1 septembre 2018

Katumbi: au troisième temps de la valse des passeports…

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L’ancien gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, n’a pas pu rentrer au Congo pour déposer sa candidature à l’élection présidentielle et ses partisans, déçus, assurent que sans lui, l’élection prévue pour le 23 décembre prochain ne pourra être inclusive tandis que la grogne monte au Katanga sa province d’origine. A Kinshasa cependant, les autorités tiennent bon et assurent que Katumbi, s’il rentrait au pays, serait arrêté au vu des divers chefs d’accusation qui pèsent sur lui. En outre, sa nationalité congolaise demeure sujette à caution alors qu’elle est exclusive et que tout candidat éventuel doit donc, en temps utile, avoir renoncé à sa nationalité étrangère. On savait déjà que M. Katumbi n’avait pas renoncé en temps voulu à la nationalité italienne qu’il détient grâce à son père Nessim Soriano.
On se souvient aussi du fait que le 14 juin 2018, M Katumbi, qui rentrait en Belgique à bord d’un avion privé, avait été interpellé par la police de l’aéroport de Bruxelles-Zaventem. Les fonctionnaires de service cette nuit là avaient constaté que la page d’identité de son passeport avait été falsifiée à la main. M. Katumbi rentrait alors d’Israël et il dénonça une manipulation téléguidée par Kinshasa, qui aurait été ourdie par des amis israéliens du régime. Un procès verbal fut alors établi à Zaventem et transmis au Parquet de Hal Vilvorde qui ouvrit une enquête. La porte parole de l’Office des Etrangers nous a confirmé qu’au vu de ce passeport trafiqué les policiers de Zaventem décidèrent de confisquer le document, de le transmettre au parquet et de ne pas le restituer à l’intéressé. Ce dernier avait reçu un délai de deux semaines pour se mettre en règle et produire un document valable mais il ne l’a pas fait. Ce qui peut s’expliquer par le fait que le nouveau passeport congolais est biométrique et que MoÏse Katumbi est dans l’impossibilité de se rendre au Congo ou dans une ambassade de son pays pour régulariser ses documents. En Belgique, contrairement à certaines informations publiées en France, M. Katumbi n’a cependant pas été inculpé et le dossier sera sans doute classé sans suite.
Etre privé de son passeport congolais n’a cependant pas empêché l’ex gouverneur du Katanga de voyager : le patron du club « Tout Puissant Mazembe » s’est rendu à Moscou pour la Coupe du Monde de football, à Lusaka d’où il a vainement tenté de franchir la frontière du Katanga au départ de la Zambie (mais sans jamais quitter le territoire de ce pays) dans d’autres pays africains comme l’Afrique du Sud. Pour effectuer ces déplacements et pour séjourner en Belgique au-delà du délai de quinze jours qui lui avait été fixé par l’Office des étrangers, il pourrait avoir bénéficié d’un « passeport de service ».
Selon les Affaires étrangères, la Belgique ne délivre pas de tels documents de complaisance mais la pratique est courante en Afrique. Ce qui explique pourquoi, fort opportunément, ont été mises en circulation des photocopies du passeport zambien que les autorités de Lusaka auraient accordé à cet ancien homme d’affaires qui vécut longtemps en Zambie et où il posa les bases de sa fortune actuelle.
Cette «valse des passeports», parfois orchestrée par les autorités de Kinshasa et parfois menée par l’intéressé lui-même risque de déconcerter une opinion congolaise au nationalisme sourcilleux…