25 octobre 2018

Marie-Josée Ikofu, une candidate qui croit en ses chances

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« Cétait le rêve de ma vie, tenter ma chance pour pouvoir transformer ce pays…J’ai décidé de foncer… »
Marie_José Ikofu, 54 ans, originaire de l’Equateur et appartenant au grand peuple des Anamongo, a décidé de s’engager. C’est d’ailleurs ce qu’elle a fait sa vie durant : « de 1987 à 2003, j’ai vécu au Québec où je suis restée car dès la fin de mes études commerciales car j’avais trouvé du travail. J’ai commencé par vendre des voitures,puis je me suis retrouvée à la tête d’une filiale de Ford, travaillant à Ottawa et au Quebec. Je vivais bien, j’avais une famille mais tout à coup le mal du pays l’a emporté et j’ai décidé de rentrer au Congo. Pour faire de la politique ! »
Jolie femme, qui porte le pagne avec élégance et le réchauffe d’une veste en jeans, Marie-José Ikofu n’a pas peur de commander. « Dès mon retour je me suis lancée en politique, au sein de la majorité présidentielle. Profitant du découpage des nouvelles provinces, j’ai été retenue comme commissaire spéciale adjointe dans la province de Tshuapa, dans l’Equateur, qui venait d’être créée. Lors des élections de 2016 dans cette province, j’ai été élue et suis devenue vice gouverneur. »
Cette première expérience de politique directe l’a cependant déçue ; « je n’ai pas aimé la manière dont le système fonctionnait, il y avait trop de combines et dès 2017, je me suis retirée… » Avec émotion, Marie-José Ikofu se souvient de cette province reculée où elle fit ses premiers pas en politique : » il n’y a là bas que l’agriculture, ce fut une terre de grandes plantations, mais ce que j’ai trouvé, c’est une sorte de désordre organisé, avec d’innombrables tracasseries… »
Modeste, la nouvelle élue assure qu’elle a fait de son mieux : « j’ai essayé de remettre de l’ordre ; j’ai récupéré des engins de travaux publics abandonnés par l’Office des routes et tenté de lutter contre les érosions ; en dix mois j’ai refait quelques routes, fait voter le budget de la province…
J’avais pris goût à la chose publique, et constaté que dans cette province comme sans doute dans beaucoup d’autres,les citoyens se sentaient abandonnés, délaissés par l’autorité : leur seul moyen de communication, c’est le bateau ; un vol jusque Kinshasa coûte 800 dollars aller retour… »
Si Marie-Josée Ikofu a fait le voyage vers la capitale,c’est aussi parce qu’elle a constaté que « le mal vient d’en haut. Le système pourrit par la tête, c’est pourquoi j’ai décidé de viser l’élection présidentielle ! »Visiblement, la candidate a ramené d’Outre Atlantique une sorte de confiance en elle que la plupart des femmes du Congo ne partagent pas encore et les obstacles ne lui font pas peur : « oui, j’ai rassemblé les 100.000 dollars nécessaires à la caution, et pour cela j’ai fait appel à mes amis de la diaspora ; il y a beaucoup d’argent qui circule parmi les Congolais de l’étranger, aux Etats-Unis, au Canada, en Europe, et ils ont décidé de me soutenir….Il est temps que cela change. »
Si les Congolais de l’étranger donneront des consignes à la famille qu’ils ont laissée au pays, l’intrépide candidate estime qu’elle a ses chances sur le terrain: «mon groupe ethnique, les Mongo, représente 30% de la population, la moitié des Congolais sont des femmes, mon mari est un Luba du Kasaï et là aussi il y a un réservoir de voix…Durant 58 ans qu’ils ont été à la tête de ce pays, les hommes n’ont rien fait. Il est peut-être temps de parier sur une femme et ce n’est pas le Docteur Mukwege qui me contredira…… »
Le parcours de la combattante n’est pas sans embûches : Mme Ikofu a été empêchée de se rendre au Congo Brazzaville car les fonctionnaires du Beach lui demandaient son ordre de mission, on a voulu contester sa nationalité, des amis bien intentionnés lui ont soufflé qu’elle se montrait peut-être imprudente… Menacée par le pouvoir, mais aussi soupçonne d’être un sous marin » de ce dernier, Mme Ikofu n’a pas pour autant rallié les diverses coalitions de l’opposition, elle ne s’est rendue ni à Bruxelles ni en Afrique du Sud : « j’ai déboulé dans le jeu de quilles en sachant que j’allais déranger… Mais croyez moi, dans cette élection présidentielle à un tour, j’ai ma chance… Et puis de toutes façons, à chacun son rêve, j’ai eu envie de réaliser le mien…»