26 août 2018

Bienvenu Matumo, porte parole d’une jeunesse en lutte

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Diplômé de la première promotion de l’ENA (Ecole nationale d’administration) à Kinshasa, Bienvenu Matumo, originaire de Goma est surtout un militant de la première heure du mouvement citoyen La Lucha, ce qui lui a valu d’être arrêté lors des premières manifestations contre l’éventualité d’un maintien au pouvoir du président Kabila. Invité au festival de cinéma de Douarnenez consacré aux deux Congo, en compagnie d’une autre militante Rebecca Kavugho, il a longuement décrit les combats menés par la jeunesse congolaise.

Je suis originaire de Goma où le mouvement citoyen La Lucha existe depuis 2014. Lorsque je suis arrivé à Kinshasa j’ai constaté que la répression y était beaucoup plus forte, chacune des actions de la Lucha est surveillée de près par les services qui nous prennent très au sérieux. Cette vigilance freine un peu l’engagement des jeunes mais j’ai constaté depuis un an qu’inspirés par l’exemple de la Lucha, d’autres mouvements de jeunes citoyens apparaissaient dans la capitale. Notre objectif commun est d’imposer la bonne gouvernance.
Cela nous réjouit, et nous leur expliquons qu’eux aussi peuvent contribuer à un combat commun pour améliorer notre société. On met en place des passerelles entre tous ces mouvements, afin que nous puissions nous concerter.
Dans quels milieux recrutez vous ?
Nous recrutons parmi de jeunes intellectuels, des étudiants ou des universitaires qui ont déjà un emploi, mais aussi parmi des jeunes qui ont un emploi précaire, ou pas de travail du tout. Certains jeunes préfèrent rester en dehors du mouvement car ils craignent d’être arrêtés ou de perdre leur emploi mais ils encouragent les autres et sont solidaires. Actuellement nous ne recrutons pas encore parmi les jeunes qui gagnent leur vie en étant motocyclistes ou creuseurs, mais nous avons l’intention de le faire, progressivement, car nous ne voulons pas que l’on nous reproche d’être élitistes. Actuellement ceux qui n’ont pas un niveau d’éducation élémentaire peuvent se sentir dépaysés dans nos réunions, ne pas comprendre nos motivations, c’est pourquoi nous avons demandé à chacune de nos sections que l’on s’efforce de parler aussi dans la langue locale, comme le lingala à Kinshasa.
On pourrait nous croire élitistes mais nous avons des réseaux d’alerte, des sympathisants dans les milieux populaires : c’est ainsi que lors des manifestations, les motocyclistes nous préviennent de l’arrivée de la police, ils nous encadrent et nous transportent gratuitement en signe de solidarité, pour nous éloigner de la répression. Les mamans commerçantes elles aussi sont solidaires. A Kinshasa, on avait réprimé l’une de nos marches dans le quartier de Barumbu et toute la population a barré la route à la police pour nous protéger. Notre combat est accepté

A Goma vous visez des objectifs concrets, comme l’accès à l’eau potable ou la construction de routes. Qu’en est-il à Kinshasa ?

Dans la capitale nous avons lancé campagne «Kin propre » et elle a donné des résultats. Le gouverneur de la ville, pendant deux mois, a accepté d’assainir et il a envoyé des bennes pour ramasser les immondices. Chaque samedi à Kinshasa nous lançons le « salongo » (travail volontaire) avec l’autorité locale dans les communes. Nous voulons aussi influencer les politiques d’assainissement de la ville et rédigeons des memos en ce sens. Alors que j’étais en prison j’avais contribué à rédiger un tel memo et le gouverneur avait promis d’en tenir compte…Nous travaillons aussi sur la question de l’électricité dans la ville et nous avons été jusqu’à rencontrer le patron de l’électricité dans la ville, mais il a dit que c’est l’Etat qui ne payait pas ses factures. A propos de l’eau nous avons eu les mêmes réponses…

A Kinshasa, vos actions semblent surtout politiques…

Il est vrai que nos militants, à Kinshasa, veulent d’abord s’engager pour le départ de Kabila car le mouvement s’est implanté dans un contexte très politisé. Mais pour l’avenir nous voulons aller au-delà : le départ de Kabila représente un déblocage majeur et pour le moment, notre priorité c’est de mener des actions à caractère politique, pour obtenir l’alternance. Les membres de Lucha ont participé à toutes les grandes manifestations : le meeting de Felix Tshisekedi, les manifestations en faveur des prisonniers politiques.. Nous avons eu des réunions avec d’autres forces, nous avons marché depuis l’échangeur de Limete, au début tout le monde avait peur de la répression et nous, puisque nous étions déjà identifiés, nous avons décidé d’y aller, ce qui a donné une dynamique. Les autres ont suivi et les autres membres de l’opposition ont avancé…
En novembre 2016, c’est nous qui avons lançé la campagne « bye bye Kabila », devenue tout simplement le mouvement « bye bye » qui rappelait à l’opinion que Kabila avait terminé son mandat. Nous voulions faire pression sur Kabila et cela alors même que les partis politiques discutaient avec lui. Nous, la nuit, on distribuait des tracts, on affrontait la police…Après l’accord de la Saint Sylvestre, (ndlr. Conclu entre le pouvoir et l’opposition et prévoyant des élections dans un délai de deux ans maximum…) on s’est dit qu’on avait fait ce qu’on pouvait, qu’on allait se retirer, souffler un peu pour définir d’autres stratégies. Par la suite nous avons rappelé la question du calendrier électoral, nous exigions qu’il soit publié mais devant la CENI, (Commission électorale) nous avons trouvé des milliers de policiers qui nous attendaient. Nous avons alors formé une délégation de 5 personnes et sommes allés discuter avec Corneille Nangaa, le président de la CENI. Il nous a même promis des élections en 2017. Nous voulions obtenir le calendrier électoral, pour savoir où on allait…
En avril mai, nos collègues de Goma réclamaient le calendrier, en juin nous l’exigions encore et nous avons été dispersés par l’ANR (les services de renseignement), certains manifestants ont été arrêtés. A Kinshasa, alors que le débat politique affectait les militants de toutes les organisations nous avons décidé d’activer le plan pour obtenir le départ de Kabila. Des réunions ont eu lieu à Bruxelles, des actions à Kinshasa, comme les marches des chrétiens ; ce sont les militants de Lucha qui distribuaient des tracts la nuit pour mobiliser et démontrer la gravité de la situation.

Le pouvoir avait adopté une stratégie de répression forte contre Lucha pour tenter de décourager les jeunes et les accuser d’être manipulés par les étrangers. Ils veulent réprimer sauvagement, plus fort que sur n’importe qui, pour décourager les jeunes de Kin de rejoindre Lucha.

