5 octobre 2018

Aux cotés de Mukwege, les femmes du Kivu et de partout e partout

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Lorsqu’il recevra à Oslo le Prix Nobel de la Paix, la plus haute haute distinction internationale, Denis Mukwege ne sera pas seul. A ses côtés peut-être et dans son cœur certainement, seront présentes des dizaines de milliers de femmes du Kivu. Ces femmes qu’il a passé sa vie à « réparer » physiquement et psychologiquement, à soutenir moralement, à défendre sur tous les fronts, toutes les tribunes, pour que leur souffrance ne demeure pas ignorée. Ces femmes de l’Est du Congo -et avec elles toutes les femmes du monde victimes de violences comparables- n’ont pas seulement été les bénéficiaires de l’engagement du médecin de Panzi. Elles ont été la source de son courage et de sa force. Alors qu’il fut menacé, obligé de s’exiler provisoirement, qu’il fut ignoré par un pouvoir qui redoutait son franc parler et l’accusait même d’ « exagération », c’est pour une raison très simple que le docteur a refusé les offres d’asile à l’étranger et les postes prestigieux : les femmes du Congo avaient besoin de lui ! Mais en plus, l’enfant de Kaziba, le simple citoyen congolais qu’il est resté, avait besoin de demeurer proche des siens, de partager les combats de son peuple.
Car le peuple congolais ne s’est jamais résigné à l’injustice dont il était victime : c’est de l’Est que sont partis les mouvements de rébellion contre Mobutu, c’est au Kivu qu’est née la société civile qui fut le moteur de la conférence nationale, c’est là aussi que s’organisa la résistance à l’occupation étrangère et que l’on refusa la balkanisation du pays. Aujourd’hui encore, c’est à Goma et à Bukavu que sont nés des mouvements citoyens tels que la Lucha, ainsi que les « Chemins de la paix » impulsés par le docteur Mukwege lui-même et tant d’autres associations.
Le médecin de Panzi est le produit de cette société là, d’un peuple fier qui, comme le dit l’hymne national congolais, a «eu longtemps le front courbé » mais sans jamais renoncer à se redresser. Joignant le témoignage et le plaidoyer du pasteur à l’action concrète sur le terrain, Mukwege est un digne fils du Congo et l’hommage qui lui est rendu rejaillit sur tous ses compatriotes, trop souvent caricaturés ou méconnus. La plus haute distinction que représente le Prix Nobel renforce aussi le combat pour la démocratie qui se mène en ce moment au Congo à quelques semaines des élections.
Mais la dimension du prix Nobel dépasse aussi les dimensions de l’Afrique centrale : si le docteur Mukwege est ainsi reconnu et salué, c’est aussi parce qu’il se bat pour toutes les femmes du monde. Un an après l’apparition du phénomène des « metoo », le viol n’est plus un sujet tabou et l’on s’aperçoit enfin du caractère universel de cette arme utilisée ici pour la domination et là pour la destruction massive…
La victoire de Mukwege, c’est aussi celle de toutes ces femmes qui, au Kivu et ailleurs dans le monde, ont osé parler à voix haute, nommer leurs tortionnaires ou leurs abuseurs et revendiquer leur dignité.