20 janvier 2019

La Cour Constitutionnelle déboute Fayulu et consacre Félix Tshisekedi

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A Kinshasa, la Cour constitutionnelle n’a tenu aucun compte de la recommandation émanant de plusieurs pays membres de l’Union africaine, qui avaient souhaité que soit « suspendue » la proclamation des résultats finaux des élections du 30 décembre dernier : dans la nuit de samedi à dimanche, les cinq juges ont prononcé leur sentence. Rejetant le recours déposé par Martin Fayulu, ils ont confirmé que Félix Tshisekedi, ayant obtenu 38% des voix, était bien le vainqueur du scrutin et qu’il serait donc le futur président de la République démocratique du Congo. A 55 ans, le fils du vieil opposant Etienne Tshisekedi, décédé voici deux ans, réalise le rêve de son père : il mettra en œuvre la première transmission pacifique du pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1960. Mais, au vu des résultats des élections législatives, il devra cohabiter avec un Premier Ministre issu de l’actuelle majorité pro-Kabila. La Cour a récusé le recours introduit par Martin Fayulu, considéré comme « recevable mais non fondé faute de preuves » et estimé qu’il était « absurde » d’exiger le recomptage des voix.
Estimant avoir remporté l’élection présidentielle avec 60% des suffrages, Martin Fayulu avait fondé sa demande sur les estimations des témoins de la CENCO, l’épiscopat congolais qui, très tôt, avait déclaré que les résultats provisoires présentés par la CENI ne correspondaient pas à la « vérité des urnes ».
A la veille de la décision de la Cour Suprême, le président du Rwanda Paul Kagame, qui préside jusque fin janvier l’Union africaine, avait réuni à Addis Abeba plusieurs chefs d’Etat africains afin d’examiner la crise congolaise et il avait été prévu qu’une délégation de l’UA se rendrait à Kinshasa lundi. Cette initiative a été victime de deux torpilles : la première est venue de secrétaire général de l’ONU Antonio Gutierrez qui a rappelé que la rencontre d’Adis Abeba n’était pas un sommet de l’Union africaine en tant que telle, mais seulement une réunion de quelques pays invités par le président en exercice et il a émis le vœu que le processus électoral en RDC s’achève sans violences et dans le respect de la volonté de la population. La deuxième torpille est venue des Congolais eux-mêmes : au lieu de suspendre son verdict dans l’attente d’une médiation africaine non sollicitée, la Cour constitutionnelle s’est empressée de se prononcer dans les délais prévus. La perspective de voir le président Kagame se présenter à Kinshasa en tant que médiateur en compagnie du président sud africain Cyril Ramaphosa avait d’ailleurs suscité un tollé au sein de la classe politique congolaise et le bureau de l’UDPS avait rappelé que la RDC « restait un Etat souverain » et souligné la compétence exclusive de la Cour Constitutionnelle.
L’ UDPS avait même soupçonné, derrière cette initiative de certains Etats membres de l’Union africaine, « l’œuvre de certains lobbys miniers qui cherchent à pérenniser le pillage des ressources du pays. » Alors que l’Union africaine annulait une visite qui n’avait plus lieu d’être, plusieurs chefs d’Etat de la région (dont le président du Burundi) ont commencé à adresser leurs félicitations au vainqueur tandis que la Communauté de développement de l’Afrique australe, une fois de plus, demandait le « respect » de la souveraineté de la RDC. DE son côté, Martin Fayulu, contestant le verdict de la Cour, a appelé la population à manifester pacifiquement et, dénonçant le « putsch électoral », il s’est autoproclamé président élu de la RDC.
L’appel de l’opposant vaincu a cependant fait long feu : la journée de de dimanche s’est déroulée dans le calme à travers le pays, les citoyens préférant se rendre dans leurs lieux de culte respectifs. Internet ayant été rétabli, plusieurs de nos interlocuteurs, désormais joignables, nous ont expliqué que l’élection présidentielle s’était surtout traduite par un « vote sanction » visant le président Kabila et donc son dauphin Shadary Ramazani qui avait, maladroitement, fait campagne sur le thème de la « continuité ». Ayant obtenu satisfaction sur le principe de l’alternance et de l’accession d’un opposant à la présidence, les Congolais auraient ainsi accepté l’élection de Félix Tshisekedi, sans se mobiliser davantage pour Martin Fayulu. Ce dernier s’était longtemps opposé aux élections et à la machine à voter, sans toutefois être soutenu par un parti politique bien implanté. Appuyé par ses sponsors étrangers, il avait surtout symbolisé la radicalité de l’opposition au système Kabila.