Pourquoi Lucha dérange-t-elle tellement ?
Il faut savoir que les politiques congolais ne sont pas habitués à rendre des comptes. Ils veulent pouvoir piller, voler impunément, sont habitués à fonctionner dans une démarche autoritaire. Les hommes politiques de tout bord sont dérangés par Lucha qui exige la transparence, qui demande des comptes, qui refuse les propositions d’argent. Lucha n’a pas de leader avec qui on pourrait négocier, pas de bureau, tout cela déconcerte, dérange…Le discours des services de renseignements, c’est que Lucha est un mouvement créé par les néocolonialistes pour pouvoir chasser Kabila, ils croient cela, ce qui m’étonne tout de même…Moi je pense surtout que la classe politique congolaise, dans son ensemble, n’est pas habituée à des mouvements qui réclament surtout la bonne gouvernance, c’est quelque chose de nouveau surtout à Kin où on donne l’argent facilement. Si vous proposez de l’argent à un jeune de Lucha, il doit refuser. Il n’acceptera pas. Lorsqu’il était venu nous voir en prison, Kimbuta, le gouverneur de la ville voulait qu’on nous torture car nous avions refusé de prendre son argent.
Nous ayant trouvés assis par terre dans un cachot, il a tout de suite demandé si on avait mangé, si on avait bu. Sortant de sa poche 100 dollars il a ordonné qu’on aille chercher du coca pour ces enfants. Mais nous, nous avons répondu que nous préférions boire de l’eau pure et qu’il ferait mieux, avec cet argent, de mettre du carburant dans les camions chargés du ramassage des immondices. Il était fâché, étonné et, en guise de punition, voulait que, si nous étions libérés, nous abandonnions nos T-shirts portant les logos de Lucha. Ce que nous ne pouvions accepter car nous redoutions que plus tard on donne ces T-shirts à des shegues (enfants de la rue) qui auraient cassée ou pillé en nous faisant accuser. On nous a battus, nos polos ont été déchirés, mais c’était mieux ainsi : nous préférions être torturés, mais nous ne voulions pas céder ces polos…
Ce type de résistance, alors même que nous sommes pauvres et venons de famille modeste, cela gène énormément.
Le fait que Kabila ne se représente pas est –il considéré comme une victoire par Lucha ?
Certes, mais nous restons prudents. Nous prenons acte du renoncement du président à ne pas se représenter car la pression du peuple a eu raison, il n’a jamais voulu quitter mais c’est le peuple qui l’a obligé…Cela dit, son renoncement n’est pas nécessairement la garantie d’élections crédibles.
Désormais nous devons concentrer la mobilisation sur les préalables à de bonnes élections et dès le 3 septembre nous allons manifester contre la machine à voter. Il y a des préalables : le retrait de cette machine, la libération des prisonniers politiques, l’ouverture de l’espace politique, le retour d’hommes comme Katumbi… Nous restons inquiets : il n’est pas sûr que le gouvernement aura les moyens de financer à lui tout seul tout le processus électoral…Il faut qu’on nous donne un plan de décaissement des fonds et il importe aussi de rétablir la confiance envers la Cour constitutionnelle et la Commission électorale. Nous voulons aussi qu’il y ait une sécurité électorale dans tout le pays. Si ces exigences ne sont pas rencontrées d’ici novembre nous allons réactiver notre exigence d’une transition citoyenne. Ce que nous voulons, ce sont de bonnes élections et si nous avions exigé des élections sans Kabila c’est parce que nous doutions de sa bonne foi, de sa réelle volonté d’organiser ce scrutin.
Pour nous, l’idéal reste une transition citoyenne qui organiserait de bonnes élections en apaisant la situation, qui empêcherait que l’on utilise les moyens de l’Etat pour faire campagne…
Pour cela, il faudrait que s’efface tout le système Kabila mais jusque là on n’a pas réussi à l’imposer…La collaboration avec le Comité des laïcs chrétiens a été plus facile qu’avec les partis politiques comme l’UDPS, ce sont les militants de la Lucha qui ont organisé le mobilisation…Si on nous frappe, si on nous réprime si fort, c’est parce que le pouvoir tente d’enrayer la contagion…

26 août 2018

Congo: à vaincre sans péril…

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L’apaisement n’a été que de courte durée. La Commission nationale indépendante en effet a ratissé large : elle a écarté, pour cause de nationalité douteuse ou d’autres motifs des candidats tels que les anciens premiers ministres Sammy Badibanga ou Muzito, en délicatesse avec leurs formations politiques respectives et qui avaient peu de chances de l’emporter, surtout dans une élection à un seul tour. Mais elle a surtout frappé un poids lourd, Jean-Pierre Bemba, au motif que ce dernier, acquitté et libéré par la Cour pénale internationale qui l’accusait de crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par ses troupes en Centrafrique, avait cependant été condamné dans une autre affaire, où il avait été accusé de subornation de témoin, ce qui pour la CENI équivaut à un délit de corruption. Alors que le porte parole du gouvernement lambert Mende rappelle que la CENI est un organisme indépendant et que même un candidat proche du pouvoir comme le vieil Antoine Gizenga a été invalidé pour défaut de signature, l’opposition estime que la mise à l’écart de Jean-Pierre Bemba représente une manœuvre politique destinée à écarter « un homme qui fait trembler la Kabilie », comme le dit Eve Bazaiba, numéro deux du mouvement pour la libération du Congo, le parti de Jean-Pierre Bemba.
De fait l’accueil triomphal que Kinshasa avait réservé à celui qui fut vice président en 2002 puis candidat malheureux face à Joseph Kabila en 2006 a démontré que dix années de prison n’avaient pas réussi à faire oublier celui qui est souvent appelé « Igwe » l’enfant du pays, ou le « chairman » et qui, depuis sa prison de Scheveningen, était demeuré en contact permanent avec son parti et ses sympathisants mais aussi avec les réalités du pays.
Ces invalidations en cascade, à propos desquelles la Cour Constitutionnelle devra statuer d’ici le 19 septembre, ont immédiatement fait remonter la tension et alimenté les soupçons selon lesquels le président sortant mettrait tout en œuvre pour faire élire son dauphin Emmanuel Shadary, un homme peu connu encore et qui n’a pas le même charisme qu’un Jean-Pierre Bemba ou un Moïse Katumbi, deux hommes écartés de la course. En écho à la colère des partisans de ces deux personnalités exclues, de nouvelles manifestations sont annoncées, tant par le mouvement La Lucha, le 3 septembre que par le Comité laïc de coordination, le 19 septembre. Si les manifestations précédentes, placées sous le signe de la non violence ont été fortement réprimées par les services de sécurité, faisant plusieurs centaines de morts, les suivantes risquent d’être plus tendues encore car les jeunes de Lucha et les chrétiens seront rejoints par les partisans des deux « poids lourds » tenus à l’écart du scrutin.
Une absente de taille : la confiance
Plus que jamais, in ingrédient majeur manque aux élections à venir : la confiance. Non seulement l’opposition dans son ensemble soupçonne le président Kabila, qui a annoncé son retrait, de vouloir maintenir son emprise sur le pays via son dauphin Shadary, mais le Congo tout entier redoute des « élections sur mesure », un exercice coûteux et vain si les dés sont pipés et illusoires les espoirs de changement. C’est aussi le manque de confiance qui provoque le rejet de la « machine à voter » une imprimante qui permettrait, peut-être, de gagner du temps mais qui, faute d’observateurs et de garants crédibles, est irrémédiablement qualifiée de « machine à tricher ». C’est le manque de confiance qui hypothèque la crédibilité de la CENI, accusée d’être aux ordres du pouvoir en place, ou qui invalide d’office les jugements de la Cour constitutionnelle où trois nouveaux juges proches de la majorité viennent d’être nommés et sont considérés comme aux ordres. C’est parce que la confiance fait défaut que le refus de financement étranger et donc d‘observateurs impartiaux est considéré comme suspect et que le « souverainisme » ombrageux revendiqué par le régime et défendu par quelques intellectuels n’est pas considéré comme une marque de nationalisme, mais comme un désir de fabriquer, sans témoins gênants des élections sur mesure qui ne répondront guère au besoin de changement et de justice des Congolais. Rien ne dit que les candidats écartés, Katumbi, Bemba ou les autres, auraient été capables de relever un tel défi, mais leur mise hors jeu ravive tous les soupçons et confirme le vieil adage « à vaincre sans péril on triomphe sans gloire ».

