15 octobre 2018

Pachinian et Aznavour les deux héros de la francophonie

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Pour Ani et Ashot, deux étudiants de vingt ans qui ont étudié le français à l’université, le sommet de la francophonie est surtout l’occasion de pratiquer une langue qu’ils ont appris à aimer et qui, pour eux, représente une ouverture sur le monde. Comme des dizaines d’autres jeunes, ils se sont portés volontaires pour servir d’interprètes aux invités du sommet, une initiative bien utile car si les Arméniens sont francophiles, bien rares sont ceux d’entre eux qui pratiquent la langue de Molière.
Mais du sommet, ce que Ani et Ashot retiendront surtout, c’est l’hommage rendu à leurs deux héros : le Premier Ministre Nikol Pachinian et, surtout, Charles Aznavour. Canalisant la foule qui se presse sur la place de la République, au cœur d’Erevan, les étudiants sont intarissables. Ashot était présent lors de la « révolution de velours » et il se souvient de la geste courageuse de Pachinian : « alors que le président sortant, Serge Sakissian avait changé la constitution pour rester à la tête du pays comme Premier Ministre, le député Pachinian son sac sur l’épaule, à a entrepris une longue marche sur la capitale et peu à peu toute la population s’est jointe à lui. Les mamans avec leur bébé, les grand parents, tous marchaient pour obtenir le départ de Sarkissian et finalement, sans qu’un coup de feu ait été tiré, le pouvoir a basculé… » D’ici la fin de l’année des élections devraient consacrer ce basculement du pouvoir mais entre temps tous les espoirs sont permis et pour les jeunes, le sommet de la francophonie représente aussi une reconnaissance de la renaissance démocratique de leur pays..
Durant une longue soirée sur la place de la République, qui a permis aux invités de la francophonie de découvrir la longue histoire de ce petit pays de trois millions d’habitants, -depuis l’arche de Noe jusqu’au génocide de 1905 en se terminant par la renaissance actuelle-, chaque geste de Pachinian, installé aux côtés du président Macron et de son épouse, a été salué par une ovation du public.
Mais pour Ani, « le vrai héros de cette soirée, c’est Charles Aznavour. Il aurait du être là, aux côtés du président français…. » Les yeux de la jeune fille s’embuent : « il appartient à l’histoire de ma famille, mon grand père nous berçait avec ses chansons, mes parents connaissaient ses textes par cœur et moi aussi, lorsque je l’entends, je pleure… Car Charles Aznavour n’était pas seulement une vedette, il était un grand citoyen : lors du tremblement de terre, il fut l’un des premiers à se rendre sur les lieux et à mobiliser les secours.. »
Avant le début d la cérémonie, la place toute entière vibre au son de « Emmenez moi » ou « La Bohème », le public reprend les refrains en arménien ou en français. Aux abords de la place de la République, e les commerçants ont décoré leurs vitrines de d’affiches proclamant « merci Charles » et partout dans la foule, des gens dressent les portraits de l’artiste disparu. L’arrivée du Premier Ministre Nicol Pachinian accompagné par Emmanuel Macron suscite une véritable ovatipon.
L’hommage officiel à Charles Aznavour, incarné par plusieurs chanteurs issus des pays de la francophonie fut cependant un peu moins réussi : enthousiaste devant les images de “Charles” chantant avec Edith Piaf, la foule fut interloquée par la voix puissante de la Béninoise Angélique Kidjo, intriguée par la prestation d’une chanteuse locale qui, en guise d’hommage à Aznavour, chanta avec pathos « les vieux amants » de Jacques Brel. Lorsque Serge Lama, clôturant la soirée, parla surtout de lui-même et chanta Aznavour avec des tremolos dans sa voix de basse, il fut accueilli avec une relative indifférence. Sans aucun doute, chacun préférait écouter Aznavour lui-même, relayé par de puissants haut parleurs et rendu présent par des images projetées sur écran géant, que ses émules dont la bonne volonté ne réussit pas à faire oublier le talent du maître…