos Santos, il entend bien rompre avec le passé.
C’est ainsi qu’il s’est attaqué au népotisme de son prédécesseur : Isabel dos Santos, considérée comme la femme la plus riche d’Afrique, a perdu la présidence de la Sonangol, la société pétrolière nationale et son époux Sindika N’Dokolo, d’origine congolaise, actif dans le commerce des diamants et militant pour le rapatriement des oeuvres d’art africain a du freiner ses ambitions tandis que José Filomeno le fils de Dos Santos a été évincé de la présidence du Fonds souverain angolais. Autrement dit, le nouveau président, loin d’être le docile « Medvedev » de son prédécesseur, entend bien mener sa propre politique et cette leçon est suivie de près par un Joseph Kabila sommé de se trouver un dauphin.
La politique de Joao Lourenço passe par une réorganisation du parti, mais aussi par une diplomatie plus active : alors que dos Santos, un homme secret, fatigué par ses 36 ans de règne, ne voyageait plus que pour se faire soigner, le nouveau président multiplie les contacts en Occident, avec le Portugal et l’Italie, avec la France, -ce qui a permis à la société Total de signer de nouveaux contrats-, tandis que son premier voyage en Belgique le mettra en rapport avec l’industrie du diamant et le port d’Anvers. Quant à Ana Dias, l’épouse de Joao Lourenço, elle représente le lien avec les Etats Unis depuis qu’elle fut économiste à la Banque mondiale.
Ce rapprochement avec les pays occidentaux, cette concertation à propos de la RDC, ne devraient cependant pas faire oublier l’essentiel : Joao Lourenço, même qualifié de modéré, a gardé des liens très étroits avec Moscou, son premier allié militaire, et avec la Chine qui a investi de 40 à 60 milliards de dollars dans l’économie du pays au temps où l’Europe faisait grise mine…