25 août 2018

Pourquoi Elikia M’Bokolo s’est rallié à Kabila: “en face de nous c’est la droite cléricale”

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Douarnenez,

Invité de marque au festival du film de Douarnenez, consacré cette année aux deux Congo, Kinshasa et Brazzaville, l’historien Elikia M’Bokolo, professeur à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et à l’Unikin, chroniqueur sur RFI, a été longuement interrogé sur l’Afrique centrale avant les indépendances. Nous lui avons aussi demandé pourquoi lui, personnalité indépendante et intellectuel de renom avait, en juillet dernier, accepté de rallier le Front Commun pour le Congo, cette vaste plate forme constituée autour de la majorité présidentielle.

Durant l’été, alors que tout le monde pensait que le président Kabila, (dont le mandat a expiré en décembre 2016) se représenterait, j’avais reçu des informations crédibles assurant le contraire. Pour moi, cela semblait donc assez clair : du coté de Kabila et son entourage, il y aurait un large regroupement et un processus transparent de sélection de candidats à la présidence, alors qu’en face nous nous trouvions confrontés à des « chevaux de retour » et des candidats auto-proclamés, comme Félix Tshisekedi, Moïse Katumbi, Jean-Pierre Bemba, dont les partis respectifs étaient soit inexistants soit profondément fissurés par les récents développements de la vie politique. Face à de tels candidats on en était réduits aux applaudissements. L’opposition congolaise ayant longtemps cru que le président Kabila allait se présenter, elle ne s’est pas préparée à une autre hypothèse. En attendant le dernier jour, la dernière minute, pour afficher ses intentions, le président a été finalement très bien joué : il les a tous pris de court. Il était trop tard pour opposer d’autres candidatures, préparer d’autres stratégies, élaborer des programmes autres que des slogans creux, réunir les moyens financiers nécessaires à la campagne.

Si le président Kabila s’était représenté tout de même, qu’auriez vous fait ?

Mais alors j’aurais considéré, tout simplement, que le contrat était rompu. Si j’ai rejoint le Front dès juillet, c’est bien parce que j’étais convaincu qu’il ne se représenterait pas !

L’opposition congolaise avait-elle prévu un autre schéma que celui des élections du 23 décembre 2018 ?

Si Kabila avait choisi de se représenter, -ce dont l’opposition était convaincue- elle aurait pu négocier soit une sortie en douceur du chef de l’Etat soit exiger d’être associée au pouvoir ou alors générer une insurrection populaire qui aurait obligé le président à quitter la scène…

Existait-il un scénario de mouvement populaire, voire de situation insurrectionnelle menant à une « transition sans Kabila » sur lequel d’aucuns auraient pu miser ?

Je ne le crois pas, c’aurait été trop risqué. Car lorsqu’un mouvement populaire l’emporte sur le pouvoir en place, nul ne peut être sûr que le peuple insurgé va vous suivre aveuglément.
Soutenir l’opposition appuyée par l’Eglise catholique, cela ne m’a pas paru une bonne chose. Le regroupement de l’opposition, soutenu par l’Eglise catholique, a oublié que la RDC est un Etat laïque, multiconfessionnel. Il y a au Congo des musulmans, des protestants, des membres des églises de réveil, des pentecôtistes, des kimbanguistes, des disciples de la prophétesse Kimpa Vita et autres, qui n’ont pas fait le même choix que l’Eglise catholique. Dans ce foisonnement, toutes sont des religions des pauvres, capables de mobiliser très largement. Je crois que la CENCO (conférence épiscopale du Congo ) a joué un jeu très dangereux et voué à l’échec en essayant de faire apparaître la religion catholique comme celle de tous les Congolais, ce qui, à l’évidence, n’est pas le cas. Un jour viendra où l’on posera la question de la discrimination qui joue en faveur de l’Eglise catholique, qui, aujourd’hui, continue de bénéficier du Concordat de 1908, toujours en vigueur.

Voulez vous dire que depuis plus d’un siècle, l’Eglise catholique disposerait d’avantages particuliers par rapport aux autres cultes ?

C’est exactement cela : le Vatican dispose d’une ambassade au Congo, l’Eglise catholique reçoit de l’argent de l’Etat congolais, elle est subventionnée comme en Belgique. Depuis l’ère coloniale, elle représente ce que j’appellerais un « appareil idéologique d’Etat » : en échange de cette subvention, l’Eglise doit encadrer la population, prendre en charge l’éducation mais aussi informer le pouvoir. Les écoles gérées par l’Eglise catholique et quelques églises protestantes sont subventionnées par l’Etat, et cela au contraire des écoles fondées par d’autres dénominations religieuses ou par des laïcs. Ce sont les effets de ce concordat. Je ne pense pas que le pouvoir oserait poser la question de la laïcité, mais c’est l’un des débats à venir, car les petites églises se sentent traitées de manière discriminatoire et s’inquiètent, non sans raison, de cette différence de traitement…

Pourquoi la CENCO (Conférence épiscopale du Congo) s’est elle lancée dans cette épreuve de force avec le pouvoir ?

Depuis le sommet de la Cité de l’Union Africaine, auquel j’ai participé en 2016, des rumeurs circulaient suivant lesquelles, en cas de blocage, Mgr Monsengwo, cardinal de Kinshasa, pourrait faire fonction, de manière intérimaire, de président de la République. Ce qui serait absolument inadmissible. L’Eglise a commencé à mobiliser sans réellement le dire…Ayant le sentiment d’être discriminés par rapport à l’Eglise catholique, les protestants, les kimbanguistes, les musulmans et d’autres dénominations chrétiennes ou laïques ont accepté de rejoindre le Front commun. Tout cela pouvait mener à une situation extrêmement dangereuse …Les laïcs catholiques se sont accrochés à la CENCO car ils étaient persuadés du schéma selon lequel, si Kabila se représentait, il y aurait du désordre puis une nouvelle transition de deux à trois ans dont ils seraient les principaux et heureux bénéficiaires. Les gens se montraient sourds et aveugles, comme s’ils ne voulaient pas croire que Kabila se retirerait ainsi qu’il l’avait annoncé dès 2007 en disant: «le pouvoir use. Je respecterai la Constitution. »

Avez-vous rencontré le président Kabila avant de signer et de rejoindre le Front commun ?

