19 juillet 2018

Sans annoncer son départ, Kabila présente son bilan

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« Comprenez mon émotion.. » Est-ce un hasard si le président Kabila, s’adressant solennellement aux deux Chambres réunies et, à travers elles, à la nation tout entière, a repris l’adresse célèbre, prononcée par le président Mobutu lorsqu’il décréta la fin du parti unique, le Mouvement populaire de la révolution, signant ainsi, à terme, sa propre éviction du pouvoir, qui devait intervenir quatre ans plus tard… L’émotion de Joseph Kabila, quoique retenue, était bien réelle mais il fallut attendre la fin de son adresse de plus d’une heure pour la voir affleurer sur le visage d’un homme soudain vieilli, alourdi par des années d’expériences et d’épreuves multiples dont le détail ne fut pas livré.
Ceux qui attendaient un discours de combat furent déçus, ceux qui attendaient l’annonce sensationnelle d’un départ, du choix d’un dauphin, restèrent sur leur faim car Joseph Kabila n’est pas homme à dilapider toutes ses cartes d’un seul geste. De toutes manières, le sablier n’est pas encore vide : la date limite pour le dépôt pour les candidatures à l’élection présidentielle a été fixée au 8 août et d’ici là, quelles que soient les intentions du « Raïs » (le chef en swahili) bien des évènements peuvent encore survenir.
Avant de proclamer sa décision finale, le départ ou une autre prolongation de l’exercice du pouvoir, Joseph Kabila a présenté un bilan exhaustif non pas de son dernier mandat, mais de toute l’action menée depuis cette journée dramatique de janvier 2001, où il fut amené à succéder à Laurent Désiré Kabila, son père assassiné par son garde du corps.
A l’entendre, il est clair que le Congo est revenu de loin ; voici 18 ans, le risque de balkanisation était bien réel, l’économie était en ruines, les institutions à reconstruire. La remontée fut lente, méthodique : elle passa par la pacification du pays, sa réunification, la promulgation d’une nouvelle constitution, l’organisation des premières élections démocratiques en 2006, puis la politique dite des « cinq chantiers » lançant la « révolution de la modernité ».
Joseph Kabila n’a pas l’éloquence d’un tribun, et lorsqu’il invoque sa « passion pour le Congo », il préfère aligner des chiffres : 23.000 km de routes et pistes ont été tracées ou réhabilitées (dont 3400 en asphalte) la navigation sur le fleuve Congo a été relancée, les turbines du barrage d’Inga remises en état, des centrales hydroélectriques ont vu le jour au Kivu…A l’entendre, le Congo des années 2000 était , littéralement, en panne et il a fallu repartir de zéro : réformer la fonction publique, la magistrature, revoir le code minier à l’avantage des Congolais, relancer l’économie toute entière jusqu’à atteindre, en 2018 un taux de croissance de 4,2% ; plus que la moyenne africaine, plus que le 1% de 1960 et le -5% de 1997…Quant au budget de l’Etat, il a lui aussi augmenté de manière significative, passant de 581 millions de dollars en 1997 à 4,6OO millions de dollars aujourd’hui tandis que la RDC a progressé sur l’échelle du développement humain. Ce qui n‘empêche pas d’autres défis, comme la nécessité de maîtriser la croissance démographique, de lutter contre le chômage des jeunes, d’assurer la sécurité publique et de lutter contre l’impunité…
Vers la fin, le discours de Kabila « manager de Congo Inc », une entreprise en pleine croissance appelée RDC, se termina sur d’autres accents. Le regard soudain plus vif, la voix plus animée, le président retrouva des accents nationalistes pour assurer que son pays avait les moyens de financer lui-même le processus électoral à venir, qu’il défendrait, aujourd’hui comme hier son intégrité territoriale et qu’il pouvait faire confiance à ses forces de sécurité et à son armée. Et Kabila assura que son pays pas plus que lui-même n’avaient de leçon à recevoir de personne, et surtout pas de ceux qui avaient « contribué à assassiner la démocratie ».A qui donc faisait il allusion, avant de conclure sur l’évocation émue des « martyrs » que furent le prophète Simon Kimbangu, Patrice Lumumba et son propre père Laurent Désiré Kabila ? Avant de se rasseoir, le visage soudain décomposé par l’émotion ou la fatigue, Kabila fit encore appel au patriotisme de la classe politique et au sens des responsabilités de chacun, avant de saluer l’Assemblée sous les applaudissements. Avec la lenteur et la gravité d’un adieu, mais sans le dire…

