9 décembre 2018

La galaxie Mukwege

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Si Denis Mukwege se trouve auréolé l’éclat du Prix Nobel de la paix, c’est aussi parce qu’en 1955, une institutrice suédoise, Majken Bergman, qui travaillait dans une école de filles pentecôtiste à Kadutu, ouvrit sa porte à une jeune mère affolée : le nouveau né du pasteur Mukwege se mourait, atteint d’une grave infection et les protestants de l’époque n’avaient pas de dispensaire à leur disposition. Chez les catholiques, l’institutrice réussit des doses de pénicilline et le bébé fut sauvé.
Lorsqu’en 2009 le Docteur Mukwege reçut à Stockholm le prix Olof Palme, Majken Bergman était présente…La vie de Mukwege, c’est aussi une incroyable chaîne de solidarité, qui a permis à ce Congolais issu d’ une famille modeste de gravir tous les échelons des études, de l’engagement professionnel, du plaidoyer en faveur des femmes du Kivu jusqu’à devenir une sorte de prophète des droits de l’homme.
En toute occasion, Denis Mukwege rend hommage à ses proches, sa vieille maman, sa chère épouse Madeleine, son père, le premier pasteur protestant de Bukavu qui l’emmenait au chevet de ses malades. Il se souvient de ses professeurs et amis à l’Université d’Angers, qui l’ont soutenu depuis son retour à Lemera, aux confins du Sud Kivu, dans un hôpital installé par les pentecôtistes suédois. Jamais l’appui des églises protestantes, norvégienne et suédoise, ne lui fit défaut : après le massacre des patients et du personnel de l’hôpital de Lemera, en 1996, Denis Mukwege entreprit de construire un nouvel hôpital à Panzi, qui n’était alors qu’un village au sud de Bukavu, afin de réduire les temps de trajet des patientes. Par deux fois, l’hôpital fut détruit et pillé par les assaillants, par deux fois l’argent des Scandinaves permit de le reconstruire.
C’est au détour de l’an 2000 que le médecin chef de l’hôpital de Panzi commença à s’alarmer : les femmes qu’on lui amenait présentaient des blessures effroyables, du jamais vu. Au fil des récits, il comprit que ces femmes qui lui avaient été amenées pantelantes, étendues sur des brancards portés le long des pistes de montagne, n’étaient pas seulement victimes de viols en série, mais d’une entreprise de terreur systématique. Plaçant tous leurs espoirs dans le « docteur miracle », de nombreuses associations de femmes du Kivu se mobilisèrent, pour référer à Panzi les cas les plus graves, référencer les exactions commises et leurs auteurs. Ces dossiers explosifs dorment toujours dans les archives de Panzi. En attendant la justice internationale, les nombreux défenseurs des droits de l’homme du Kivu appuient le plaidoyer contre l’impunité mené par Mukwege. Lorsque ce dernier dédie son prix à la population congolaise, sans doute pense-t-il aussi à ses collaborateurs de Panzi, dont, entre tant d’autres, le Dr Tina Amisi, spécialisée dans les réparations de la fistule, Maman Zawadi qui gère la Fondation Panzi, la belgo congolaise Christine De Schrijver, qui, avant de diriger la « Cité de la Joie » financée par Eve Enssler, a si souvent réconforté un homme ébranlé par l’horreur au quotidien. A Bukavu, nombreux sont ceux qui relaient l’action du médecin : Muna Murhabazi, qui va chercher les enfants, dont des filles, présents dans les groupes armés, la journaliste Solange Lusiku, récemment décédée, docteur honoris causa de l’UCL, Nono Mwavita qui mobilise les femmes des villages… Si Panzi capte désormais la lumière-et les financements- il faut souligner aussi l’action de longue durée menée par le Bureau-catholique des œuvres missionnaire (BDOM) animé par Marie Masson.
En Belgique aussi, la fondation Roi Baudouin appuya de mille manières son lauréat de 2011, Louis Michel prit le relais et mena le médecin de Panzi jusqu’au prix Sakharov, l’industriel Georges Forrest permit financièrement au docteur Guy-Bernard Cadière de se rendre à Panzi avec son équipe, l’UCL, l’ULB et l’ULg ont honoré Mukwege et ont renforcé son cursus académique…Quant au film « l’homme qui répare les femmes » il a fait le tour du monde…