Nous formions un groupe indépendant de la société civile composé de six personnes et il nous a reçus ensemble, durant trois heures, après la formation du FCC. Il nous a expliqué qu’il avait, lui-même, établi une liste de onze critères auxquels devrait répondre le futur candidat à sa succession. Certains des candidats que l’on pensait « naturels » ne répondaient pas à ces critères, parmi lesquels une moralité au dessus de tout soupçon, un attachement à la cause du Congo plutôt qu’à ses intérêts propres, une foi inébranlable dans la renaissance du Congo. C’étaient des critères d’ouverture, de tolérance et d’optimisme raisonné, car je crois que le président s’est préparé à élargir sa majorité. Dès lors que les portes de la CENCO se ferment, il va y avoir une redistribution des cartes et, probablement, un reflux de ce côté-là…C’est le président lui-même qui, loin de s’enfermer dans le secret de sa seule conscience, a défini le profil de notre meilleur candidat, sur la base d’abord de 8 puis de 11 critères : une manière de procéder unique dans l’histoire politique du Congo… Une méthode qui n’a rien à voir avec la foule disparate des « candidats autoproclamés »…
Chaque membre du Front commun ou chaque groupe devait présenter lui-même une liste de quatre candidats potentiels, deux hommes et deux femmes. Certains des noms cités comme des favoris n’ont pas été retenus à cause de ces critères de volonté, de moralité, de désintéressement, d’expérience et d’efficacité qui avaient été fixés par le président lui-même. La présentation de la personne choisie a été retardée jusqu’au dernier moment, afin de prendre tout le monde de court, face à la décision du « garant moral ». C’est une figure que l’on n’attendait pas qui été retenue, à sa propre surprise d’ailleurs : l’élu, Emmanuel Shadary, est pratiquement tombé à la renverse ! Ce choix va modifier beaucoup de certitudes et d’équilibres considérés comme acquis tant dans la majorité actuelle que dans l’opposition. Quant aux législatives, on constate l’apparition de beaucoup de nouveaux candidats, des jeunes, des animateurs de la société civile, des femmes. De fait, on était fatigués des caciques installés dans les réseaux du pouvoir depuis trop longtemps et qui, à l’évidence, n’ont pas fait une parcelle du boulot que l’on attendait d’eux…Le sentiment dominant est que l’on n’est pas mécontent du fait qu’Emmanuel Shadary ne fasse pas partie du quatuor de tête qui était généralement cité (dont Aubin Minaku président de l’Assemblée nationale et l’ancien Premier ministre Matata Mponyo). Content aussi que les éternels « donneurs de leçons » n’aient rien eu à dire. Il y a eu trop de commentaires, trop de pressions, venant de la Monusco, des Belges, des ONG et tutti quanti… Au Congo, on en a marre de tous ces conseils non sollicités, de ces rapports laborieux et répétitifs. Cela devient un harcèlement lassant…On finit par éprouver le sentiment d’être constamment fautifs, mais par rapport à quelle norme ? De quoi se mêlent, par exemple, les Belges ? Sans remonter à toutes les fautes liées à la colonisation du Congo, ils ont tout de même assassiné Lumumba, et ce crime continue de peser sur le devenir du Congo. Je crois que les Belges se trouvent aujourd’hui face à un scénario qu’ils n’avaient pas prévu…

Que répondez vous à ceux qui pensent que vous avez fait une erreur en ralliant le Front commun ?

Mais qui ose parler d’ « erreur » en politique ? »Erreur » par rapport à quelle norme ? Et qui, en dehors de moi, serait autorisé à fixer des normes auxquelles je devrais me soumettre et au nom de quoi ?
Pour moi, la situation est on ne peut plus claire et plus simple : en face de nous se dresse une coalition disparate, dominée par la droite et, plus précisément, par la droite cléricale. Toute la gauche de l’Eglise catholique, comme le groupe Amos, qui soutenait la théologie de la libération, a été mise à l’écart. L’Eglise reçoit des subsides pour l’enseignement mais cela ne l‘empêche pas de faire payer les élèves…Et qu’en est il du contrôle des naissances, de la prévention du sida, de l’autorisation de l’avortement dans des cas extrêmes ? Dans les quartiers populaires de nos villes, on rencontre des gamines de 14 ans qui ont déjà un voire deux enfants, parfois avec le VIH en prime, parce que l’on interdit aux maîtres de parler de la sexualité dans les écoles. Face à cela, l’Eglise reste muette…

On entend, paraît il, des voix qui parlent de Coup d’Etat…

S’il devait y avoir un coup d’Etat, le Congo ne lui survivrait pas, il serait fini, éclaterait en lambeaux : chacun de nos peuples irait de son côté, créant ici une « républiquette », là bas une mini royauté, ailleurs une apparence de chefferie, dont aucune ne saurait résister un seul instant aux rapaces qui rodent autour de la RDC. Quel Congolais, quel Africain, peut envisager sans frémir une hypothèse aussi absurde, aussi criminelle ?

25 août 2018

Douarnenez a vécu au rythme des deux Congos

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(envoyée spéciale)
Tout au bout du Finistère, Douarnenez, avec ses pêcheurs de sardine, sa mémoire ouvrière, ses combats féministes et une ouverture sur le monde née de siècles de navigation, a plongé tout entière dans les eaux vibrantes du fleuve Congo. A raison d’une quarantaine de films par jour, surtout des documentaires, de deux débats, de plusieurs concerts, d’animations multiples, toute la population de la ville et des alentours a vécu au rythme de la rumba ; les couleurs éclatantes des pagnes ont éclairé les devantures des boutiques pour touristes, les artistes locaux ont peint de couleurs éclatantes les bois flottés échoués sur les plages, des statues immenses créées par Lionel Ducos, évoquant des peuples disparus ou en migration ont été immergées dans la baie du Rosmeur. Lorsque la marée montait, ces silhouettes venues du fond des âges, provoquant une étrange émotion, semblaient rappeler que le genre humain, dans sa diversité, est un et solidaire. Solidaires… Les habitants de Douarnenez, durant une dizaine de jours, l’ont pleinement été avec les Congolais des deux rives du fleuve : plus de 300 citoyens se sont portés volontaires pour faire vivre ce festival, hébergeant ou transportant les invités, se proposant comme guides, cuisiniers, échansons, s’occupant qui de l’accueil, qui de la billetterie, qui de la sono ou des projecteurs. L’addition de ces innombrables bonnes volontés a permis, grâce aux économies réalisées, de privilégier l’essentiel, faire venir au fin fond de la Bretagne un nombre impressionnant d’artistes des deux Congo : Emmanuel Bofatatala, le « ministre des poubelles », héros du film de Quentin Noirfalisse, a fait découvrir ses œuvres étranges réalisées au départ des détritus de Kinshasa, les rappeurs et écrivains Joëlle Sambi, Djenebou, Guer2mo ont fait éclater leur talent tout en expliquant, lors d’un débat, qu’ils travaillaient aussi avec les enfants de la rue, partageant le quotidien des shegue dans une sécurité et une confiance totales..L’écrivain Jean Bofane a présenté son dernier livre et rappelé les équations étranges de cette « mathématique congolaise » à laquelle chacun, durant de longues journées intensément suivies, a été invité à s’initier. L’une des particularités du festival de Douarnenez est aussi de réserver une large place aux sourds : partout, des volontaires ont assuré la traduction des débats et des entretiens..
Au rayon des documentaires, les organisateurs avaient ratissé large : s’ils présentèrent la quasi-totalité des films de Thierry Michel, ou quelques classiques comme « l’Afrique en morceaux », « la Françafrique, 50 ans sous le sceau du secret » ,« le roi, la vache et le bananier » de Mwenze Ngangura, « La vie est belle « de Benoît Lamy ou « Lumumba la mort d’un prophète » de Raoul Peck, ils firent aussi la part belle à des productions plus récentes, produites, avec talent et bouts de ficelles, par de jeunes cinéastes congolais s’intéressant aux Pygmées, aux enfants de la guerre, aux rappeurs de Kin. Du reste, que les films soient connus ou non, que les présentateurs soient novices ou bien rodés n’importait guère face à la curiosité du public : dès 10 heures du matin, de longues files se formaient devant les cinémas officiels ou les multiples lieux transformés en salles de projection.
Réunis par ce festival hors du commun, les citoyens de Douarnenez, ou les visiteurs occasionnels n’étaient pas poussés uniquement par la passion du cinéma, l’engouement pour les musiques d’ailleurs, la curiosité pour d’autres images, d’autres rythmes. Désireux de s’informer en profondeur, le public, dès le matin, se pressait nombreux pour qu’on lui rappelle les circonstances de la mort de Patrice Lumumba, la douloureuse construction du chemin de fer Congo Océan sur la rive d’en face ou les méfaits de la Françafrique. Au fil des jours, alors qu’étaient évoqués les deux guerres du Congo, l’assassinat de Laurent Désiré Kabila, les combats pour la démocratie et la tenue des élections, les questions s’affinaient, les témoignages venus de la base se multipliaient. Les militants mais aussi les artistes apportaient leur pierre, qu’il s’agisse du souvenir de la guerre des six jours à Kisangani, où Bofatalata fut pris au piège des bombardements, des années de prison subies par Marc Antoine Vumillia injustement accusé d’avoir participé à l’assassinat du président Kabila, des combats menés par les activistes de la Lucha, à Goma puis à Kinshasa et que Rebecca Kavugho ou Bienvenue Matumo payèrent par de longs emprisonnements…
Au fil des jours et des témoignages, les lignes de démarcation s’estompaient : il apparaissait que les artistes étaient aussi des citoyens engagés, que les plus talentueux d’entre eux délaissaient l’académie des Beaux Arts pour chercher dans la rue leurs sources d’inspiration et leurs alliés. In fine, il paraissait évident que la dictature, la violence de la guerre, de la répression, la multitude des combats avaient finalement renforcé l’unité du peuple congolais tandis que la rareté des moyens avait obligé chacun à faire preuve d’inventivité, de dynamisme.
Eux-mêmes soumis à de rudes conditions climatiques, encore empreints du souvenir de tragédies maritimes et de combats sociaux, les Bretons étaient avides d’entendre ces témoignages là et faisaient preuve d’une très sincère empathie. Mais la nuit venue, alors que les derniers spectateurs sortaient encore des salles de projection, une autre ambiance s’installait dans l’enceinte du festival et on assistait alors à de curieux mélanges de fanfares locales, de rumba, de fest noz, de rap et de slam, qui se terminaient jusque bien tard avec des danses et des rondeaux… A Douarnenez, on parle moins de « pays » ou de « nation »” que de « peuples » et durant ces journées hors du temps, tous les peuples du Congo, sur les deux rives du fleuve, se sont trouvés des alliés, des amis tandis que les Bretons ont découvert, une année encore (le festival en est à sa 41 e édition !) d’autres rythmes, d’autres cultures, mais toujours la même humanité….

