1 septembre 2018

Condamné pour viol, un député du Sud Kivu va se représenter

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Le Docteur Mukwege, durant des années, a failli douter des hommes de son pays : n’auraient-ils pas tous, civils et militaires, été contaminés par la violence sexuelle devenue arme de guerre, arme fatale désormais utilisée même en temps de paix et banalisée ? Régulièrement, on lui amenait, à l’hôpital de Panzi, des fillettes de moins de neuf ans, atrocement mutilées, abîmées à vie par des viols commis par des inconnus. Les faits se déroulaient le plus souvent dans la commune de Kavumu, non loin de l’aéroport de Bukavu : enlevées dans leur sommeil, des petites filles étaient emportées loin du domicile de leurs parents. Une fois le forfait accompli, elles étaient déposées à l’entrée du jardin familial ou sur le seuil de la maison ! Alors que la terreur s’emparait de Kavumu et même de la capitale du Sud Kivu, les soupçons s’étendaient aux militaires du camp voisin, aux démobilisés difficilement rendus à la vie civile, aux hommes du village, qu’ils soient célibataires ou pères de famille. Un jour cependant, un homme fut arrêté : Frederic Batumike Rugambanya, pasteur et chef de la milice « Djeshi ya Jesu »(ami de Jésus) et aussi député provincial. Un homme connu donc, à la tête d’un parti appartenant à la majorité présidentielle et plus précisément au regroupement CCCU et alliés, la formation du ministre de la Communication et des médias Lambert Mende.
Le procès qui se déroula à Kavumu fut intensément suivi, par la population, par les défenseurs des droits de l’homme, dont Trial International, par le Docteur Mukwege et ses collaborateurs de l’hôpital Panzi. Il apparut au fil des audiences que la secte à laquelle appartenait le député Batumike se livrait à des pratiques fétichistes sur des fillettes de 1 à 9 ans, procédant à la mutilation des organes sexuels, à des viols particulièrement destructeurs et que 47 fillettes avaient ainsi été agressées. Ce procès, fortement médiatisé, se termina en décembre 2017 et Batumike fut reconnu coupable d’enlèvements d’enfants mineures, de mutilations mais aussi de plusieurs meurtres dont un défenseur des droits de l’homme et animateur de la société civile Ernest Kasali, d’un ressortissant allemand Walter Muller avec lequel il avait eu un litige d’ordre commercial. Avec dix de ses miliciens, le député chef de secte fut condamné à la prison à vie pour crimes contre l‘humanité.
Tout Bukavu respira, entre autres parce que la justice avait pu s’exercer en dépit des appartenances politiques du prévenu. Il fut question de victoire contre l’impunité, de procès exemplaire, en dépit de certaines irrégularités de procédure…
S’était on réjoui trop vite ? Avait on oublié que Batumike avait gardé des protections en haut lieu ? C’est avec stupeur que la société civile de Bukavu a découvert que la CENI (Commission électorale indépendante) avait retenu la candidature du député provincial pour la circonscription de Kabare (Sud Kivu) lui attribuant le numéro 30. La Nouvelle dynamique de la société civile du Sud Kivu a dénoncé « la sélectivité et la légèreté » qui caractériseraient la CENI, une institution censée être indépendante. « Maintenir des criminels et écarter certains citoyens sur base des considérations et injonctions politiques vient d’enlever le peu de confiance et de crédibilité qui restait à la CENI qui, aujourd’hui, confirme son inféodation à un camp politique, à savoir la majorité présidentielle », a assuré la NSCI.
Face au tollé général, le président de la CENI, Corneille Nangaa, a déclaré que la candidature de Frederic Batumike condamné à perpétuité pour crimes contre l‘humanité serait invalidée et il a affirmé que son institution avait été informée avec retard de la condamnation du député. Ce verdict rendu en deuxième instance par la Haute Cour militaire de Kinshasa, en déplacement à Kavumu, avait cependant fait les grands titres de toute la presse congolaise et internationale….Cette polémique intervient alors que la CENI vient d’invalider 6 candidats à l’élection présidentielle, dont Jean-Pierre Bemba récemment libéré et acquitté par la Cour pénale internationale mais toujours condamné pour subornation (donc corruption) de témoins.