17 juillet 2018

L’insulte à Mandela

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Mu par la solidarité panafricaine, le regretté Nelson Mandela, né il y a tout juste 100 ans, avait mis dans l’Afrique des Grands Lacs ce qui lui restait d’énergie : dans ce qui était encore le Zaïre, il avait tenté une médiation de la dernière chance, mais s’était avéré impuissant à garantir, au minimum, un départ honorable pour le président Mobutu. Au Burundi, durant des mois, il avait inlassablement présidé les négociations politiques qui avaient fini par aboutir aux accords de paix d’Arusha et permis une réelle pacification des esprits.

S’il n’y avait que Mandela ! En Afrique centrale, depuis deux décennies, les médiateurs se sont succédé, les guerres meurtrières ont été suivies d’interminables palabres, des négociations ont abouti à des compromis politiques compliqués, la communauté internationale a apporté son aval mais aussi des troupes et des financements. A chaque fois, on a vu l’espoir renaître, les optimistes reprendre du poil de la bête…Et puis… Et puis tout vole en éclats. Voyez le Burundi, voyez le Congo : les accords ne sont pas respectés, les chefs de guerre repartent en campagne, les civils, par millions, sont déplacés ou réfugiés, les économies sont rackettées, les promesses ne sont pas tenues. Les seigneurs de la guerre ne se contentent pas de mettre en coupe leur propre territoire, ils jettent des allumettes sur les brousses voisines, en espérant que la propagation des incendies effacera leurs traces, sinon le souvenir même de leurs crimes. C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui, où l’on constate qu’aucun pays n’est réellement stable, qu’aucune économie n’est vraiment en développement aussi longtemps que toute la région ne l’est pas et que la solidarité entre voisins demeure un vain mot. On avait pu croire que le Rwanda, lui au moins, avait décollé, trouvé un certain équilibre et renoncé aux menées déstabilisatrices du début des années 2000. Or voilà le « bon élève », qui se révèle plus fragile que prévu, jalousé dans ses succès par ses voisins qui encouragent les opposants armés à multiplier les incursions et les provocations.
De tels actes risquent de rouvrir d’anciennes blessures et chacun sait que la riposte sera inévitable : Kagame a beau présider l’Union africaine et prêcher la retenue, il est évident que s’il se décide à répliquer, -et il l’a déjà promis-, la nouvelle guerre fera oublier chez ses voisins les élections non tenues, les mandats abusifs, les sanctions internationales, les turpitudes des uns et des autres…
Cette Afrique centrale à nouveau en crise, dévorée par des pyromanes sans frontières, représente une insulte à la mémoire et aux efforts de Mandela. Et une lancinante question adressée à la Belgique : qu’avons-nous donc légué à nos anciennes colonies pour qu’elles demeurent ainsi en queue du peloton ?