12 août 2018

Emmanuel Shadary Ramazani, surnommé “Coup pour coup” et favori du village

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Le président sud africain Cyril Ramaphosa, qui est aussi l’actuel président de la Conférence des Etats d’Afrique australe (SADC) a été le premier à prendre acte de la nouvelle donne en République démocratique du Congo : en visite à Kinshasa vendredi dernier, il a salué la décision du président Kabila de ne pas se représenter et tenu à rencontrer son dauphin, Emmanuel Shadary Ramazani.
Ce dernier pourrait même être invité au prochain sommet de la SADC, ce qui lui donnera l’occasion de rencontrer tous les chefs d’Etat de la région. SI elle se confirme, cette reconnaissance du processus de succession par les influents voisins du Congo intervient alors que les Occidentaux et bon nombre de Congolais se demandent toujours comment cet homme dont le nom n’avait jamais été cité dans la liste des dauphins potentiels, a soudain été propulsé en première ligne de la course de fond que représente l’élection présidentielle. L’heureux élu fut d’ailleurs le premier surpris par la nouvelle : informé par le président Kabila lui-même, il fut tétanisé par l’émotion et, suivant un témoin de la scène, il faillit, littéralement « tomber de sa chaise ».
Alors que l’opinion nationale et internationale mettait en doute la sincérité de ses promesses réitérées par le président Kabila, seules des personnalités qui étaient très proches de lui répétaient qu’il fallait prendre au sérieux les affirmations selon lesquelles il respecterait la Constitution, même si le nom de l’éventuel dauphin demeurait un mystère. A la veille de la date butoir, on nous déclarait encore : « Kabila est le seul à savoir et même s’il consulte beaucoup, il ne communique sa décision à personne… »
Le président sortant avait cependant préparé l’affaire avec la rigueur d’un plan d’état major : la loi sur le statut des anciens chefs d’Etat avait été votée, l’armée et les forces de sécurité avaient été encadrées par des hommes de confiance, un aller retour à Luanda avait sans doute permis d‘informer le puissant allié régional. Enfin, à la veille de l’expiration du délai fixé pour le dépôt des candidatures, le président avait réuni dans sa ferme de Kingakati, non loin de Kinshasa, les principaux responsables du Front commun pour le Congo (FCC) la vaste plate forme constituée autour de la majorité présidentielle. Téléphones coupés, réseau indisponible : rien ne filtra de ces échanges mais on sait que Kabila avait demandé à chacun d’ inscrire sur un papier le nom de ses quatre favoris et que l’ancien Premier Ministre Matata Mponyo ou le président de l’Assemblée nationale Aubin Minaku figuraient en tête de liste.
C’est le lendemain seulement que Kabila annonça lui-même à ses fidèles le nom de celui qui conduirait la liste du FCC à l’élection présidentielle : Emmanuel Shadary Ramazani, actuel Ministre de l’intérieur ayant succédé à Evariste Boshab.Cet ancien président du parti, qui avait fait toute sa carrière politique dans les rangs du PPRD, ne figurait pas pour autant sur la liste des successeurs éventuels. L’intéressé lui-même se préparait d’ailleurs à déposer sa candidature comme député, dans l’espoir d’un jour présider l’Assemblée nationale.
D’après plusieurs sources, Joseph Kabila, dans son processus de réflexion mené en solitaire, a tenu compte de plusieurs paramètres avant de formuler son choix définitif. Le critère de fidélité au parti et à sa personne était évident et certains transfuges, des ralliés issus d’autres formations ou d’anciens mouvements rebelles, furent tacitement écartés. « Il a déjà trahi, il trahira encore » répétait souvent Kabila. Ne nous avouait-il pas naguère « n’avoir pas trouvé quinze Congolais auxquels accorder sa confiance » pour se corriger quelques mois plus tard en assurant : « je crois que j’en ai découvert 12, y compris Judas… »
Un autre critère était géographique : l’Ouest, c’est-à-dire la province de l’Equateur et une partie de Kinshasa étant jugé favorable à l’opposition et plus particulièrement à Jean-Pierre Bemba, le choix devait plutôt se porter sur un originaire de l’Est, d’autant plus que les swahiliphones représentent 60% de la population du pays. Mais il paraissait peu opportun que le Katanga fournisse un troisième président, après les Kabila père et fils tandis que le Kivu apparaissait comme le fief de Vital Kamerhe, le président de l’UNC, Union pour la nation congolaise.
Le Maniéma bastion de résistance
Par contre, choisir un candidat originaire du Maniéma présentait de nombreux avantages : cette province enclavée entre le Sud Kivu et le Katanga est surtout connue pour ses ressources en minerais, mais elle fut toujours un bastion de la résistance, qu’il s’agisse de s’opposer aux colonnes d’esclavagistes qui montaient des rives de l’Océan Indien et laissèrent dans leur sillage de nombreux « arabisés » de confession musulmane, de la conquête coloniale ou même de la lutte pour l’indépendance. A Bukavu, en 1960, de nombreux « évolués, des intellectuels issus du Maniéma, étaient d’ardents partisans de Patrice Lumumba. Après la prise de pouvoir de Mobutu en 1965, des jeunes gens originaires du Maniéma rejoignirent la « zone rouge », le maquis créé par Laurent Désiré Kabila sur les rives du lac Tanganyika. Lors des deux guerres du Congo la province opposa une résistance farouche aux envahisseurs soutenus par le Rwanda et l’Ouganda: les milices Mai Mai( des combattants traditionnels) recrutèrent en masse et c’est au Maniéma encore que fut stoppée l’avancée du RCD vers le Katanga et le Kasaï. « Des gens coriaces, profondément nationalistes » se souvient Baudouin Hamuli Kabarhuza, aujourd’hui diplomate à Libreville et qui, au début des années 90, animait la société civile de l’Est du Congo et avait créé le CRONG, Conseil des ONG de développement, à la suite de Pierre Lumbi, lui aussi originaire du Maniéma et aujourd’hui « cerveau » de la plate forme de Moïse Katumbi.
C’est au moment de la conférence nationale souveraine, au début des années 90, que Kabarhuza avait rencontré un certain Emmanuel Shadary, qui étudiait alors les sciences politiques au Katanga et devait rejoindre et aider à réorganiser la coordination de la société civile du Maniéma, présidée par l’évêque de Kindu. Membre de l’UDPS le parti d’Etienne Tshisekedi, Shadary rejoignit, dès son apparition, le PPRD (parti populaire pour la révolution et le développement) de Laurent Désiré Kabila et il en gravit tous les échelons, jusqu‘à atteindre la présidence.
