9 août 2018

Kabila reste le maître du temps

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Jusqu’au bout, Joseph Kabila aura démontré qu’il n’avait pas d’autre agenda que le sien. Qu’il était le maître du temps, le champion du silence et du secret. Qu’on en juge : alors qu’ils se dirigeaient vers la ferme appartenant au chef de l’Etat, à quelques dizaines de kilomètres de Kinshasa, les membres de la coalition politique appelée « Front commun pour le Congo » une vaste plate forme réunissant plusieurs partis ignoraient tout du choix qui leur serait présenté ! Ils avaient aussi été priés de couper leurs portables et de s’abstenir de communiquer avec le monde extérieur ! Certes, les formes avaient été respectées : les principaux responsables des FCC avaient été priés, voici deux jours, de remettre une liste de quatre noms, ceux de quatre candidats possibles pour l’élection présidentielle, et certains d’entre eux, pressentant un piège, s’étaient empressés d’indiquer le nom de Kabila lui-même ! Flagorneurs ? Certainement. Mais aussi prudents car qui peut distinguer la soif de vérité et la capacité de représailles d’un homme qui ne se sentirait plus suffisamment suivi ? Un premier signe avait déjà inquiété : KinKieyMulumba avait décidé de faire cavalier seul et de présenter, à titre personnel, sa propre candidature. Or KInKIey n’est pas n’importe qui : le fondateur du magazine « le Soft » et excellent journaliste par ailleurs excelle à humer l’air du temps et à quitter le bateau avant la tempête. N’avait il pas été le dernier porte parole de Mobutu, avant de rallier les rebelles du RCD Goma puis de rejoindre Joseph Kabila avec un enthousiasme qui le mena à lancer, voici trois ans déjà, un mouvement d’adhésion au chef qui s’appelait « Kabila Désir » et… qui ne rencontra que peu d’adhésions spontanées. Aujourd’hui l’ancien ministre des télécommunications a décidé de rouler pour lui-même… Que sait-il, que pressent-il que les autres ignorent encore ?
Quelle que soit l’issue de la réunion, la procédure a de quoi inquiéter : fallait-il réellement entretenir aussi longtemps le suspense, tenir en haleine une opinion qui ne demande qu’à pouvoir effectuer en décembre un choix démocratique et raisonné, discréditer ou tenir à l’écart des opposants comme Moïse Katumbi ? Une telle pratique du secret ne confirme-t-elle pas une préoccupante manière de gouverner : par défi sinon par arrogance ? La population congolaise mérite mieux.