17 juillet 2018

L’insulte à Mandela

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Mu par la solidarité panafricaine, le regretté Nelson Mandela, né il y a tout juste 100 ans, avait mis dans l’Afrique des Grands Lacs ce qui lui restait d’énergie : dans ce qui était encore le Zaïre, il avait tenté une médiation de la dernière chance, mais s’était avéré impuissant à garantir, au minimum, un départ honorable pour le président Mobutu. Au Burundi, durant des mois, il avait inlassablement présidé les négociations politiques qui avaient fini par aboutir aux accords de paix d’Arusha et permis une réelle pacification des esprits.

S’il n’y avait que Mandela ! En Afrique centrale, depuis deux décennies, les médiateurs se sont succédé, les guerres meurtrières ont été suivies d’interminables palabres, des négociations ont abouti à des compromis politiques compliqués, la communauté internationale a apporté son aval mais aussi des troupes et des financements. A chaque fois, on a vu l’espoir renaître, les optimistes reprendre du poil de la bête…Et puis… Et puis tout vole en éclats. Voyez le Burundi, voyez le Congo : les accords ne sont pas respectés, les chefs de guerre repartent en campagne, les civils, par millions, sont déplacés ou réfugiés, les économies sont rackettées, les promesses ne sont pas tenues. Les seigneurs de la guerre ne se contentent pas de mettre en coupe leur propre territoire, ils jettent des allumettes sur les brousses voisines, en espérant que la propagation des incendies effacera leurs traces, sinon le souvenir même de leurs crimes. C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui, où l’on constate qu’aucun pays n’est réellement stable, qu’aucune économie n’est vraiment en développement aussi longtemps que toute la région ne l’est pas et que la solidarité entre voisins demeure un vain mot. On avait pu croire que le Rwanda, lui au moins, avait décollé, trouvé un certain équilibre et renoncé aux menées déstabilisatrices du début des années 2000. Or voilà le « bon élève », qui se révèle plus fragile que prévu, jalousé dans ses succès par ses voisins qui encouragent les opposants armés à multiplier les incursions et les provocations.
De tels actes risquent de rouvrir d’anciennes blessures et chacun sait que la riposte sera inévitable : Kagame a beau présider l’Union africaine et prêcher la retenue, il est évident que s’il se décide à répliquer, -et il l’a déjà promis-, la nouvelle guerre fera oublier chez ses voisins les élections non tenues, les mandats abusifs, les sanctions internationales, les turpitudes des uns et des autres…
Cette Afrique centrale à nouveau en crise, dévorée par des pyromanes sans frontières, représente une insulte à la mémoire et aux efforts de Mandela. Et une lancinante question adressée à la Belgique : qu’avons-nous donc légué à nos anciennes colonies pour qu’elles demeurent ainsi en queue du peloton ?