Cette fidélité de la première heure ne fut cependant pas l’élément dominant dans le choix présidentiel. D’après l’ancien ministre des Affaires étrangères Célestin Tunda ya Kasende, qui fut en même temps que lui secrétaire général adjoint du parti présidentiel, « Shadary est originaire du territoire de Kabambare, dans le Maniéma et plus précisément du même village que Maman Sifa, l’épouse de Laurent Désiré Kabila, la mère de Joseph et de Jaynet la sœur jumelle. Maman Sifa eut, elle aussi, un passé de militante aux côtés de Laurent Désiré Kabila et elle vécut en exil en Tanzanie durant les années Mobutu. »
Lorsqu’il s’est agi d’identifier un dauphin originaire du Maniéma, Kabila avait le choix entre plusieurs noms. Le premier était Tambwe Mwamba, l’actuel ministre de la Justice. Plus de 80 ans, une intelligence redoutable, cet ancien avocat de la Sominki (Société minière du Kivu) fut tour à tour mobutiste, rebelle du RCD Goma , directeur de l’Office des Douanes, ministre des Affaires étrangères, du Plan, de la Justice. Expérimenté certes, mais trop versatile. Une autre « star » du Maniéma est le très brillant Kikaya Bin Karubi, aujourd’hui conseiller diplomatique du président, polyglotte, détenteur d’un Ph D, longtemps journaliste en Afrique du Sud. Sous les projecteurs de la scène internationale, il était en concurrence avec l’ancien premier ministre Matata Mponyo, lui aussi connu et apprécié. Tunda ya Kasende reconnaît cette somme de mérites mais rappelle cependant que : « nous sommes en Afrique. Ce qui compte, c’est l’aspect familial. Si la maman du chef de l’Etat, sa sœur jumelle Jaynet, son frère Zoé assurent que Shadary Ramazani ne trahira jamais car il est « du village » sinon de la famille, en définitive, c’est cet élément là qui se révèle déterminant. Cette proximité est importante à cause de la confiance qui règne entre les familles et qui empêchera toujours de trahir… »
Pour la famille Kabila, qui n’a pas oublié les années de clandestinité et de misère en Tanzanie, il est particulièrement important de pouvoir vivre dans le pays et de continuer à y jouir des fortunes accumulées. S’il est élu et souhaite répondre aux attentes de la population, Shadary devra faire face à cette fortune du clan présidentiel, qui se traduit par des participations dans plus de 80 sociétés, dans des biens mobiliers et immobiliers considérables répartis dans tout le pays ou à l’étranger…
Le dauphin est il lui-même fortuné ? Tunda ya Kasende se souvient de la réaction de Shadary lorsqu’il apprit qu’au titre de Ministre de l’Intérieur, il était frappé de sanctions décidées par l’Union européenne: « on veut geler mes avoirs en Belgique ? Mais je ne possède là bas, pas même un vélo… »
Avant d’être nommé Ministre de l’ Intérieur, Shadary menait d’ailleurs un train de vie modeste, logeant avec toute sa famille dans le quartier populaire du Mont Ngafula à Kinshasa. Ses collègues assurent qu’ »il a toujours été payé par l’Etat, sans disposer d’une fortune personnelle… »Cette relative pauvreté, selon certains, le rendra d’autant plus dépendant des moyens que Kabila acceptera de mettre à sa disposition…
S’il a la confiance de la famille Kabila, Shadary dispose-t-il de soutiens au sein de l’armée ? Tout en soulignant que seul le très controversé général Gabriel Amisi est originaire du Maniéma, nos interlocuteurs rappellent que « de nombreux soldats viennent de cette province et c’est à Kindu que se furent formées, par des instructeurs belges d’ailleurs, les meilleures unités des FARDC. »

« Coup pour coup »

Peu connu à l’étranger, Shadary, catholique et père de huit enfants, est présenté comme « représentatif de la base, issu du Congo profond ». Ce qui ne l’empêche pas d’être un homme à poigne : ses relations avec Kalev Mutomb, le puissant chef de la sécurité, sont excellentes et, alors qu’il était Ministre de l’Intérieur il chargea l’armée de mater sans pitié la rébellion Kamwina Nsapu dans le Kasaï. Lors des marches pacifiques menées par les chrétiens du début de cette année, il ordonna aux forces de sécurité de faire preuve de la plus grande fermeté, ce qui amena les troupes à tirer à balles réelles sur des manifestants en prière.
D’après ses proches, son surnom « coup pour coup » est parfaitement mérité : « alors que Kabila, lorsqu’il est attaqué, réfléchit longtemps avant de répliquer et se montre quelquefois trop lent, Shadary est plus impulsif : il réagit au quart de tour et cogne sans attendre ». A bon entendeur…

9 août 2018

La Belgique se contente de “prendre acte”

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La Belgique réagit froidement à la désignation d’un dauphin

C’est le service minimum : par la voix de Didier Reynders, la Belgique s’est contentée de « prendre acte » de la désignation d’un dauphin par Joseph Kabila à l’issue d’une consultation avec la majorité présidentielle. Les responsables congolais sont cependant invités à organiser les différents scrutins (présidentiel, législatif et provinciaux) dans un climat « apaisé » et « inclusif » afin que les résultats soient « crédibles ».
La réserve des Belges n’est pas seulement le résultat d’un climat politique demeuré glacial entre les deux pays, elle est surtout inspirée par des inquiétudes largement partagées, portant sur les mesures de décrispation, c’est-à-dire la libération de prisonniers politiques, sur la participation au scrutin de certains « poids lourds» dont l’exclusion pourrait assombrir le climat général et, plus largement, sur l’organisation de scrutins que le Congo entend prendre en charge seul, c’est-à-dire sans soutien financier extérieur ce qui signifie aussi sans observateurs du bon déroulement des observations. Mieux que personne, les Belges savent que rien n’est encore joué et que si la présentation du dauphin de M. Kabila a permis de faire baisser la tension intérieure et de réduire la pression internationale, la bonne mise en œuvre du processus représente un travail de longue haleine. Il faut cependant noter qu’au contraire de la France, qui a salué la « décision courageuse » de Kabila, les Belges se sont même abstenus de féliciter le chef de l’Etat sortant, qui est cependant le premier dans l’histoire du pays à accepter de s’effacer volontairement !
Par la voix de l’ambassadrice à L’ONU Nikki Halley, les Etats Unis se sont réjouis de la non candidature de M. Kabila, mais en prévenant qu’il subsistait de nombreux problèmes à résoudre . On attend encore les réactions du côté africain, mais Cyril Ramaphosa, le président de l’Afrique du Sud, est attendu vendredi à Kinshasa.