17 juillet 2018

Des infiltrations armées au Rwanda font craindre une guerre régionale

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Le président Kagame n’est pas homme à plaisanter avec la sécurité du Rwanda. Lors de la sortie d’une nouvelle promotion de 180 jeunes officiers formés au camp Gako (où se trouvent 400 militaires américains…) il a rappelé que son armée, bien formée, était préparée à faire face à « toute situation inattendue »…
Lorsque ce discours fut prononcé, une première attaque avait déjà eu lieu au sortir de la forêt de Nyungwe, du côté de Kibeho, non loin de la ville de Butare : un groupe de 60 à 120 combattants avaient tué un chef de village, pillé des magasins et recruté de force des civils pour qu’ils portent le butin. Ces hommes, bien organisés et méthodiques, avaient réussi à s’infiltrer à l’insu des troupes chargées de protéger la frontière entre le Rwanda et le Burundi.Les populations locales n’ont pas soutenu les assaillants, déclarant à un journaliste belge présent sur place, Marc Hoogsteyns, qu’elles refusaient toute aventure et voulaient vivre en paix. A son retour de l’étranger, le président rwandais qui a fait de la sécurité le maître mot de son régime, n’a pas caché sa colère face à cette série d’infiltrations. On en sait un peu plus aujourd’hui sur l’identité des assaillants car une formation appelée le MRCD(Mouvement rwandais pour le changement démocratique) a publié un communiqué dénonçant « la détresse des Rwandais causée par le régime FPR et Kagame à travers les techniques visant à les paupériser et les affamer par une pression fiscale sans précédent, spoliation à grande échelle ainsi que d’autres stratégies cruelles. » Cette formation assure avoir créé un mouvement armé, les Forces nationales de libération (FNL) qui aura pour mission de chasser le Front Patriotique rwandais, au pouvoir depuis sa victoire militaire en 1994 à l’issue du génocide des Tutsis.
Selon des sources locales, le MRCD est né de la convergence de plusieurs organisations opposées au régime rwandais. La première, est le « RNC core », une dissidence du Congrès national rwandais fondé par le général KayumbaNyamwasa, exilé en Afrique du Sud et ancien compagnon de route de Kagame.Kayumba, qui a survécu à plusieurs tentatives d’assassinat, tente depuis des années de nouer des alliances dans la région mais il se serait méfié de la coalition actuelle, où se retrouvent aussi des Hutus réfugiés au Congo depuis 1994, dont le colonel Hamada, un ancien FDLR, (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda)un mouvement armé composé d’anciens « génocidaires » et le PDR-Ihumure de Paul Rusesabagina. Ce dernier, ancien gérant de l’hôtel des Mille Collines, a été rendu célèbre par le film montrant comment il avait abrité des Tutsis dans son hôtel. Longtemps réfugié en Belgique, M. Rusesabagina y a fait fortune en fondant une société de taxis.
SI ces divers mouvements ont pu attaquer le Rwanda au départ du Burundi, c’est parce qu’ils ont bénéficié de divers soutiens dans la région : au Congo, il ont été appuyés par le général Patrick Masunzu, un Tutsi Banyamulenge des haut plateaux farouchement opposé à ses cousins de Kigali ainsi que par la milice Gumino composée de Tutsis de la plaine de la Ruzizi. Des miliciens burundais « Imbonerakure » ont également rejoint le mouvement, car Bujumbura accuse le Rwanda d’abriter des milliers d’opposants au président Nkurunziza tandis que les Congolais « Yakutumba », des guerriers Mai Mai, sont également intervenus, mus par une forte haine à l’encontre de leurs voisins rwandais. Il y a des mois que ces hommes s’entraînent au vu et au su de tous à Bijombo, au dessus de la ville congolaise d’Uvira et ils auraient été rejoints par plusieurs centaines d’anciens militaires rwandais. Mécontents d’avoir du quitter l’armée pour se retrouver dans des sociétés de gardiennage, ces derniers auraient été recrutés depuis l’Ouganda et rejoints par des jeunes du Nord Kivu encouragés par un ancien gouverneur Eugène Serufuli.
Autrement dit, les voisins du Rwanda, l’Ouganda, qui mène un double jeu avec son ancien allié, le Burundi qui n’a rien à perdre et le Congo qui ne peut que profiter d’une nouvelle guerre qui donnerait prétexte à retarder les élections, auraient permis ces infiltrations armées dans un Rwanda isolé qui se compare quelquefois à Israël et où des officiels n’hésitent pas à évoquer la guerre du Kippour…

