1 janvier 2019

Explosions… de pétards… à Kinshasa

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Kinshasa a entamé la nouvelle année dans le fracas des explosions. Des lueurs rouges ont ensanglanté le fleuve, des traînées vertes se sont reflété dans les flaques d’eau, il a fallu faire rentrer les enfants pour qu’ils ne soient pas atteints par les flammèches. Mais nul n’a paniqué, que du contraire : dans le fracas des pétards de Nouvel An et des feux d’artifice, tout le monde s’est congratulé, embrassé, en murmurant « ouf les élections sont derrière nous » et en souhaitant que l’année à venir soit, enfin, celle du changement…
En ce premier jour de l’an cependant, les équipes de la CENI, Commission électorale indépendante, sont restées mobilisées afin de parachever le travail. A l’instar de nombreux citoyens, désireux de prendre connaissance directement des résultats, nous avons parcouru divers quartiers de la ville, depuis la Lukunga et les quartiers aisés du centre jusqu’aux quartiers plus populaires de Bandal, de Limete, de Lingwala. Dans les établissements d’enseignements transformés en centres de vote, les passants défilaient, curieux de prendre connaissance des résultats, épinglés sur les murs tandis que les professeurs, mobilisés par la CENI scellaient les dernières enveloppes contenant les votes manuels ou, épuisés, s’endormaient sur les bancs de bois.
Si la plupart des visiteurs se contentaient de prendre en photo les résultats révélés par les fiches crachées par la machine à voter d’autres les arrachaient sans scrupules afin de les emporter comme des trophées.
En plus du soulagement d’une opinion qui a douté de la réalité du vote jusqu’en dernière minute et au-delà de l’épuisement des équipes de la CENI, quelques premiers constats s’imposent. Le premier, c’est que la désormais fameuse machine à voter tant vilipendée a finalement fait ses preuves. Certes, il y eut des couacs, des pannes techniques, les contestations seront inévitables, mais en définitive, comme le reconnaît un professeur de l’athénée Bosangana, « nous avons économisé des tonnes de papier et gagné du temps car chaque opération de vote n’a pris qu’entre une ou deux minutes ». Le deuxième constat, qui n’était pas évident dimanche, est un taux d’abstention relativement élevé dans la capitale : alors que chaque bureau de vote était programmé pour accueillir 660 électeurs, il a rarement dépassé les 450 votants. Les fortes pluies de dimanche matin, sont certainement en cause, ainsi que l’affluence de la mi journée, qui a découragé les moins patients. S’y ajoutent aussi les rigueurs de la technique : programmées pour fonctionner durant onze heures d’affilée, les machines ne souffrent guère de prolongation. Un troisième constat, c’est que les observateurs, mobilisés par la société civile, les églises les mouvements associatifs, étaient peut-être plus nombreux que les témoins présentés par les partis politiques. Or ces derniers sont indispensables : eux seuls peuvent, en signant un document commun, valider la régularité d’une fiche de résultats, qui peut être consultée en cas de contestation.
Alors que l’opposition, jusqu’en dernière minute, a douté de la réalité du scrutin, s’est révélée incapable de présenter un candidat commun et, au niveau des témoins, a du compter sur des bonnes volontés de dernière minute, il est apparu que le FCC, Front commun pour le Congo, vaste plate forme autour de la majorité présidentielle s’était depuis des mois préparé avec l’efficacité d’une machine de guerre. Un million de témoins ont ainsi été déployés à travers le pays, reliés à un « call center » en plein centre de Kinshasa. Dans cette véritable salle d’état major parallèle, téléphones et ordinateurs ont transmis en direct les résultats venus de tout le pays.
Mais même les batailles les mieux préparées peuvent révéler des surprises : dans tous les bureaux de vote que nous avons visité à Kinshasa, sans exception, un seul homme est arrivé en tête, avec une confortable avance, Martin Fayulu. Même dans le fief de l’UDPS à Limete il a rélégué Félix Tshisekedi à la deuxième place tandis que Shadary Ramazani, le bénéficiaire de la mobilisation « napoléonienne » des siens, n’a jamais décollé de la troisième position…