4 octobre 2018

Belgique-Congo: le “pas de deux” s’élargit à de nouveaux danseurs…

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« Je t’aime, moi non plus… »Le «pas de deux » entre la Belgique et le Congo se poursuit, avec comme toile de fond les élections qui, officiellement, sont toujours prévues pour le 23 décembre prochain et que Bruxelles, plus que jamais souhaite « transparentes » et « inclusives ». Absence d’ambassadeurs dans les deux capitales, réduction des vols de Brussels Airlines, suspension de la coopération et surtout fermeture de la maison Schengen : officiellement, les relations entre Bruxelles et Kinshasa frôlent toujours le degré zéro. Cependant, les « mouvements » se multiplient, qu’il s’agisse de l’activité diplomatique de Didier Reynders ou de l’irruption du Premier Ministre Charles Michel dans un dossier qu’il n’a en réalité jamais réellement quitté des yeux.
Dans cette « danse » quasi rituelle entre la Belgique et son ancienne colonie, de nouveaux partenaires ont été invités : avant l’Assemblée générale de l’ONU, Reynders s’était rendu en Angola, au Congo Brazzaville et en Afrique du Sud, dans l’espoir d’alerter les pays de la région sur les risques que présente la situation en RDC où les élections de décembre, mal préparées (budget insuffisant, machines à voter contestées…) et menées dans un climat plus répressif que jamais pourraient mener à une explosion. Il aurait été question de négocier un nouveau délai, à condition de « faire monter à bord » les deux célèbres exclus qui ont leur QG à Bruxelles, à savoir Jean Pierre Bemba et Moïse Katumbi…Pour contrecarrer l’offensive de Reynders auprès de l’ANC, le parti au pouvoir en Afrique du Sud, Emmanuel Shadary, le dauphin de Kabila et chef du parti présidentiel, s’est lui aussi rendu à Pretoria, avec pour mission de dénouer le noeud tressé par le ministre belge, qui veut écarter Kabila de toute nouvelle transition…
Dans les coulisses des Nations unies aussi, la danse s’est élargie : la « réunion de haut niveau » que souhaitait Reynders a été annulée, mais tenant compte de ses messages inquiétants, les membres du Conseil de Sécurité entament cette semaine une « descente » sur le terrain congolais afin de prendre d’eux-mêmes la température. Glaciale, ici aussi : Kinshasa refuse tout soutien logistique de la Monusco au processus électoral et du matériel militaire destiné aux Casques bleus vient d’être bloqué.
Mais surtout, Charles Michel, à New York, s’est invité dans le débat. A vrai dire, il n’avait jamais été vraiment absent car, au niveau du Premier Ministre, le « canal du dialogue » était resté ouvert : par deux fois des conseillers diplomatiques s’étaient rendus au Congo afin d’éviter une rupture complète des relations et de prendre en compte l’intérêt des 3000 Belges vivant au Congo tandis que la ligne téléphonique entre Kabila et Michel a toujours été branchée. A New York, rencontrant Kabila durant une heure et demie, dont soixante minutes en tête à tête, Charles Michel a visiblement repris la main. Saluant les éléments neufs que représentent la perspective des élections et le retrait de Kabila au profit de son dauphin, il a évidemment souhaité que le scrutin soit « crédible » et « réaliste », mais il a aussi balisé la voie d’une désescalade.
Pour Charles Michel en effet, « la Belgique n’a pas vocation à s’immiscer dans les affaires intérieures du Congo », et veut jouer « un rôle positif » en matière de sécurité et de stabilité. A noter qu’au début de l’année, l’ambassadeur de Belgique à Kinshasa avait exprimé les mêmes intentions, pratiquement dans les mêmes termes, ce qui lui avait valu d’être d’abord désavoué par son ministre puis rappelé à Bruxelles, ayant « perdu la confiance » de Reynders….Pour Charles Michel, la désescalade passe aussi sur le plan verbal et il s’agît de mettre fin aux « déclarations outrancières » parfois diffusées depuis Kinshasa.
Mais surtout, le Premier Ministre entend prendre de la hauteur : en janvier prochain, la Belgique sera membre du Conseil de Sécurité et portera une attention particulière au dossier congolais tandis qu’aujourd’hui déjà, Bruxelles est sous pression car des partenaires européens, dont la France, s’impatientent de la fermeture de la maison Schengen. Alors que les citoyens congolais, privés de visa, sont les premiers pénalisés, le pouvoir de Kinshasa conditionne la réouverture de cette maison européenne mais gérée par des fonctionnaires belges, à un aval que Bruxelles donnerait au processus électoral…
La hauteur, Charles Michel la trouve aussi à l’international : il défend fortement le plan Juncker, qui entend, à terme, créer une sorte de zone de libre échange entre l’Europe et l’Afrique et désamorcer la pression migratoire. Il multiplie aussi les contacts avec les chefs d’Etat de la région, qui passent fréquemment par Bruxelles, comme le président angolais Joao Lourenço ou Paul Kagame qui préside l’Union africaine. Le Rwanda, très concerné par l’évolution du Congo, représente une autre carte du Premier Ministre qui, indépendamment de la commémoration du génocide en avril prochain, entend se rendre à Kigali d’ici la fin de l’année.
En somme, il s’agît de maintenir la pression mais en y mettant les formes et en multipliant les partenaires régionaux, pour éviter l’embardée de trop…