17 juillet 2018

Kabila verrouille son armée

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Le président Kabila n’est pas un homme à prendre des risques. Quelle que soit la décision qu’il annoncera d’ici le 8 août dans son discours devant les deux Chambres réunies, -se représenter ou non ?- il entend bien verrouiller le système afin que le pouvoir n’échappe pas à la majorité présidentielle et surtout, afin de ne pas être à la merci d’une « surprise » sur le plan militaire. C’est dans ce but qu’a déjà été créé le FCC (Front commun du Congo) une plate forme pro Kabila que l’historien Elikia M’Bokolo vient de rejoindre. Mais c’est surtout pour s’assurer de la fidélité de l’armée qu’a été opéré le dernier remaniement de la hiérarchie militaire, annoncé le week end dernier.
Sage précaution : l’annulation, le 30 juin dernier, du défilé militaire prévu pour célébrer l’anniversaire de l’indépendance, avait suscité différentes interprétations car la répression des manifestations des chrétiens en début d’année avait suscité de la grogne au sein de l’armée.
Le remaniement actuel représente un sévère verrouillage de l’institution militaire : des généraux plus âgés ou formés en Europe comme le général DidierEtumba, (un ancien de l’Ecole royale militaire) a été mis à la retraite et nommé conseiller militaire du chef de l’Etat tandis que le général Denis Kalume a été envoyé à Moscou comme ambassadeur. En revanche, les nouveaux promus, qui tiennent en mains l’institution militaire, ont toute la confiance du chef de l’Etat et partagent avec lui de bien lourds secrets.
La nomination du général John Numbi au poste d’inspecteur général de l’armée représente la plus remarquable des nominations : suspendu durant huit ans après avoir été tenu pour responsable de l’assassinat de Floribert Chebeya, le fondateur de « La Voix des Sans voix », l’ancien chef de la police nationale qui s’était retiré au Katanga, devient inspecteur général de l’armée après avoir été réhabilité voici quelques mois. Le général Numbi, un homme réputé méthodique et inflexible, sera chargé de superviser le fonctionnement de l’ensemble de l’armée. Il faut noter que cet homme fort du Katanga avait entretenu naguère des relations de confiance avec le général rwandais James Kabarebe. En outre, son nom avait été cité lorsqu’en 2016 le milicien Gédéon s’était rallié au président Kabila et que les combattants de ce chef de guerre avaient contribué à réprimer la révolte des Kasaïens.
Un autre Katangais fait partie du verrou sécuritaire : le général Célestin Mbala Munsense, qui remplace le général Etumba à la tête de l’armée congolaise, est lui aussi un proche de Kabila, dont il fut longtemps le chef d’état major particulier.
La nomination du général Gabriel Amisi dit « Tango Four »révèle elle aussi le verrouillage du système : cet ancien rebelle issu des Mai Mai devient le numéro deux des FARDC au titre de chef d’Etat major adjoint chargé des opérations et du renseignement. Après avoir proche de Laurent Nkunda, l’ancien dirigeant d’une rébellion soutenue par le Rwanda, « Tango Four » a laissé de mauvais souvenirs dans l’Est du Congo et en particulier à Kisangani où il prit part à la guerre dite des Six Jours en juin 2000. Depuis lors, toujours très proche de Kabila, le général Amisi a exploité des mines dans l’Est du pays et investi dans le Vita Club, un club de football très populaire à Kinshasa.
Ce train de nominations représente un message politique sans ambiguïté, qu’exprimait voici peu un autre général proche du président, Delphin Kahimbi, en charge du renseignement militaire : « nous sommes arrivés au pouvoir par la force. Que ceux qui souhaitent l’alternance sachent qu’ils ne l’obtiendront ni par les élections ni par des manifestations pacifiques, mais en faisant la même chose que nous. » Le Comité des Laïcs chrétiens qui annonce une nouvelle série de manifestations pacifiques en août prochain sait à quoi il peut s’attendre.

