8 avril 2019

Les amis font bloc autour du Rwanda

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Autant le Rwanda était seul voici vingt cinq ans, autant ses amis aujourd’hui ne ne se comptent plus. Cependant, tant lors de la conférence de deux jours qui avait précédé l’anniversaire du génocide qu’à l’occasion de la cérémonie officielle de commémoration, priorité a été donnée aux amis les plus fidèles, ceux qui depuis plus de deux décennies ont combattu contre l’impunité des génocidaires comme le Français Alain Gauthier et son épouse, parfois appelés les « Klarsfeld » rwandais ou ceux qui, en France surtout, ont milité pour que la vérité soit enfin établie et les archives rendues accessibles. Si les amis français du Rwanda, bien représentés étaient plus combatifs que jamais, en revanche leur nombre important contrastait avec la faiblesse de la délégation officielle emmenée par Hervé Berville, un élu du parti de Macron dans les Côtes d’Armor et dont le principal mérite est d’être d’origine rwandaise, ayant été adopté par une famille de Brest alors qu’il n’avait pas cinq ans.
S’il est certain que le Rwanda risque d’attendre longtemps encore la demande de pardon de la France, on a l’impression que l’essentiel, désormais, est ailleurs. Il est incarné par la solidarité africaine, par la confiance en soi que manifeste ce pays en pleine croissance (7% l’an) et qui lors de la commémoration, a choisi de pousser en avant la nouvelle génération : ce sont des moins de vingt ans qui ont entonné l’hymne national ou celui de Kwibuka « souviens toi », animé une performance théâtrale du metteur en scène Dorcy Rugamba et incarné la résilience.
C’est pour cela que l’initiative du gouvernement belge d’inviter les enfants de quatre écoles secondaires à accompagner la délégation conduite par Charles Michel a été particulièrement bien accueillie à Kigali, comme si la Belgique aussi avait compris l’importance de la transmission de la mémoire.
Du reste, le président Kagame s’était déplacé lui-même à l’aéroport pour accueillir un Premier Ministre belge avec lequel il entretient des relations suivies et le discours prononcé par ce dernier suscita de chaleureux applaudissements. Il faut dire que Charles Michel, « poisson froid » sur la scène politique belge, n’a pas craint, au Rwanda, de laisser parler ses émotions. Evoquant l’ « horreur absolue », le «crime abject » que représente le génocide, rappelant le souvenir des citoyens belges, civils et militaires, qui ont trouvé la mort au Rwanda, citant les excuses prononcées par Guy Verhofstadt en 2000, le Premier Ministre martelait lui aussi, la voix ferme mais les yeux trop brillants, « je me tiens devant vous, au nom d’un pays qui a su assumer sa part de responsabilités »…
Auparavant, au nom de l’Union européenne, Jean-Claude Juncker avait lui aussi salué « la remontée du Rwanda vers la lumière » et son spectaculaire renouveau.
Si les discours des Occidentaux furent salués comme il se doit, la cérémonie fut surtout marquée par la présence africaine. Tchad, Congo Brazzaville, Niger, Djibouti, Nigeria, Zimbabwe, Tanzanie, Mozambique, Djibouti, étaient représentés par leur chef d’Etat ou leur ministre des affaires étrangères et le Premier Ministre d’Ethiopie Abyi Ahmed fut l’un des plus remarqués. Lui, c’est en 1995 qu’il a découvert le Rwanda : il avait 19 ans lorsque, jeune militaire, il fit partie de la force d’interposition africaine dans un pays qui, se souvint-il, était alors un « blind spot », une tâche aveugle sur la carte du continent. Pour le jeune Premier Ministre d’un pays en pleine transformation, qui se réconcilie avec tous ses voisins dont l’Erythrée et veille à ce que ses peuples multiples retrouvent l’harmonie, le Rwanda représente un modèle, car « c’est dans sa propre histoire qu’il a cherché les sources de son relèvement et les fondements d’une citoyenneté commune. »
Si le Rwanda peut désormais compter sur la solidarité du continent africain, d’autant plus que Kagame, à cause de ses succès et peut-être aussi de son long bras de fer avec Paris, est particulièrement populaire dans les pays du pré carré francophone, peut-il pour autant se fier à ses voisins ? Les relations avec Bujumbura sont tellement exécrables que le Burundi de Pieter Nkurunziza n’avait même pas été invité et la RDC n’était représentée que par l’ambassadeur itinérant Marcellin Cishambo. Il est vrai que voici quelques jours la visite à Kigali du président Félix Tshisekedi avait été très appréciée et en particulier le très long passage au mémorial du génocide à Gishozi, suivi d’un message dans le livre d’or qui n’omettait pas de rappeler que les Congolais avaient été des « victimes collatérales ». Reste l’Ouganda : alors que le président Museveni s’était fait applaudir en 2004, cette fois seul était présent Sam Kutesa le ministre des Affaires étrangères. Chacun, en outre, s’est demandé à qui le président Kagame faisait allusion lorsque, dans son discours de clôture, après avoir rappelé que le peuple rwandais avait su se réconcilier et était devenu une famille, il lança une mise en garde sans équivoque : « que ceux qui pensent que nous n’avons pas encore assez souffert et veulent nous ramener le chaos sachent que la force de combat qui nous anime est intacte et que ce désordre, nous pourrions le renvoyer chez eux… » Visait il l’Ouganda, ou le mouvement de l’ancien général Kayumba Nyamwasa, le RNC (Rwanda National Congres) qui recrute d’anciens génocidaires et les fait transiter entre les forêts du Sud Kivu et le Burundi tandis que Kampala devient la base arrière de nombreux opposants. ? Bien installés au cœur de la salle, plusieurs rangées d’officiers rwandais, des vétérans bardés d’étoiles et de décorations, héros de toutes les guerres, ont applaudi comme un seul homme…