9 août 2018

Toute crise au Congo est internationale

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Une situation stratégique au cœur de l’Afrique… Des ressources telles que le cobalt, le coltan, l’uranium, indispensables aux technologies modernes, mais aussi l’eau et la forêt, essentiels en ces temps de réchauffement climatique… Le plus peuplé (85 millions d’habitants…des pays de la francophonie, neuf voisins qui comptent sur les ressources du Congo pour se développer ou qui redoutent la contagion du désordre… Les espoirs mais surtout les crises du Congo n’appartiennent pas aux seuls Congolais et, quel que soit le nationalisme voire le souverainisme des dirigeants du pays, les échéances à venir concernent les pays voisins, intéressent l’Afrique toute entière et ne laissent pas indifférentes les puissances membres du Conseil de sécurité.
Au cours des deux années qui ont suivi la fin officielle du mandat du président Kabila, la RDC a été placée sous haute surveillance. Si l’accord de la Saint Sylvestre, conclu après la médiation avortée de l’ancien président togolais EdemKodjo fut avalisé de toutes parts, c’est parce qu’il balisait le processus de sortie de crise et que le président Kabila avait réussi à convaincre l’opinion internationale de sa détermination à respecter le prescrit constitutionnel et les délais finalement consentis tandis que l’opinion congolaise demeurait, elle, plus circonspecte. Au fil des mois cependant, les Occidentaux ont durci leurs positions : la répression violente des marches pacifiques des chrétiens, s’ajoutant à des avalanches de rapports accablants sur la corruption et les avoirs de la famille Kabila, ont choqué l’opinion et déclenché des vagues de sanctions ciblées. Privation de visa, gels des avoirs, interdiction de voyager : des mesures ont commencé à frapper de hautes personnalités du régime, hauts gradés de l’armée, responsables des services de sécurité, proches de Kabila, même si lui-même a été épargné. Les Américains ont donné le là, mais la Belgique n’a pas été en reste et, après la première marche des chrétiens, un froid polaire s’est installé entre Bruxelles et Kinshasa, se traduisant par le rappel des ambassadeurs, la fermeture, demandée par Kinshasa… de la maison Schengen dispensatrice de visas, la réduction des fréquences de Brussels Airlines…De part et d’autre, les sanctions visaient à faire mal, à toucher aux intérêts économiques de la Belgique, à humilier des responsables congolais et, par ricochet, à priver d’accès à l’Europe d’importantes personnalités du régime mais aussi des citoyens lambda, désormais empêchés de venir étudier, commercer, participer à des conférences sur le Vieux Continent.
L’avenir dira si ces sanctions ont été efficaces, qui elles ont réellement affecté. Car durant des mois, grâce aux efforts du ministre des Affaires étrangères SheOkitundu, la RDC ne s’est pas mal défendue sur le plan international : elle a réussi à se faire élire au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, des pays comme la France ont discrètement octroyé des visas ou formé des cadres militaires, de nouveaux amis sont apparus aux côtés des Chinois, comme les Russes, les seconds sécurisant militairement les investissements économiques des premiers…
La Mission des Nations unies au Congo a été le reflet de cette relative impuissance de la communauté internationale et elle a poursuivi sa mission en promettant d’assister, comme précédemment, le processus électoral…En fait, dans ce monde multipolaire, les Occidentaux ont pris la mesure de leur relative impuissance tandis que la RDC tendait ses muscles et constatait qu’une diplomatie ferme, parfois ombrageuse, n’était pas toujours dépourvue de résultats.
Ce qui compte en fait, pour Kinshasa, c’est la réaction de l’Afrique et en particulier l’attitude des pays voisins. Sur ce plan, il faut reconnaître que les gérontes qui dirigent le Congo Brazzaville, l’Ouganda, le Cameroun, le Tchad, ont peu de leçons à donner à un chef d’Etat qui n’a même pas cinquante ans…
Cependant, en deux ans, bien des situations ont changé et des amis qui portèrent au pouvoir la « dynastie Kabila » ont été évincés : au Zimbabwe, Robert Mugabe a cédé la place à Emerson Mwanangagwa, aussi affairiste mais beaucoup plus prudent et déjà contesté, en Afrique du Sud Jacob Zuma a été remplacé par Cyril Ramaphosa, déjà riche et beaucoup moins avide de contrats douteux, tandis que des sociétés sud africaines qui avaient appuyé les projets agro industriels de BukangaLonzo ou d’ailleurs digèrent mal leur échec et leurs pertes financières, sans parler des sociétés minières… Durant longtemps, l’Angola de José Eduardo dos Santos a représenté l’allié le plus fiable de Kinshasa, intervenant de manière décisive dans des moments clés. Là aussi les choses ont changé et ce n’est pas un hasard si avant la date fatidique du dépôt des candidatures Joseph Kabila s’est rendu à Luanda pour consulter le nouveau président Joao Lourenço, peu désireux de faire face à un éventuel afflux de réfugiés congolais en cas de troubles graves.
Quant au Burundi et au Rwanda, les relations sont délicates : PierreNkurunziza a lui aussi défié la constitution de son pays, prolongé ses mandats, affronté les sanctions internationales et les relations entre ses services de sécurité et ceux de la RDC sont demeurées étroites. Mais cette proximité est dangereuse : Kigali s’inquiète de mouvements hostiles à la frontière des trois pays, des mouvements armés hutus sont toujours présents au Congo et, président en exercice de l’Union africaine, Paul Kagame, pour des raisons tant de sécurité nationale que de solidarité panafricaniste, ne restera pas passif devant une éventuelle dérive de la RDC. Aujourd’hui déjà, le Tchadien Moussa Faki, l’un des hauts dirigeants de l’Union africaine, a déclaré qu’il suivait de très près la phase de dépôt des candidatures et qu’il insistait sur les conditions à réunir pour rendre crédibles le résultat des élections.
Tout indique déjà que, si une crise éclate à Kinshasa, elle ne sera pas uniquement congolaise : c’est l’Afrique toute entière qui sera affectée.