15 juillet 2018

Un bonheur du diable

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Tout d’abord je les ai regardés de loin. Le premier samedi, j’avais même choisi de faire mes courses durant le match contre le Panama. Pas de circulation, pas de files aux caisses. Mais soudain, entre les rayons vides, la Brabançonne a retenti, les rares clients applaudissaient. Je me suis précipitée vers les téléviseurs du rayon des électro ménagers et autres grands écrans pour voir la fin de la première partie et durant l’entracte, j’ai foncé chez des amis qui habitaient tout près du magasin pour voir la suite et célébrer la première victoire. Ils m’ont accueillie en disant : «on ne reste pas seul dans des moments pareils ». Pour le deuxième match, ils avaient prévu des saucisses et des frites, un grand écran sur la terrasse, la bière coulait à flots dans tout le quartier et on s’interpellait de jardin en jardin. « Ensemble » disaient les Diables, nous aussi on était là. Les texto commençaient à arriver du Congo. Dans les bars de Kin, on fêtait Lukaku et Batshuayi, c’était aussi leur victoire. Vive la Belgique et tant pis pour ceux qui voulaient la rupture.
Lors du match contre le Japon, j’avais envie de voir du monde. Au journal c’était trop calme, trop analytique…Des intellectuels.. Je rêvais d’autre chose, j’avais pris goût à l’euphorie. J’ai alors plongé dans la foule, ou plutôt au dessus de la foule, car je me suis hissée sur une table place Flagey. Là, ça tanguait ferme et lorsque les Japonais ont marqué j’ai eu des sueurs froides et ma bière s’est renversée. Mais lors du dernier but, qui nous envoyait en quart de finale, j’ai lévité pour me retrouver dans un bistrot du quartier où un cafetier marocain m’amena une bière forte. « Bravo Chadli, bravo Fellaini » on est tous des Belges » disait-il en faisant des selfies.
Contre le Brésil, la meilleure équipe du monde à mes yeux, je ne voulais rien parier. Il me fallait du calme, de la concentration, être avec des proches, au cas où cela tournerait mal. La cadette, la seule qui voyait tout cela de loin, s’était improvisée maîtresse de maison et faisait tourner les tartes aux légumes et le pinard. Soudain, on a hurlé, une fois de plus. Le papa s’est enroulé dans le drapeau pour courir sur la rue et au milieu des voitures il avait l’air d’un torero tricolore, le grand père a crié depuis le balcon. A travers Anderlecht et Molenbeek, ça criait de joie, ça dansait, on n’est même pas allés jusqu’à la Bourse car la joie était partout et même dans le jardin, bien plus tard, on entendait encore les pétards de la fête. Lorsqu’il a fallu affronter la France, à nouveau je ne voulais pas être seule, car j’avais prévu des larmes. La patrie de Descartes avait bien fait ses calculs, entre le cœur et la raison le ballon a tranché, nous avions des bleus à l’âme. Heureusement, face aux Anglais, le bonheur est revenu. C’était une tente blanche, dressée à quelques centaines de mètres de la plage, de l’autre côté du chemin de fer, à l’écart des restos chics où on me disait d’un air distant« chère Madame, chez nous, pas de télévision…Allez voir de l’autre côté… » Pour voir, on voyait. La Jupiler, la Desperado semblaient s’évaporer à vue d’œil, , les femmes avaient passé des t-shirts sur leurs coups de soleil, les enfants coiffés de perruques tricolores dansaient sur le trottoir. Mes voisins de tablée me tapaient dans la main, on criait « pas op », on encourageait « tibauw courtwa ».
A la fin, lorsqu’on s’est retrouvés troisièmes, je crois bien qu’au classement du bonheur national brut, on était premiers. Les Marocains pavoisaient, les Congolais envoyaient des texto au pays, Flamands et Wallons se prenaient par le coude. J’ai refusé de lire les chiffres, les calculs. Combien vont-ils gagner, où iront ils après… Tout le monde s’en fiche. Ces hommes là ont puisé dans leurs réserves, ils n’ont pas lésiné sur leur énergie, leur courage. Je ne sais pas si je suis devenue une fana du foot, car je n’ai pas encore tout compris, mais durant ces matchs d’enfer, ces hommes là m’ont rendue diablement heureuse.

10 juillet 2018

Pourquoi Kabila fait attendre l’ONU et l’Union africaine

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Kabila fait attendre les représentants de l’ONU et de l’Union africaine

