18 janvier 2019

Les élections dans le Masisi ou la surprise de Zaina

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HAKIZINKA JOANNA ZAINA, candidate aux élections législatives nationales du 30 décembre dernier, pour la circonscription de Masisi, manque des mots.

Depuis des années, cette jeune femme de 42 ans travaille avec les populations de Masisi, les vertes collines qui bordent la lac Kivu. Pour elle, l’action politique se trouve dans la suite logique d’un long engagement auprès des femmes de sa région.

Après avoir créée une Coopérative à caractère social appelée TUUNGANA (Ensemble), elle a développé des activités d’élevage, de distribution des semences, d’accès aux soins de santé. Donnant la priorité à l’éducation, elle a encouragé les enfants, et plus particulièrement les filles à étudier et elle a payé elle-même des frais scolaires :t depuis cinq ans, elle distribue des kits scolaires à 250 élèves par année. Dans le même ordre, la coopérative a entamé dans le Masisi un Centre d’apprentissage aux métiers d’une capacité d’accueil de 700 femmes par année.

Dans ce milieu paysan qui fut longtemps déchiré par les guerres et les mouvements de populations, l’action de TUUNGANA est reconnue par tous et c’est ce qui a incité Zaïna à lui donner une dimension politique. C’est dans ce contexte que les populations de cette circonscription, à travers tout le Masisi, avaient déclaré leur soutien à la créatrice de Tuungana et les premiers procès verbaux affichés à l’extérieur des bureaux de vote attestaient de son succès. .

Cependant, lorsque dans la nuit du jeudi 10 et vendredi 11 janvier la CENI publia ses résultats provisoires, Zaïna s’étonna de ne pas se retrouver sur la liste des élus de Masisi, malgré le fait que son regroupement, AFDC et alliés, membre du Front commun pour le Congo, avait été reconnu par la CENI après avoir atteint le seuil exigé et qu’elle était certaine d’avoir obtenu la confiance des électeurs.

Déjà durant le vote et dans les heures qui avaient suivi les opérations, les irrégularités s’étaient multipliées à travers le Masisi et on avait pu constater la corruption des membres des bureaux des votes, les intimidations des électeurs par les groupes armés. Dans certains villages, les témoins avaient été chassés des bureaux de vote et n’ont pas eu accès à la totalité des procès-verbaux. Ailleurs, les membres des bureaux des votes ont systématiquement voté à la place des électeurs analphabètes qui se trouvaient décontenancés par la machine à voter. On avait même constaté la vente aux enchères des bulletins excédentaires après la fermeture des bureaux de vote !

Malgré cette apparence de « loterie » Zaïna nous assure qu’elle reste optimiste. D’après la compilation des résultats en sa possession, elle a constaté qu’elle totalisait déjà plus de 10.000 voix, ce qui est largement suffisant pour être élu, d’autant plus que le denier candidat à être retenu et publié sur la liste de la CENI ne totalise que 7.000 voix.

Depuis que les résultats ont été publiés, le portable de Zaïna crépite sans arrêt : « les hommes et les femmes de Masisi m’appellent et me disent qu’ils ne comprennent pas. Ils ont même initié une pétition qui a déjà recueilli des milliers de signatures afin de dénoncer le non-respect de leur choix». J’ai déjà reçu plus de trente appels par jour de Masisi… » La jeune femme refuse cependant de se laisser décourager : « on verra bien. Nous avons déposé notre recours pour faire valoir nos droits et nous avons foi en notre justice».