25 octobre 2018

Congo: c’est en amont que la bataille a été préarée de longue date

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Les partis d’opposition ont mis du temps à s’apercevoir que la machine électorale pilotée par le président de la CENI était peut-être moins redoutable que des dispositions prises antérieurement et auxquelles on n’avait pas prêté suffisamment d’attention. En effet, la loi électorale, votée sans heurts en 2017, présente plusieurs exigences. Tout d’abord financières : les candidats à l’élection présidentielle doivent s’acquitter d’une caution de 100.000 dollars non remboursable, les candidats aux législatives doivent payer 1000 dollars, dans un pays où le salaire moyen ne dépasse pas les 60 dollars par mois…
En outre, afin d’éviter la prolifération de petites listes, les formations sont invitées à se regrouper car ne seront pris en compte que les partis ayant recueilli 1% des voix sur toute l’étendue du territoire. Ce seuil explique la formation de la méga plate forme des FCC (Front commun pour le Congo, formé autour de la majorité présidentielle) et présente dans tout le pays, mais il exclura des petites listes constituées sur base ethnique ou régionale.
Transports, en avion bien souvent, meetings avec distribution de T shirts et de bics aux électeurs, déploiement et rétribution des témoins placés par les partis dans les bureaux de vote (5 à 10 dollars par jour) : au Congo la campagne électorale coûte cher et on estime généralement que chaque candidat doit engager, au minimum 200.000 euros. Où les trouver ? L’opposition estime que certains candidats de la majorité présidentielle émargent, discrètement ou non, au budget de l’Etat et que le « dauphin » Emmanuel Shadary est déjà en campagne. Cependant, la plupart des hommes politiques avancent leurs deniers personnels en espérant, s’ils sont élus, pouvoir se « refaire » au plus vite grâce à leur traitement (6000 dollars pour un député) ou par d’autres moyens. Mais dans l’immédiat, aujourd’hui que la date semble définitivement fixée et que Nangaa se montre inflexible sur les délais, que faire, comment financer la campagne qui s’annonce ? L’UDPS de Félix Tshisekedi, qui bénéficie d’un solide maillage de militants, estime que son heure est venue et a déclaré que le 23 décembre, machine à voter ou pas, elle irait aux élections. Vital Kamerhe et son parti, l’UNC, Union pour la nation congolaise, ont fait de même. Les partisans de Moïse Katumbi et de la plate forme Ensemble, estiment eux que leur champion, en plus de sa popularité personnelle, aurait eu les moyens de mener campagne à travers tout le pays, de même que Jean Pierre Bemba s’il avait été autorisé à le faire. Pour une large part de l’opinion, ce n’est pas par hasard si les deux candidats les plus fortunés et les plus aguerris ont été écartés du scrutin… Mais les autres ? Paradoxalement, si tous dénoncent les deux années de « rabiot » dont a bénéficié Kabila, dont le mandat expirait en décembre 2016, nombreux sont ceux qui exigent aussi une nouvelle transition, six mois ou un an, qui permettrait de former un gouvernement « inclusif » dans lequel se trouveraient tous les ténors, à des postes qui leur permettraient de constituer un budget de campagne. Une exigence qui rallongerait d’autant le mandat, expiré, du président sortant !
C’est pour cela aussi que la majorité présidentielle tient, cette fois, à ce que les délais soient respectés : c’est en amont que la bataille a été préparée, passant aussi par des nominations à la Cour constitutionnelle favorables au pouvoir sortant et que les troupes ont été mises en ordre de marche. En outre, le dauphin Shadary, alors qu’il était encore Ministre de l’Intérieur, a déjà fait le tour du pays et, malgré la grogne des ambitieux déçus, il se prépare à mener campagne dans un fauteuil…Seul un coup de dés pourrait encore renverser la marche du temps. Mais au Congo tout reste possible…

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