A Kinshasa, le président Kabila a confirmé, si besoin en était, qu’il était bien le « maître du temps » et n’était pas disposé à se laisser dicter son agenda par qui que ce soit.
C’est ainsi que cette semaine, trois rendez vous importants ont été décommandés : avec le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, qui, se trouvant en Ethiopie, avait prévu de se rendre à Kinshasa en compagnie de l’envoyé spécial de l’Union africaine Moussa Faki Mahamat, et avec l’ambassadrice américaine aux Nations unies Nikki Hailey.
Ces visites étaient inspirées par l’inquiétude que suscite la situation en RDC, où les intentions exactes du président ne sont toujours pas connues, où tant l’utilisation de la « machine à voter » que le financement du prochain scrutin toujours prévu pour le 23 décembre, suscitent de nombreuses questions tandis que le Comité des laïcs chrétiens annonce une prochaine reprise des manifestations.
La tension monte à mesure que les délais s’amenuisent : les candidatures pour les élections présidentielles doivent être déposées entre le 25 juillet et le 8 août prochains. On devrait savoir d’ici là si le chef de l’Etat, dont le mandat a expiré en décembre 2016, renonce réellement à se présenter ou s’il entend se porter candidat, sous le prétexte très contesté qu’après le premier mandat la constitution avait été modifiée, autorisant un scrutin présidentiel à un tour.
« Nul ne connaît ses intentions réelles » nous explique l’un de ses proches, « mais ce qui est sûr, c’est que le président juge inopportun d’informer des personnalités étrangères avant de s’adresser aux parlementaires congolais eux-mêmes. » Et de rappeler que, avant le 22 juillet, sera convoquée une session extraordinaire de l’Assemblée et du Sénat. Les deux chambres ainsi réunies auront pour tâche d’examiner la question du statut à accorder à un ancien chef de l’Etat (en termes de sécurité, de protection juridique, de garantie sur ses avoirs…) et surtout elles auront à entendre un « discours à la Nation » que le président Kabila est d’ores et déjà en train de préparer.
Le ministre congolais des affaires étrangères She Okitundu a par ailleurs fait savoir que tant le secrétaire général de l’ONU que l’émissaire de l’Union africaine demeuraient les bienvenus à Kinshasa « dans un délai qui conviendra à toutes les parties… »

8 juillet 2018

Ethiopie-Erythrée: l’espoir enfin…

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La rencontre entre le Premier Ministre éthiopien Abiy Ahmed et le président érythréen Issaias Afeworki est peut-être la meilleure nouvelle venue d’Afrique depuis longtemps : non seulement parce que ces deux pays de la Corne de l’Afrique, souvent appelés des « frères ennemis », entendent désormais mettre fin à un litige frontalier vieux de vingt ans, mais aussi parce que la stabilisation de la région et son développement pourraient réduire fortement le flux de migrants qui se dirigent vers l’Europe via la Libye ou le désert du Sinaï et Israël.
A son arrivée à Asmara à bord d’un appareil de la compagnie Ethiopian Airlines, le premier ministre éthiopien Abyi Ahmed a salué le président érythréen en le prenant dans ses bras, tandis que son porte parole déclarait que cette visite s’inscrivait dans le cadre des efforts de normalisation avec l’Erythrée. Auparavant, M. Abyi avait désamorcé la principale cause de conflit entre les deux pays en annonçant que l’Ethiopie céderait à son voisin le territoire frontalier de Badme, acceptant enfin le verdict de la Cour permanente d’arbitrage qui, en 2002, avait attribué Badme à l’Erythrée. Jusqu’à présent Addis Abeba avait refusé ce jugement et maintenu la ville sous administration éthiopienne. Cette tension autour de Badme avait coûté cher aux deux pays : la guerre menée de 1998 à 2000 avait fait plus de 80.000 morts et hypothéqué le développement de toute la Corne de l’Afrique.
En effet, l’indépendance de l’Erythrée, en 1993, avait fait perdre à l’Ethiopie son unique façade maritime sur la mer Rouge. La fermeture de l’accès aux ports de Massawa et Assab avait été durement ressentie par l’opinion éthiopienne, qui regrettait aussi les litiges monétaires et commerciaux entre les dirigeants des deux pays, cependant tous d’anciens compagnons d’armes qui avaient lutté ensemble contre le « Négus Rouge » Mengistu Hailé Mariam, soutenu à l’époque par l’URSS. Après avoir mené un combat commun, le Front populaire pour la libération de l’Erythrée (EPLF) et le Front populaire pour la libération du Tigré (TPLF) s’étaient séparés dans la douleur et l’état de guerre latent sur la frontière avait, de part et d’autre, entraîné des difficultés politiques importantes. En Erythrée, le régime du président Issaias Afeworki s’était durci, menant à l’emprisonnement de nombreux opposants. En outre, il avait imposé un service militaire permanent, en réalité une sorte de « service civil » obligatoire et très mal payé, permettant de faire fonctionner les écoles et les hôpitaux et de se passer autant que possible de l’aide étrangère. Refusant cette mobilisation illimitée et la relative fermeture de leur pays, des dizaines de milliers de jeunes Erythréens ont ainsi choisi l’exil en Europe, bénéficiant longtemps d’une clause d’accueil plus favorable que les autres demandeurs d’asile africains. A tel point que nombreux sont les Soudanais, Ethiopiens et autres Kényans qui ont tenté de se faire passer pour Erythréens…
En Ethiopie également, l’effort de guerre a ponctionné les ressources économiques du pays, il a ralenti une croissance souvent citée en exemple et fondée sur les investissements chinois. Mais surtout, le TPLF, représentant la minorité tigréenne issue des hauts plateaux, s’est peu à peu trouvé en rupture avec les autres groupes ethniques du pays, dont les Oromos vivant dans le Sud, jusque dans la banlieue d’Addis Abeba ainsi que les ressortissants de l’Ogaden, des musulmans historiquement proches de la Somalie.
En avril dernier, la démission du Premier Ministre éthiopien Hailémariam Desalegn, qui avait succédé à Meles Zenawi décédé à Bruxelles, avait changé la donne : le nouveau premier ministre, le lieutenant colonel Abyie Ahmed n’est pas seulement un ancien ministre des sciences et un spécialiste des technologies de l’information et donc du renseignement, il est aussi né d’un père oromo et musulman et d’une mère amhara, l’ancienne ethnie dominante. Désireux de désamorcer les fortes tensions ethniques secouant le groupe majoritaire des Oromos, le Premier Ministre a levé l’état d’urgence, misé sur la libéralisation d’une économie en forte croissance, tirée entre autres par la compagnie Ethiopian Airlines, par le secteur des télécommunications et les usines de textile et de traitement du cuir.
Selon le chercheur Mohamed Hassan, « la normalisation des relations avec l’Erythrée pourrait se traduire par l’autorisation d’accès aux ports d’Assab et de Massawa, par le droit d’escale accordé à la compagnie d’aviation éthiopienne, par la réouverture des ambassades et par une attitude commune face aux problèmes de la région, au Soudan et au Sud Soudan entre autres. »
Dans l’une des régions les plus peuplées et les plus stratégiques d’Afrique, cette nouvelle donne ramène l’espoir…