9 août 2018

Isidore Ndaywel salue la victoire du peuple congolais

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L’historien congolais Isidore Ndaywel, à l’origine de la Coordination des laïcs chrétiens (CLC) organisatrice des grandes marches pacifiques du début de cette année, se réjouit de ce qu’il appelle « une victoire d’étape». « Pour nous, l’identité du candidat présenté par la majorité présidentielle est une question secondaire. C’est de la « cuisine interne» et il ne nous appartient pas d’interférer dans le choix des partis politiques. Par contre, nous nous réjouissons du fait que le président Kabila ne sera pas candidat à sa propre succession, qu’il renonce à briguer un troisième mandat. Il s’agît là d’une victoire obtenue grâce à la mobilisation du peuple congolais, de la suite des efforts menés par les leaders religieux, des pressions exercées par la communauté internationale. Un tel résultat mérite d’être salué, car il est encore relativement rare sur le continent africain. »
Le professeur Ndaywel, qui travaille en ce moment sur les processus de résistance mis en œuvre par les Congolais depuis l’époque coloniale, assure qu’ « une fois de plus le peuple congolais a démontré sa capacité de résister. Je suis fier d’appartenir à ce peuple qui, par son courage, a obtenu un tel résultat… Cependant, la lutte continue, car nous voulons arriver à des élections crédibles et inclusives. Or des acteurs politiques importants demeurent exclus du processus électoral, et nous ne sommes pas d’accord avec l’exclusion de Moïse Katumbi, ni avec le maintien en prison de personnalités politiques comme Diomi Ndongala (leader de la démocratie chrétienne) ou l’avocat de Lubumbashi Jean-Claude Muyambo. Ceux qui sont toujours en prison auraient le droit de se porter candidats, y compris à d’autres scrutins que la présidentielle, et ils en sont empêchés.
Par ailleurs, le fichier électoral reste à nettoyer, conformément aux recommandations de l’Organisation internationale de la francophonie ; plus de dix millions de cartes d’électeurs sont contestables et nous ignorons quel usage on en fera…
Le dernier point litigieux, c’est la « machine à voter ». Il est clair que le peuple n’en veut pas, que cette « machine » n’est pas prévue par la loi et est rejetée par l’opinion. Il faudra résoudre au plus vite cette question. Le combat continue, nous devons demeurer vigilants… »
Au sujet d’une « transition citoyenne » qui passerait par la mise à l’écart du président Kabila, Isidore Ndaywel rappelle « qu’elle n’est pas prévue par la Constitution et ne possède donc pas de base juridique. Par contre, il est possible que des raisons techniques obligent à déplacer la date des élections, que le délai puisse être déplacé de six mois. Cela, nous pourrions le comprendre, à la rigueur. Ce qui compte pour nous, c’est la légitimité. Il faut que ces élections soient les meilleures possible, qu’on en finisse avec la corruption, que le peuple sorte enfin de la misère. Le peuple congolais mérite de bonnes élections. Les meilleures possible. »

9 août 2018

Kabila, premier président du Congo à partir volontairement

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C’était peut-être à contre cœur, en jouant la montre, en maintenant le suspense jusqu’à la dernière minute… Mais l’essentiel, c’est tout de même que Joseph Kabila ait tenu parole et respecté la Constitution. Même si, durant deux ans il a joué les prolongations, le président sortant a fini par accepter de ne pas se porter candidat pour un troisième mandat. Dans les eaux troubles de la politique congolaise, il a jeté un « dauphin » qui devra bientôt se transformer en requin s’il veut survivre… Cette décision n’a sans doute pas été facile à prendre : c’est la première fois, depuis l’indépendance du Congo, qu’un chef d’Etat se retire de son plein gré, sans être renversé ou assassiné, et bien des pays voisins sont encore dirigés par des présidents à vie. Si le statut d’ancien chef de l’Etat qui vient d’être voté lui permet de vivre dignement dans son pays et s’il respecte les règles du jeu, Joseph Kabila entrera dans l’histoire du Congo.
Les « félicitations du jury » ne devraient cependant pas occulter les réserves et les questions qui demeurent nombreuses. Car il est probable qu’Emmanuel Shadary, -s’il est élu-, sera le « Medvedev » d’un Kabila qui, devenu le chef incontesté de son parti, aura la capacité et les moyens d’influencer le pouvoir de son successeur. En outre le processus électoral lui-même suscite encore bien des inquiétudes : l’éviction de Moïse Katumbi, si elle se confirme, déçoit une large frange de l’opinion, il n’est pas certain que Jean-Pierre Bemba sera autorisé à concourir, les autres candidats sont désargentés, prêts à bien des compromis pour pouvoir demeurer dans la course. Quant à la Commission nationale indépendante, elle n’est alimentée que par le seul budget congolais, ce qui écarte les financements mais aussi les techniciens et les observateurs étrangers. Cette relative solitude conforte sans doute le nationalisme mais surtout, elle ouvre la voie à toutes les critiques. Qu’il s’agisse du nombre d’électeurs enregistrés ou de la désormais fameuse « machine à voter »une imprimante d’origine coréenne qui permettra de gagner du temps mais manquera toujours d’un carburant essentiel, c’est à dire la confiance de toutes les parties.
On peut déjà parier que les futures élections, avant même d’être organisées, seront frappées de suspicion tant par une communauté internationale sceptique et écartée de la surveillance des opérations que par les perdants ou les disqualifiés et il est à craindre que le maintien de l’ordre fera encore des victimes…Mais faut-il pour autant rejeter le bébé avec l’eau du bain, nier la validité du processus engagé dans l’hypothétique espoir d’une « transition sans Kabila » ? Dans l’absolu, une « transition citoyenne » menée par des individus et des institutions réellement neutres mènerait sans doute à un changement plus profond et permettrait à de nouvelles forces d’émerger. Mais au vu de l’appareil de sécurité mis en place, chacun sait aussi que le prix d’une éviction brutale du chef de l’Etat sortant serait élevé en termes de vies humaines, que les risques d’une nouvelle déstabilisation du pays seraient bien réels. Qui oserait tenir un tel pari ? La population congolaise est certainement fatiguée des dix-sept ans de règne de Kabila et elle aspire à un changement en profondeur. Mais le mieux, ambitieux et radical, peut aussi être l’ennemi du bien, modeste et progressif…

