9 août 2018

La semaine de tous les dangers s’est ouverte au Congo

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Le Congo est entré dans la semaine de tous les dangers : c’est le 8 août en effet que le CENI (Commission électorale indépendante) clôturera la liste des candidats à l’élection présidentielle qui est toujours prévue pour le 23 décembre prochain. De toutes parts, tant du côté de l’opposition que celui du pouvoir, les « poids lourds » entretiennent le suspense et, dans le « peloton de tête » l’inquiétude côtoie aussi le burlesque.
C’est ainsi qu’à Lubumbashi, des partisans de l’ancien gouverneur Moïse Katumbi, qui avaient entamé des manifestations pour protester contre l’interdiction de pénétrer dans le pays signifiée au candidat de la plate-forme « Ensemble » ont essuyé des coups de feu. Hubert Tshiswaka, avocat et militant des droits de l’homme, nous a confirmé par téléphone que « la police avait tiré à balles réelles dans des quartiers populaires comme Tabacongo ou Matshipisha, faisant quatre blessés graves. Des manifestants portant des banderoles de soutien à Katumbi et emmenés par Charles Mwando, leader du parti Unadef, ont tenté de se diriger vers le siège du gouvernorat, au centre ville, mais ils en ont été dissuadés par des gaz lacrymogènes. »
Quant à Moïse Katumbi lui-même, il s’était, par deux fois, vu refuser l’entrée en territoire congolais : alors qu’il aurait initialement souhaité atterrir à l’aéroport de la Luano, à Lubumbashi, il a finalement décidé de gagner la capitale du Katanga par la route, via le poste frontière de Kasumbalesa, par où passent tous les semi-remorques chargés de minerais se dirigeant vers la Zambie ou le port tanzanien de Dar es Salaam. Selon des sources locales, à aucun moment M. Katumbi ne s’est entretenu avec des officiels congolais : il n’a pas pénétré dans la « zone neutre » qui sépare les deux pays pas plus qu’il ne s’est approché du poste frontière de son pays et ce sont les officiels zambiens qui lui ont signifié que leurs collègues d’en face avaient reçu des instructions pour refuser de le laisser pénétrer sur le sol katangais. Tout indique donc que, refusant de passer en force (avec tous les risques que cela représente, dont l’arrestation immédiate) M. Katumbi, qui était considéré comme le principal challenger du président sortant, ne pourra, dans les délais requis, pénétrer au Congo pour présenter sa candidature dans les délais requis. Ce qui provoque évidemment la colère de ses partisans, dans son fief de Lubumbashi comme ailleurs dans le pays. Cependant, d’ici l’expiration de la date butoir, des surprises sont toujours possibles et d’aucuns assurent que, pour le président Kabila et les siens, Moïse Katumbi représente certainement un danger moindre que Jean-Pierre Bemba, le président du Mouvement pour la libération du Congo. Acquitté par la Cour pénale internationale, M. Bemba a fait un aller-retour à Kinshasa et dans l’Equateur pour déposer sa candidature, avant de rentrer à Bruxelles, la CPI devant encore rendre son verdict dans une affaire de subornation de témoins.
Si l’opposition est perturbée par les déboires de Moïse Katumbi et le retour inopiné de Jean-Pierre Bemba, la perplexité n’est pas moindre dans le camp de Kabila. Censé quitter le pouvoir, son mandat de deux ans ayant expiré après deux années de prolongation, le président sortant devrait, d’ici mercredi, soit présenter son dauphin, soit assumer la présentation de sa propre candidature. A quelques heures de la fin du suspense, même les proches du « Raïs » (président en swahili) sont dans le doute : d’aucuns pensent qu’il attendra la dernière minute pour annoncer son retrait et le nom de son dauphin, choisi parmi les quatre noms que ses fidèles avaient été chargés de lui présenter. Ils considèrent que c’est dans cet esprit, afin d’assurer ses arrières, qu’il a fait voter la loi sur le statut et les privilèges des anciens chefs d’Etat. Dans les cercles du pouvoir, les spéculations autour des dauphins potentiels échauffent les esprits et aiguisent les ambitions…
Mais d’aucuns pensent aussi que rien, en principe, n’interdirait à Kabila d’encore faire acte de candidature, et que c’est à la Cour constitutionnelle et à la CENI qu’il appartiendrait alors de considérer si cette proposition est valable ou non. Dans cette dernière hypothèse, on peut craindre que l’opinion, chauffée à blanc, interviendra elle aussi dans le débat et que ce n’est pas pour rien que l’armée et les forces de sécurité viennent d’être dotés de nouveaux chefs…