5 juillet 2018

Les Congolais en noir, jaune et rouge

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Où en sont les relations entre le Congo et la Belgique ? Passionnées, en dents de scie, comme toujours… Et surtout bien différentes en fonction du niveau où l’on se situe. C’est ainsi que Brussels Airlines, le dernier cordon ombilical entre Bruxelles et Kinshasa, vit des heures difficiles : des grèves ont éclaté au siège de la compagnie à Kinshasa en raison de réductions de personnel décidées en Europe, apparemment sans préavis.
En outre, un certain, nombre de Congolais, familiers de la Belgique, qui possédaient des comptes dans des banques belges comme Fortis, ont eu la surprise de constater la fermeture de leurs comptes, alors qu’ils ne figuraient même pas sur la liste des notables frappés par des sanctions internationales.
Par contre, et ce n’est pas le moindre des paradoxes, si au niveau officiel le froid persiste, dans les quartiers populaires on affiche sans complexe les couleurs du drapeau belge : lundi soir, la victoire remportée in extremis par les Diables contre le Japon a provoqué une explosion de joie et un concert de klaxons dans toute la ville. Dans la perspective du match qui mettra aux prises Belges et Brésiliens, toutes les chaises des « ngandas », les bistrots des quartiers populaires, bien placées devant les écrans TV, sont déjà réservées et les bacs de Primus ont été mis au frais. C’est que, pour la plupart des Congolais, les succès des Diables rouges, c’est d’abord le triomphe des Lukaku et autres Basthuayi et donc leur propre victoire.. Ne doutant guère de l’issue du match contre le Brésil, l’un de nos interlocuteurs nous assure attendre avec impatience la seule confrontation qui comptera vraiment, si elle a lieu : la Belgique contre la France. « Là, de toutes façons nous gagnerons puisque nos compatriotes se trouvent dans les deux équipes ! »