6 décembre 2018

Une sainte colère… bien tardive

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Le plaidoyer développé par la Gecamines est éloquent et il traduit un réel sentiment d’exaspération devant l’avalanche de rapports produits par de nombreuses ONG étrangères. Souvent hémiplégiques, ces dernières dénoncent plus volontiers les exactions locales que le comportement arrogant et prédateur de certaines sociétés multinationales.
Cependant, même si la réaction de la Gecamines est compréhensible, et derrière elle le souverainisme exprimé par les plus hauts responsables congolais, cette « sainte colère » serait plus crédible si elle avait éclaté plus tôt. Car enfin, a—t-il réellement fallu 16 ans pour découvrir que les termes de l’échange étaient déséquilibrés ? Que les creuseurs artisanaux étaient des citoyens congolais luttant pour leur survie quotidienne et non des délinquants qu’il fallait chasser, parquer dans des réserves et traiter comme les dernières tribus indiennes ? Depuis longtemps, il aurait fallu les défendre, leur donner les moyens d’éduquer leurs enfants, de protéger leurs femmes au lieu de les laisser ponctionner par l’armée et les innombrables services de l’Etat. Il aurait fallu clamer leurs droits, au lieu de permettre que ces citoyens soient chassés de leurs terres au profit de sociétés étrangères. Des sociétés qui, à Kinshasa, n’ont cessé de trouver des interlocuteurs compréhensifs et sensibles au slogan national : « de combien est ma part ? »
Si elle est légitime, l’indignation d’aujourd’hui est bien tardive : pourquoi la justice corrompue est elle demeurée au service des riches et du pouvoir ? Pourquoi, face aux crimes économiques et aux crimes tout court, l’impunité est elle demeurée la règle ? Si la justice militaire s’est améliorée, comment comprendre que la justice civile soit restée en état ?
Il est bien beau d’accuser les multinationales, mais il faut aussi balayer devant sa propre porte : interroger les chefs de guerre promus et enrichis, vérifier la légalité des innombrables expropriations dont ont bénéficié les proches du chef de l’Etat, donner plus d’informations sur le rôle de personnalités comme Dan Gertler, à l’origine de nombreux contrats miniers, vérifier les sources de la fortune des nombreux Libanais et autres sympathisants du Hezbollah qui placent leurs fonds dans des gratte ciels à Kinshasa…
Attaquer les étrangers, fût-ce à juste titre, en s’abstenant de nettoyer sa maison et son entourage, cela ressemble aussi à une fuite en avant.