18 février 2019

Comment restituer au Congo 14 crânes détenus par l’ULB?

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S’agirait il de l’un des derniers chapitres de la décolonisation, qui, comme les précédents, se traduit par un dialogue belgo congolais difficile mais nécessaire, assorti de polémiques, de malaise, mais aussi de bonne volonté ? Durant une journée, en présence du recteur Yvon Englert, l’ULB a tenté de faire le point sur l’un des volets les plus sensibles de sa relation avec l’Afrique centrale : le fait que l’université soit en possession de « restes humains » c’est-à-dire de 14 crânes, ramenés du Congo dans les premiers temps de la conquête coloniale, le plus souvent par des militaires. Ces crânes se trouvent en dépôt au Musée des sciences naturelles et leur existence suscite l’indignation des représentants de la diaspora congolaise, qui réclament, non sans virulence, leur rapatriement. Il est vrai que l’un de ces crânes est porteur d’une forte charge symbolique : le chef Lusinga qui s’opposait au capitaine Storms fut décapité par ce dernier et sa tête envoyée en Belgique comme trophée de guerre. A l’époque, Lusinga était présenté comme un esclavagiste, mais aujourd’hui Elikia M’Bokolo rappelle que ce « résistant » s’opposait à l’avancée des Belges mandatés par Léopold II et avait déclaré à Storms : « si vous venez en ami, vous serez accueilli comme tel. Si vous venez pour occuper notre pays, je vous tuerai ».
Ramené en Belgique, le crâne de Lusinga fut confié à la société d’anthropologie de Bruxelles et le professeur Emile Houzé, médecin, anthropologue et professeur à l’ULB, conclut, après examen, que le chef congolais était un être « cruel, avide et vindicatif ». Le journaliste Michel Bouffioux, qui « redécouvrit » le crâne de Lusinga, rappelle aussi qu’à l’époque, le même Emile Houzé se livrait à la comparaison des crânes des Wallons et des Flamands…
« De l’ombre à la lumière » : dans la tradition du livre examen, le colloque de l’ULB a éclairé crûment les postulats de la recherche à l’époque coloniale, qui supposait des différences entre les êtres humains. Elikia M’Bokolo rappela que les Congolais, à la veille de l’indépendance déjà, exigeaient que leur patrimoine leur soit restitué et si Maarten Couttenier, historien et membre du staff de l’actuel Africa Museum refit l’historique des crânes, des squelettes ramenés en Belgique, Alain Fromont, anthropologue au Musée de l’homme à Paris, souligna qu’au 19 e siècle, l’anthropologie physique était pratiquée dans toute l’Europe. Dans la collection mondiale de restes humains détenue à Paris, 37% d’entre eux sont d’origine française : « on mesurait et comparait les hommes, les femmes, les Bretons, les Auvergnats »… Expliquant l’anatomie génétique, la bioarchéologie, le Dr Fromont soutient que «ces restes sont les archives de l’humanité, ils doivent pouvoir être déchiffrés par les générations futures ».
En Belgique, le débat porte plutôt sur la repentance, sur les perspectives de restitution et, à entendre les représentants des Afrodescendants, il apparaît qu’au delà des restes humains, le malaise de cette communauté est suscité par la discrimination et par le manque de connaissance de l’histoire africaine (ce qui fait sursauter le professeur Pierre Des Marets qui a enseigné le sujet pendant 35 ans…). Venu de Kinshasa, l’anthropologue Placide Mumbembele évoqua l’envoi de 113 objets dans les années 70, à la demande du président Mobutu, qui furent volés dans les années 90 et il rappela les préalables indispensables à toute restitution : des garanties de sécurité et la formation d’un personnel compétent. Empreint de passion, le colloque de l’ULB a