9 août 2018

Le dauphin de Kabila est un homme de l’ombre et de réseaux

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La présentation d’Emmanuel ShadaryRamazani comme candidat du Front commun pour le Congo, la plate forme constituée autour de la majorité présidentielle, a commencé par surprendre, par susciter des commentaires en sens divers : « tout çà pour çà », « un homme de l’ombre », « Le Medvedev de Kabila/ Poutine » .. Il est vrai que le secret avait été bien gardé et la mise en scène opaque à souhait : à la veille du délai fixé pour le dépôt des candidatures à l’élection présidentielle, les représentants de la majorité avaient été convoqués à Kingakati, la ferme du président Kabila, pour une ultime réunion dont rien ne filtra, les portables ayant été coupés et les réseaux sociaux désactivés. Alors que Kinshasa retenait son souffle, que le dispositif de sécurité avait été renforcé dans la ville, il fallut attendre l’extrême fin du délai fixé pour découvrir, d’un seul coup, les deux nouvelles du jour : Kabila avait respecté son engagement à ne pas se représenter et son dauphin était un homme relativement peu connu à l’extérieur du pays, mais ayant gravi méthodiquement tous les échelons du pouvoir.
Né en 1960, Emanuel ShadaryRamazani est originaire du territoire de Kabambare au Maniéma, une province centrale, enclavée, jouxtant à la fois le Kivu et le Katanga, et dont est originaire Maman Sifa, la mère du président sortant. Les liens entre Joseph Kabila et Emmanuel Shadari sont plus anciens qu’on ne le pense : membre de la société civile du Maniéma du temps de Mobutu, Shadary fut élu, à deux reprises, député national et dès le début, il accompagna le développement du parti présidentiel, le PPRD (parti du peuple pour la reconstruction et le développement)dont il finit par devenir secrétaire général adjoint et coordinateur de la majorité présidentielle. A chacun de ses déplacements dans cette province parfois oubliée, c’est chez Shadary que logeait Joseph Kabila alors même qu’un autre fils du Maniéma, Augustin MatataPonyo occupait le devant de la scène comme Premier Ministre et qu’Aubin Minaku présidait l’Assemblée nationale.
Ayant étudié les sciences politiques à Kinshasa, s’exprimant aussi bien en lingala, la langue de Kinshasa et de l’ouest du Congo qu’en swahili, Emmanuel ShadaryRamazani fut longtemps considéré comme un disciple d’Evariste Boshab, auquel il succéda comme ministre de l’Intérieur en 2016. Un poste exposé, qui l’amena à être tenu pour responsable de la répression menée lors des manifestations anti-Kabila et à être frappé par des sanctions européennes.
Homme effacé, courtois, aussi peu flamboyant que Joseph Kabila lui-même, Emmanuel Shadaryest décrit comme un homme de l’ombre qui a méthodiquement assuré son emprise. « Comme ministre de l’Intérieur, il est devenu le maître de la « territoriale » nous assure l’un de ses proches «tous les responsables administratifs qu’il a nommés dans les provinces lui sont acquis et au moment des élections, il s’agira d’un atout essentiel. » Sur le terrain, le travail a été mené avec méthode : « durant des mois, doté d’un avion que le parti avait loué pour lui, Shadary a parcouru tout le pays et, si à l’étranger il est peu connu, il n’en va pas de même dans le Congo profond… »
Président du parti après en avoir été secrétaire national, le dauphin de Kabila est donc un homme de réseaux, qui se gardait bien d’apparaître au premier plan. Apparemment dépourvu de fortune personnelle (ce qui peut représenter un handicap mais n’est pas un défaut…)lecandidat surprise dépendra donc de son mentor, de la même manière qu’il devra compter sur ce dernier pour s’assurer le contrôle de l’armée où le général Amisi dit Tango Four (récemment promu chef d’état major adjoint chargé des opérations et du renseignement..) est le seul à être originaire du Maniéma. Pour le ministre des affaires étrangères SheOkitundu, « la nomination de Shadary est le fruit d’une réflexion mûrement réfléchie ; notre candidat répond aux onze critères qui avaient été fixés par notre plate forme et il a franchi toutes les étapes pouvant le mener au pouvoir suprême. Originaire d’une petite province, certes, il a vécu au Katanga et à Kinshasa et dans l’Equateur il s’est exprimé en lingala… »
Quant aux pays voisins, et en particulier le Rwanda et l’Angola, SheOkitundu estime qu’Emmanuel Shadari sera à même de les rassurer, tandis que le président sud africain Cyril Ramaphosa s’est annoncé pour vendredi à Kinshasa. En Europe, la quasi éviction de Moïse Katumbi, empêché de regagner son pays pour y déposer sa candidature, n’a pas fini de faire grincer des dents et on se demande si la candidature de Jean-Pierre Bemba (qui n’a pas vécu au Congo l’année écoulée car il était détenu à La Haye ) sera jugée recevable.
Ciblé par des sanctions européennes, le dauphin venu du « Congo de l’intérieur » devra apprendre à nager dans les eaux internationales. Il devra aussi faire face à la rancune des Français qui furent obligés de payer une rançon pour obtenir la libération d’otages qui, travaillant pour la société Banro, active au Maniéma et au Sud Kivu, avaient été capturés par les Mai Mai. Shadari, alors ministre de l’Intérieur, s’était révélé impuissant…

9 août 2018

Kabila reste le maître du temps

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Jusqu’au bout, Joseph Kabila aura démontré qu’il n’avait pas d’autre agenda que le sien. Qu’il était le maître du temps, le champion du silence et du secret. Qu’on en juge : alors qu’ils se dirigeaient vers la ferme appartenant au chef de l’Etat, à quelques dizaines de kilomètres de Kinshasa, les membres de la coalition politique appelée « Front commun pour le Congo » une vaste plate forme réunissant plusieurs partis ignoraient tout du choix qui leur serait présenté ! Ils avaient aussi été priés de couper leurs portables et de s’abstenir de communiquer avec le monde extérieur ! Certes, les formes avaient été respectées : les principaux responsables des FCC avaient été priés, voici deux jours, de remettre une liste de quatre noms, ceux de quatre candidats possibles pour l’élection présidentielle, et certains d’entre eux, pressentant un piège, s’étaient empressés d’indiquer le nom de Kabila lui-même ! Flagorneurs ? Certainement. Mais aussi prudents car qui peut distinguer la soif de vérité et la capacité de représailles d’un homme qui ne se sentirait plus suffisamment suivi ? Un premier signe avait déjà inquiété : KinKieyMulumba avait décidé de faire cavalier seul et de présenter, à titre personnel, sa propre candidature. Or KInKIey n’est pas n’importe qui : le fondateur du magazine « le Soft » et excellent journaliste par ailleurs excelle à humer l’air du temps et à quitter le bateau avant la tempête. N’avait il pas été le dernier porte parole de Mobutu, avant de rallier les rebelles du RCD Goma puis de rejoindre Joseph Kabila avec un enthousiasme qui le mena à lancer, voici trois ans déjà, un mouvement d’adhésion au chef qui s’appelait « Kabila Désir » et… qui ne rencontra que peu d’adhésions spontanées. Aujourd’hui l’ancien ministre des télécommunications a décidé de rouler pour lui-même… Que sait-il, que pressent-il que les autres ignorent encore ?
Quelle que soit l’issue de la réunion, la procédure a de quoi inquiéter : fallait-il réellement entretenir aussi longtemps le suspense, tenir en haleine une opinion qui ne demande qu’à pouvoir effectuer en décembre un choix démocratique et raisonné, discréditer ou tenir à l’écart des opposants comme Moïse Katumbi ? Une telle pratique du secret ne confirme-t-elle pas une préoccupante manière de gouverner : par défi sinon par arrogance ? La population congolaise mérite mieux.