6 janvier 2019

Congo: polémique parmi les observateurs

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Les lenteurs et les aléas du comptage manuel des bulletins de vote, réalisés dans les centres locaux de compilation de résultats, ont été avancés par la CENI (Commission nationale indépendante) pour retarder une fois de plus la proclamation du triple scrutin réunissant les élections présidentielle, législatives et provinciales. « Nous disposons de 45/48% des bulletins de vote, mais même si nous avançons, nous n’avons pas encore tout » a expliqué Corneille Nangaa, le président de la CENI. En principe, les résultats devraient être connus dimanche prochain sinon avant et d’ici là la centrale électorale garde le silence sur le secret du vote et exhorte chacun à faire de même. Mais, même verrouillée sur le fond, la communication connaît des fuites et les polémiques se multiplient en raison de la présence de nombreux observateurs nationaux.
C’est ainsi que jeudi après midi, deux conférences de presse, quasiment simultanées, ont réuni les journalistes à Kinshasa : la Mission d’Observation de la synergie des Missions d’observation citoyenne des élections (SYMOCEL) et la mission organisée par la conférence épiscopale (CENCO), soit près de 20.000 observateurs issus de la société civile d’un côté et 40.000 de l’autre.
Durant des mois, sur base de financements accordés entre autres par l’Union européenne, ces milliers d’observateurs répartis à travers tout le pays ont été formés, dotés de matériel adéquat y compris des moyens de transmission performants et ils se sont répartis à travers les 80.000 bureaux de vote ouverts dans le pays. Silencieux, vigilants, convaincus de l’importance de leur mission, ils ont siégé sur le banc des témoins durant toute la journée du vote, puis ils ont assisté au dépouillement des bulletins déposés dans les urnes et enfin, ils assistent maintenant à la compilation des résultats et signent les PV. Privés d’Internet et de la possibilité de communiquer leurs informations par SMS, ils recourent à d’autres moyens de communication, le téléphone ou la phonie. La précision des informations et des statistiques communiquées tant par la CENCO que par Symocel ou d’autres instances locales comme l’Observatoire de la parité, ont amené des observateurs étrangers à conclure que les Congolais, non seulement avaient relevé le défi d’organiser eux-mêmes les élections via la CENI mais qu’en face, la société civile avait réussi à veiller au fonctionnement démocratique du scrutin…
Une première polémique a opposé la CENI à la CENCO, la première rappelant qu’elle seule avait le pouvoir de communiquer le résultat final du vote. En présentant le rapport de la conférence épiscopale, son secrétaire l’abbé Nshole, avait exhorté la centrale électorale à respecter la vérité des urnes, et désireux sans doute d’intensifier la pression, il avait ajouté que la CENCO connaissait le nom du candidat à la présidentielle ayant obtenu le plus de voix. Déclaration qui amena les réseaux sociaux à extrapoler et à citer, de leur propre initiative, le nom de Martin Fayulu tandis que la télévision nationale congolaise diffusait le visage du candidat en même temps qu’elle dénonçait la désinformation à son sujet, ce qui équivaut presque à « dire » sans avoir dit…
La réaction du président de la CENI Corneille Nangaa n’allait pas tarder : dans une lettre adressée à la conférence épiscopale, il accusait cette dernière d’annoncer des « tendances » « de nature à intoxiquer la population » et à « provoquer un soulèvement » !
Deux jours plus tard, le président de la conférence épiscopale, Mgr Marcel Utembi, relançait la balle en direction de la CENI, assurant qu’elle « porterait la responsabilité » d’un « soulèvement de la population » si elle n’annonçait pas des résultats « conformes à la vérité des urnes »
Pour l’instant, la population congolaise attend avec calme et sérénité, que son verdict soit publié et que soit communiqué le nom du futur président de la RDC, Emmanuel Shadary Ramazani, le candidat à la succession de Kabila, Martin Fayulu, à la tête de la coalition Lamuka ou Félix Tshisekedi, à la tête de la Coalition pour le changement.
Les ambassades étrangères, autant que l’Union africaine ou l’Union européenne, suivent ces reports successifs avec une certaine inquiétude, incitant elles aussi au respect de la volonté de l’électeur. Quant au président Trump, à toutes fins utiles, il a annoncé l’envoi de 80 militaires au Gabon, « en réponse à la possibilité de manifestations violentes ».
Le nouveau délai accordé à la CENI pour révéler le nom du vainqueur de l’élection présidentielle pourrait avoir d’autres motivations que des raisons purement « techniques ». Les observateurs les plus optimistes espèrent que ces quelques jours de délai permettront de faire monter la pression et de multiplier les avertissements adressés à l’ « équipe sortante ». Mais d’autres évoquent aussi des tractations de coulisses entre les trois candidats à la présidence, Martin Fayulu, apparemment le plus intraitable, Félix Tshisekedi qui se pose en rassembleur et tient au « Soir » des propos apaisants et enfin, Emmanuel Shadary Ramazani, qui, curieusement, néglige de se rendre personnellement aux réunions rassemblant les trois candidats et se fait représenter par des hommes de confiance, qui parlent en son nom……