9 août 2018

Kabila, premier président du Congo à partir volontairement

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C’était peut-être à contre cœur, en jouant la montre, en maintenant le suspense jusqu’à la dernière minute… Mais l’essentiel, c’est tout de même que Joseph Kabila ait tenu parole et respecté la Constitution. Même si, durant deux ans il a joué les prolongations, le président sortant a fini par accepter de ne pas se porter candidat pour un troisième mandat. Dans les eaux troubles de la politique congolaise, il a jeté un « dauphin » qui devra bientôt se transformer en requin s’il veut survivre… Cette décision n’a sans doute pas été facile à prendre : c’est la première fois, depuis l’indépendance du Congo, qu’un chef d’Etat se retire de son plein gré, sans être renversé ou assassiné, et bien des pays voisins sont encore dirigés par des présidents à vie. Si le statut d’ancien chef de l’Etat qui vient d’être voté lui permet de vivre dignement dans son pays et s’il respecte les règles du jeu, Joseph Kabila entrera dans l’histoire du Congo.
Les « félicitations du jury » ne devraient cependant pas occulter les réserves et les questions qui demeurent nombreuses. Car il est probable qu’Emmanuel Shadary, -s’il est élu-, sera le « Medvedev » d’un Kabila qui, devenu le chef incontesté de son parti, aura la capacité et les moyens d’influencer le pouvoir de son successeur. En outre le processus électoral lui-même suscite encore bien des inquiétudes : l’éviction de Moïse Katumbi, si elle se confirme, déçoit une large frange de l’opinion, il n’est pas certain que Jean-Pierre Bemba sera autorisé à concourir, les autres candidats sont désargentés, prêts à bien des compromis pour pouvoir demeurer dans la course. Quant à la Commission nationale indépendante, elle n’est alimentée que par le seul budget congolais, ce qui écarte les financements mais aussi les techniciens et les observateurs étrangers. Cette relative solitude conforte sans doute le nationalisme mais surtout, elle ouvre la voie à toutes les critiques. Qu’il s’agisse du nombre d’électeurs enregistrés ou de la désormais fameuse « machine à voter »une imprimante d’origine coréenne qui permettra de gagner du temps mais manquera toujours d’un carburant essentiel, c’est à dire la confiance de toutes les parties.
On peut déjà parier que les futures élections, avant même d’être organisées, seront frappées de suspicion tant par une communauté internationale sceptique et écartée de la surveillance des opérations que par les perdants ou les disqualifiés et il est à craindre que le maintien de l’ordre fera encore des victimes…Mais faut-il pour autant rejeter le bébé avec l’eau du bain, nier la validité du processus engagé dans l’hypothétique espoir d’une « transition sans Kabila » ? Dans l’absolu, une « transition citoyenne » menée par des individus et des institutions réellement neutres mènerait sans doute à un changement plus profond et permettrait à de nouvelles forces d’émerger. Mais au vu de l’appareil de sécurité mis en place, chacun sait aussi que le prix d’une éviction brutale du chef de l’Etat sortant serait élevé en termes de vies humaines, que les risques d’une nouvelle déstabilisation du pays seraient bien réels. Qui oserait tenir un tel pari ? La population congolaise est certainement fatiguée des dix-sept ans de règne de Kabila et elle aspire à un changement en profondeur. Mais le mieux, ambitieux et radical, peut aussi être l’ennemi du bien, modeste et progressif…