1 septembre 2018

Deux Belges liés au Rwanda trouvent la mort en Afrique du Sud

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Les dossiers liés au Rwanda s’alourdissent en Afrique du Sud et risquent de compromettre les relations entre Kigali et Pretoria qui avaient déjà été très tendues lorsque Patrick Karegeya, un ancien membre du FPR passé à l’opposition, avait été retrouvé étranglé en 2014 dans sa chambre d’hôtel à Johannesbourg. En effet, la police sud africaine enquête sur les circonstances du décès d’un ancien avocat belge, PJ Staelens, 36 ans, décédé le 31 juillet dernier dans l’incendie de sa voiture, jugé suspect. Staelens se trouvait en Afrique du Sud pour tenter de s’informer à propos des circonstances exactes de la mort d’un Belgo-Rwandais, Thomas Ngeze, qui avait été retrouvé pendu le 15 juin dans une chambre d’hôtel à Johannesbourg.
Selon certaines sources, Thomas Ngeze aurait rencontré des diplomates rwandais peu avant son décès et aurait fait part de ses inquiétudes, sinon de sa panique, à des proches. La famille de Thomas Ngeze accusant Kigali d’avoir commandité son assassinat Staelens s’était rendu en Afrique du Sud pour tenter d’en savoir plus. Thomas Ngeze, 28 ans, juriste spécialisé dans le droit international et diplômé en 2016 à l’Université de Gand, était considéré comme un jeune avocat brillant. Dès la fin de ses études il avait travaillé durant un an dans le bureau sud africain du Fonds mondial pour la population. Par la suite il avait été engagé dans un cabinet d’avocat à Johannesbourg. Une carrière d’avocat international prometteuse s’ouvrait donc devant lui, à condition de faire oublier son nom de famille. En effet Thomas Ngeze, qui avait la nationalité belge, était le fils de l’un des Rwandais les plus tristement connus, Hassan Ngeze, fondateur du journal Kangura, l’un des « médias de la haine » au même titre que la Radio des Mille Collines. Condamné à la prison à vie le 3 décembre 2003 pour génocide, Hassan Ngeze purge sa peine au Mali.
Dans une lettre posthume adressée à son fils il constatait que leurs voies avaient divergé : Thomas en effet s’était rendu au Rwanda à la fin de ses études dans le cadre de l’opération « come and see » (venez et voyez) destinée à attirer au Rwanda des jeunes de la diaspora afin qu’ils puissent mesurer par eux-mêmes les progrès accomplis dans leur pays.
Favorablement impressionné, Thomas Ngeze avait communiqué ses conclusions positives à son père. Les deux hommes se parlaient par téléphone, mais le jeune avocat n’avait jamais rendu visite à son père en détention et en Afrique du Sud il avait gardé des contacts amicaux avec des représentants diplomatiques du Rwanda.
On ignore toujours si, à Jonannesbourg, le jeune avocat a été en contact avec des membres du RNC (Congrès national rwandais) le mouvement politico militaire fondé par l’ancien général Kayumba, ancien chef des renseignements du FPR et compagnon d’armes de Kagame, qui a échappé de justesse à deux tentatives d’assassinat dans lesquelles étaient impliqués des membres de l’ambassade du Rwanda en Afrique du Sud.
LE rnc connaît en ce moment quelques dissidences. Tous ses membres en effet ne sont pas d’accord avec les infiltrations qui se produisent en ce moment au Rwanda au départ du Burundi, où des hommes en armes attaquent la population civile aux alentours de la forêt de Nyungwe et le général Kayumba ne soutient pas ceux qui fomentent des troupes depuis la région de Bijombo au Sud Kivu.
Par contre, le sort de Hassan Ngeze, le père de Thomas, ravive les passions dans le pays et dans la diaspora rwandaise : sa peine ayant été réduite à 35 ans de prison en novembre 2007, il en aurait déjà purgé les deux tiers et rentrerait dans les conditions légales pour demander une libération anticipée. La perspective d’une remise en liberté de l’un des membres fondateurs du parti extrémiste CDR et rédacteur en chef de Kangura, qui se distinguait par des caricatures particulièrement odieuses et distillait la haine ethnique dans chacune de ses éditions suscite de nombreuses réactions au Rwanda. L’organisation Ibuka a déjà estimé que la peine infligée à Hassan Ngeze « était trop courte au vu des charges pesant contre lui » tandis que Jean-Damascène Bizimana, président de la Commission nationale rwandaise de lutte contre le génocide a déclaré que « Hassan Ngzeze avait utilisé son journal pour inciter à la haine et pousser la population à s’entretuer. »
L’émotion que suscite la libération anticipée de plusieurs responsables du génocide de 1994 trouve écho en Belgique : Bernard Ntuyahaga, condamné en 2007 à vingt ans de détention pour sa participation à la mort des dix parachutistes belges tués à Kigali en avril 1994, vient d’être remis en liberté. Après avoir présenté une demande d’asile en Belgique il a finalement choisi de se rendre au Canada tandis que les familles des Casques bleus belges assassinés accueillaient cette libération avec beaucoup d’amertume et de tristesse…