11 novembre 2018

Les Congolais, éternels absents des commémorations historiques

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Alors que le président rwandais Paul Kagame, qui se trouve aussi à la tête de l’Union africaine, était présent à la table d’honneur qui suivit la cérémonie de commémoration de la fin de la première guerre mondiale, aux côtés de plusieurs chefs d’Etat d’Afrique francophone, la République démocratique du Congo brillait par son absence. Le président Kabila avait-il décliné l’invitation, ou été oublié en ces temps où les Occidentaux lui battent froid et sont en quête d’un successeur, ou aurait-il été lui aussi victime de la fermeture de la Maison Schengen ? Quelles qu’en soient les raisons, cette politique de la chaise vide représente une injure à l’ histoire et une méconnaissance du sacrifice qui fut naguère imposé à la population congolaise.
Rappelons que lorsque la première guerre mondiale éclate en Europe, le Congo belge est théoriquement neutre. Mais le 4 août 1914, lorsque la Belgique est contrainte d’entrer en guerre, les marines alliées sont autorisées à naviguer dans ses eaux. Le 29 août 1914 le Congo entre officiellement en guerre après que l’Allemagne ait lancé des opérations à Mokolobu et Lukuga, en réponse aux attaques allemandes qui, elles-mêmes, répondaient aux assauts britanniques. A l’époque, la Force publique représente plutôt une force de police et se compose de 15.000 soldats africains commandés par quelques centaines d’officiers et de sous officiers belges. La frontière nord du Tanganyika est gardée par 800 hommes et 2700 hommes sont déployés au Katanga.
Malgré ces effectifs relativement modestes, la Force publique participera à quatre campagnes : celle du Cameroun auprès des troupes coloniales françaises, celle de Rhodésie du Nord aux côtés des Britanniques, celle de Tabora en Afrique orientale allemande et enfin celle de Mahenge , également en Afrique orientale. L’objectif de la Belgique est de sécuriser les frontières du Congo mais aussi de conquérir une partie des territoires de la colonie allemande. Les Belges veulent garantir leur place aux négociations d’après guerre et souhaiteraient, entre autres, obtenir des portions de la rive gauche du fleuve Congo et renforcer leur position en tant que puissance coloniale. Si les troupes de la Force publique ne dépasseront jamais les 20.000 soldats, en revanche, les porteurs, souvent recrutés de force via les chefs traditionnels, seront près de 260.000, ce qui, pour l’époque, représente une ponction énorme. En juin 1918, Kigali, Usumbura, Kitega, Nyanza, Udjiji puis finalement Kigoma, des places fortes allemandes, tomberont aux mains de la Force publique. Cette dernière, sous la direction du général Tombeur, remportera le 19 septembre une victoire militaire majeure, celle de Tabora, capitale de l’Afrique orientale allemande.
Au cours de cette campagne de six mois, on estime que 11.100 porteurs ont été tués. Par la suite les réquisitions deviendront de plus en plus difficiles mais se poursuivront tandis que le Congo produira les vivres et les minerais indispensables aux troupes alliées. La campagne de Mahenge, au sud de Tabora, se terminera le 9 octobre 1917 et elle aura entraîné la mort de près de 3000 porteurs permanents.
Au lendemain du conflit, la Belgique désormais reconnue puissance coloniale, aura conquis le droit de s’asseoir à la table des vainqueurs et plus tard, elle se verra confier le protectorat du Rwanda et du Burundi.
Le ministère des Colonies publiera alors le nombre officiel des victimes : 3.891 soldats et 23.954 porteurs tués entre le 1er août 1914 et le 11 novembre 1918, pour 1290 officiers et sous officiers européens tués durant la même période.
Alors qu’elles ont remporté plusieurs des rares victoires belges de la guerre, les troupes coloniales ne seront pas associées aux fêtes de la victoire en Europe. Après la deuxième guerre mondiale, la Force publique congolaise qui n’avait combattu que sur le sol africain, (en Ethiopie entre autres) ne fut, à nouveau, pas invitée à participer au défilé des troupes alliées
Un siècle après le 11 novembre 1918, les Congolais sont toujours absents de la commémoration d’une victoire dont ils ont cependant payé le prix.